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Nigeria / Souveraineté numérique :le  sénateur Ned Nwoko veut obliger les réseaux sociaux à ouvrir des bureaux dans le pays

Le sénateur nigérian Ned Nwoko défend le projet de loi SB.648, qui imposerait aux grandes plateformes de médias sociaux opérant au Nigeria d’y établir une présence physique. L’élu présente cette mesure comme un moyen de créer des emplois, de renforcer la responsabilité des géants du numérique et de mieux intégrer le pays à la chaîne de valeur de l’économie numérique mondiale.

[DIGITAL Business Africa] – « Nigerians, let’s talk. » C’est par cette interpellation que le sénateur nigérian Ned Nwoko a ouvert, le 27 juillet 2026, une consultation publique sur sa proposition de loi visant les grandes plateformes de médias sociaux. Dans une publication sur Facebook, l’élu de Delta North invite les internautes à se prononcer sur le projet SB.648, qu’il a initié.

Le texte vise à modifier le Nigeria Data Protection Act de 2023 afin d’obliger les grandes plateformes numériques actives dans le pays à y maintenir des bureaux physiques. Facebook, Instagram, WhatsApp, X, TikTok, YouTube et Snapchat figurent parmi les services directement concernés par le débat. Après son examen au Sénat, le projet a été soumis à une audience publique organisée à Abuja par la Commission sénatoriale chargée des technologies de l’information et de la cybersécurité. La Commission doit désormais étudier les contributions des différentes parties prenantes avant de remettre son rapport au Sénat.

« Le Nigeria ne doit pas être seulement un marché »

Pour Ned Nwoko, l’importance du marché numérique nigérian justifie une présence plus significative des entreprises technologiques mondiales.

« Le Nigeria ne devrait pas être uniquement un marché pour les entreprises technologiques mondiales. Il devrait également être un pays dans lequel elles investissent, créent des emplois, paient des impôts lorsque cela est applicable et maintiennent une présence significative », explique le sénateur dans son message.

Le projet SB.648 vise plusieurs objectifs. Il s’agit notamment de faciliter les échanges entre les plateformes, les autorités et les institutions nigérianes, d’améliorer l’assistance aux utilisateurs, de renforcer le respect des règles nationales de protection des données et d’accroître la responsabilité juridique des entreprises opérant dans l’espace numérique nigérian.

La présence de bureaux locaux pourrait également favoriser la création d’emplois dans des domaines tels que l’ingénierie informatique, la cybersécurité, la modération de contenu, les relations institutionnelles, la conformité réglementaire, la publicité numérique, le service client et la gestion des politiques publiques. Lors de l’audience publique, Ned Nwoko a soutenu que le projet ne cherchait pas à décourager l’innovation, mais à faire des plateformes en véritables entreprises citoyennes au Nigeria.

Un marché de près de 48 millions d’identités sociales

Les données disponibles confirment le poids croissant du Nigeria dans l’économie numérique africaine. Le rapport Digital 2026 de DataReportal estime que le pays comptait 109 millions d’internautes à la fin de l’année 2025, pour un taux de pénétration d’Internet de 45,5 %.

Le Nigeria comptait également 47,8 millions d’identités actives sur les réseaux sociaux en octobre 2025. Ce volume représentait 20 % de la population nationale et environ 44 % de l’ensemble des internautes du pays. DataReportal précise toutefois que ces « identités » ne correspondent pas nécessairement à autant de personnes distinctes.

Les outils publicitaires des plateformes faisaient par ailleurs état d’une audience potentielle de 38 millions d’utilisateurs sur Facebook, de 30,5 millions sur YouTube et de 47,8 millions d’utilisateurs adultes sur TikTok. Cette dernière plateforme aurait enregistré une progression de 43,4 % de son audience publicitaire potentielle entre la fin de 2024 et la fin de 2025.

Ces chiffres renforcent l’argument du sénateur : les plateformes mondiales tirent profit d’un marché nigérian considérable sans que cette présence numérique se traduise toujours par des investissements locaux, des centres techniques, des équipes de proximité ou des mécanismes accessibles de traitement des plaintes.

Des craintes concernant la liberté d’expression

Le projet SB.648 ne fait cependant pas l’unanimité. La Socio-Economic Rights and Accountability Project, SERAP, demande son retrait. L’organisation de défense des droits humains estime que certaines dispositions pourraient renforcer le pouvoir de l’État sur les plateformes et, par conséquent, sur les communications numériques des citoyens.

Selon la SERAP, le texte permettrait à la Nigeria Data Protection Commission d’interdire les activités d’une plateforme qui ne se conformerait pas à l’exigence d’implantation locale dans un délai de 30 jours. L’organisation redoute que ce pouvoir soit exercé sans garanties judiciaires suffisantes et qu’il facilite des mesures de censure, de surveillance ou de pression politique à l’encontre des entreprises technologiques et de leurs employés locaux.

La SERAP avertit également que des exigences trop générales pourraient entraîner des coûts disproportionnés pour les startups, les développeurs d’intelligence artificielle, les établissements de recherche et les petites entreprises technologiques. Elle recommande que toute réglementation respecte la Constitution nigériane, les droits fondamentaux et les engagements internationaux du pays.

Entre souveraineté numérique et garanties démocratiques

Le débat lancé au Nigeria dépasse la simple question de l’ouverture de bureaux. Il pose la question de la place des pays africains dans l’économie mondiale des plateformes.

Pendant plusieurs années, de nombreux États africains ont essentiellement fourni aux géants technologiques des utilisateurs, des données, des audiences publicitaires et des marchés de consommation. L’ambition affichée par le sénateur Ned Nwoko est de transformer cette relation en exigeant davantage d’investissements, de responsabilité, de fiscalité locale et de transfert de compétences.

Mais l’efficacité du projet dépendra de ses modalités d’application. Le législateur devra notamment définir les entreprises concernées, les seuils d’activité justifiant une implantation obligatoire, les délais de mise en conformité, les sanctions applicables et les recours ouverts aux plateformes. Il devra surtout veiller à ce que l’objectif de souveraineté économique ne devienne pas un instrument de restriction des libertés numériques.

Par son appel au dialogue, Ned Nwoko souhaite replacer les citoyens au cœur de cette réflexion. La question posée aux Nigérians est simple, mais ses implications sont considérables : faut-il continuer à accepter que des plateformes touchant des dizaines de millions de personnes opèrent à distance, ou leur imposer de devenir des acteurs économiques et institutionnels pleinement présents dans le pays ?

La réponse du Nigeria pourrait inspirer d’autres États africains confrontés au même défi : tirer davantage de valeur économique des grandes plateformes tout en protégeant l’innovation, l’accès à l’information et la liberté d’expression.

Par Digital Business Africa

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