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Côte d’Ivoire : Djibril Ouattara veut porter le numérique à 15 % du PIB avec des « champions nationaux forts »

[DIGITAL Business Africa] – La Côte d’Ivoire veut quasiment doubler le poids du numérique dans son économie pour le porter jusqu’à 15 % du produit intérieur brut. Pour y parvenir, le gouvernement ivoirien mise notamment sur l’émergence de grandes entreprises technologiques nationales et appelle le secteur privé à investir dans les projets numériques structurants du pays. C’est l’un des principaux messages délivrés, le 15 septembre 2026 à Abidjan, par Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, lors du FOCUS PND 2026-2030 organisé par la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI).

« La contribution [du numérique] est aujourd’hui estimée entre 6 et 8 % », a indiqué Djibril Ouattara devant les chefs d’entreprise, investisseurs et représentants du secteur privé. Selon lui, l’ambition économique affichée par les autorités ivoiriennes impose désormais de viser une contribution du secteur numérique de l’ordre de 15 % du PIB.

« Nous devons donc envisager d’avoir une contribution de l’ensemble de notre secteur du numérique à 15 %. Nous ne pourrons y parvenir sans des champions nationaux forts capables de porter cette ambition », a-t-il déclaré.

Cette ambition avait déjà été présentée en juillet 2026 dans le cadre du financement du Plan national de développement 2026-2030. Le gouvernement évoquait alors une progression de la contribution du numérique, actuellement évaluée entre 6 et 8 %, vers une fourchette comprise entre 12 et 15 % à l’horizon 2030.

Au FOCUS PND, Djibril Ouattara a insisté sur la nécessité de ne pas construire la transformation numérique ivoirienne uniquement autour de l’action publique ou de solutions venues de l’extérieur. « L’une des préoccupations majeures du secteur privé rejoint directement la mission qui m’a été confiée : travailler avec l’État ivoirien à l’émergence de champions du numérique », a-t-il expliqué.

Le ministère de la Transition numérique confirme que l’un des objectifs poursuivis est de favoriser l’émergence de champions nationaux capables de contribuer durablement au développement de l’économie numérique ivoirienne.

Pour le ministre, le secteur privé doit donc devenir l’un des principaux moteurs de cette transformation. Il a rappelé l’orientation donnée par le président Alassane Ouattara visant à accélérer le développement de l’économie numérique comme secteur transversal de création de valeur et d’emplois.

Cette volonté se traduit désormais par une feuille de route organisée autour de sept piliers et déclinée en 40 projets structurants.

Le premier chantier concerne la connectivité et l’accès à Internet. Le gouvernement veut notamment renforcer les infrastructures numériques, améliorer la couverture du territoire et connecter davantage les zones économiques et industrielles.

Le deuxième pilier porte sur la transformation numérique de l’administration et le développement de services publics numériques accessibles aux citoyens. Début septembre 2026, le ministère indiquait d’ailleurs vouloir rendre 700 services publics accessibles sous forme numérique au cours des trois prochaines années.

Le troisième axe concerne le développement de l’écosystème de l’innovation technologique, notamment pour stimuler la création d’entreprises et d’emplois.

Le quatrième porte sur l’intelligence artificielle. « Nous entrevoyons de déployer une intelligence artificielle nationale », a annoncé Djibril Ouattara, en évoquant une IA destinée aussi bien aux citoyens qu’à la compétitivité de l’administration et des entreprises.

Cette orientation intervient quelques jours après les Assises nationales IMPACT IA 2026, à l’issue desquelles 77 cas d’usage avaient été identifiés dans des secteurs comme l’administration publique, l’agriculture, la santé, l’éducation et les services aux populations.

Les trois autres piliers concernent la cybersécurité et la confiance numérique, le développement des compétences numériques ainsi que la relance du commerce électronique.

Sur ce dernier point, Djibril Ouattara veut repositionner La Poste de Côte d’Ivoire au cœur du dispositif : « Nous voulons redynamiser le commerce électronique en prenant pour backbone central La Poste, en la transformant significativement. »

La stratégie présentée par le gouvernement en juillet citait déjà le commerce électronique adossé à La Poste, les télécommunications par satellite, l’accès universel aux services numériques et les infrastructures d’intelligence artificielle parmi les opportunités susceptibles d’intéresser les investisseurs.

« Chaque chantier est une porte d’entrée pour vos investissements »

Mais le message central adressé au patronat ivoirien est surtout financier et industriel : l’État ne compte pas réaliser seul les 40 projets annoncés.

« La réalisation ne saurait reposer sur la seule action de l’État. C’est précisément là que votre rôle devient déterminant », a lancé le ministre aux chefs d’entreprise.

Et d’ajouter : « Chacun de ces chantiers est une porte d’entrée pour vos investissements, vos partenariats et votre croissance. »

Le FOCUS PND a précisément été conçu pour présenter aux entreprises les principaux projets de l’État prévus dans le PND 2026-2030 et leur permettre d’identifier les possibilités de participation, d’investissement ou de financement.

Djibril Ouattara souhaite ainsi que le secteur privé puisse examiner les projets « projet par projet » afin d’identifier les opportunités économiques attachées à chacun d’eux.

L’innovation ne doit plus être « une affaire de jeunes »

Autre déclaration forte du ministre : la Côte d’Ivoire veut sortir d’une vision de l’innovation technologique essentiellement associée aux jeunes et aux startups.

« Nous avons pris l’habitude, malheureusement, d’associer presque systématiquement l’innovation à la jeunesse », a-t-il regretté.

Selon Djibril Ouattara, cette perception peut conduire à présenter l’innovation uniquement comme une possibilité d’insertion professionnelle offerte aux jeunes, voire comme une solution destinée à ceux qui éprouvent des difficultés à entrer sur le marché du travail.

« C’est un paradigme que nous voulons absolument et résolument changer », a-t-il affirmé.

Le ministre veut au contraire voir les entrepreneurs expérimentés et les entreprises déjà établies investir davantage dans les technologies.

« Nous voulons que l’innovation technologique soit également portée par des entrepreneurs aguerris et par des entreprises établies qui y trouvent une voie de diversification légitime », a-t-il déclaré. Une orientation également reprise dans le compte rendu officiel publié par son ministère.

Pour les grandes entreprises, a poursuivi Djibril Ouattara, l’innovation technologique doit désormais être considérée à la fois comme « une source de gain de productivité » et comme « une source de diversification stratégique ».

Faire du secteur privé national le moteur de la transformation

L’appel lancé à la CGECI dépasse ainsi la seule participation des entreprises aux marchés publics numériques. Le gouvernement cherche à faire émerger un secteur technologique national capable de développer des solutions, d’investir dans les infrastructures, d’exploiter les nouveaux usages de l’intelligence artificielle et de participer à la digitalisation des entreprises comme des administrations.

« J’invite chacune et chacun d’entre vous à s’emparer pleinement de cette problématique de la transformation technologique, non pas comme un sujet réservé à une génération, mais comme un levier de compétitivité pour toutes vos organisations », a lancé Djibril Ouattara aux patrons ivoiriens.

Sa conclusion résume l’orientation défendue devant le secteur privé : « Nous sommes convaincus que la transformation structurelle de notre économie doit être portée par le secteur privé, et singulièrement par un secteur privé national fort et engagé. »

Pour la Côte d’Ivoire, le défi du PND 2026-2030 est donc double : faire du numérique un secteur pesant jusqu’à 15 % de la richesse nationale, tout en faisant émerger des entreprises ivoiriennes capables de capter une part significative de cette nouvelle économie numérique.

Par Digital Business Africa

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