[DIGITAL Business Africa] – Entreprise burundaise spécialisée dans la transformation numérique, Mediabox est candidate, au sein d’un consortium, au projet de Système intégré de gestion des finances publiques du Burundi (SIGFP_BI).
Donatien Ndayishimiye, son directeur général, répond aux accusations entourant la procédure et expose sa vision d’une industrie numérique africaine plus souveraine.
« Ces accusations ne sont étayées par aucun élément factuel »
Digital Business Africa : King Umurundi Freedom évoquait, il y a quelques mois, des soupçons de favoritisme, de conflits d’intérêts et d’influence dans l’attribution de marchés informatiques au ministère des Finances. Que répondez-vous à ces accusations ?
Donatien Ndayishimiye : Je souhaite d’abord remercier la direction de publication de Digital Business Africa pour la rapidité et le professionnalisme de sa réaction. Lorsque nous avons signalé les inexactitudes contenues dans l’article, la rédaction a immédiatement engagé les vérifications nécessaires, reconnu qu’une erreur avait été commise et proposé cette interview. C’est une attitude responsable, qui mérite d’être saluée.
D’emblée, deux affirmations centrales doivent être corrigées. La première concernait un prétendu contrat informatique de 30 millions de dollars attribué à Mediabox. Ce contrat n’existe pas. MEDIABOX n’a reçu aucun marché de ce montant pour le SIGFP_BI, et les 30 millions de dollars évoqués ne correspondent pas à la valeur de notre offre.
La seconde concernait un prétendu marché de gré à gré. Là encore, les faits sont clairs : un appel d’offres a été lancé, plusieurs entreprises ont soumissionné et une procédure concurrentielle de passation du marché est en cours.
Nous avons souhaité répondre avec sérénité et précision. Une entreprise doit accepter le contrôle et les questions. Mais elle est également en droit d’attendre que les faits soient vérifiés avant d’évoquer des accusations susceptibles d’affecter sa réputation. Pour répondre précisément à votre question, ces accusations ne sont, à notre connaissance, étayées par aucun élément factuel.
Mediabox ne définit pas les règles de la procédure, ne nomme pas la commission d’évaluation et ne décide pas de l’attribution du marché. Nous sommes un soumissionnaire parmi d’autres. Notre responsabilité est de présenter une offre conforme et de démontrer notre capacité à l’exécuter.
La première garantie de transparence réside dans la nature même de la procédure : un appel d’offres, une mise en concurrence et plusieurs soumissions. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’un marché de gré à gré.
La régularité de la procédure relève de l’autorité contractante et des organes de contrôle compétents. Mediabox, pour sa part, a respecté les exigences du dossier d’appel d’offres et fourni les documents demandés.
Le débat public est légitime. La vigilance de la société civile l’est également. Mais des expressions telles que « favoritisme », « conflit d’intérêts » ou « système d’influence » ont une signification précise. Elles doivent s’appuyer sur des personnes identifiées, des actes démontrés et des règles prétendument violées.
À défaut, nous ne sommes plus dans l’établissement des faits, mais dans l’insinuation. Notre position est simple : que chaque offre soit évaluée selon les mêmes critères, avec la même rigueur et sans pression extérieure. Mediabox ne demande rien de plus — et n’accepterait rien de moins.
« Mediabox satisfait au critère financier »
Digital Business Africa : L’appel à propositions exigeait un chiffre d’affaires annuel moyen d’au moins 1,5 million de dollars, une capacité financière minimale de 500 000 dollars et une référence d’au moins 2 millions de dollars. Mediabox a-t-elle satisfait à ces critères ?
Donatien Ndayishimiye : Les affirmations selon lesquelles Mediabox ne remplirait pas les critères financiers sont inexactes. Au cours de chacune des cinq dernières années, notre chiffre d’affaires annuel a dépassé le seuil de 1,5 million de dollars exigé par l’appel d’offres. Ce n’est pas le consortium qui permet à Mediabox d’atteindre ce niveau : notre entreprise satisfait elle-même à cette condition.
Nous disposons également de la capacité financière minimale de 500 000 dollars requise pour couvrir les besoins de trésorerie liés à l’exécution du marché. Cette capacité est documentée par les pièces financières et bancaires prévues dans le dossier de soumission.
Mediabox a, par ailleurs, choisi de se présenter au sein d’un consortium. Cette décision ne vise pas à compenser une faiblesse financière. Elle répond à une logique industrielle : un système intégré de gestion des finances publiques mobilise simultanément des compétences en finances publiques, en architecture logicielle, en infrastructures, en cybersécurité, en migration des données, en conduite du changement et en transfert de compétences.
Le consortium permet de réunir ces capacités au sein d’une structure cohérente et de combiner notre connaissance du terrain avec l’expérience complémentaire de notre partenaire.
La référence technique d’un montant minimal de 2 millions de dollars a été présentée au sein du consortium, conformément aux dispositions de l’appel d’offres. Les contrats, attestations de bonne exécution et autres justificatifs correspondants figurent dans le dossier soumis.
Nous pouvons donc attester de notre conformité par nos états financiers, nos documents fiscaux et comptables, nos attestations bancaires, les références techniques du consortium et les pièces établissant sa constitution.
Ces documents sont entre les mains de l’autorité contractante. Certains comportent naturellement des informations commerciales ou bancaires confidentielles qui ne peuvent pas être publiées intégralement pendant une procédure en cours. Ils restent toutefois vérifiables par les institutions habilitées.
La conformité d’un soumissionnaire s’apprécie à partir de son dossier officiel, et non à partir d’une lecture partielle ou d’affirmations diffusées sur les réseaux sociaux.
Une entreprise technologique burundaise de plus de 100 collaborateurs
Digital Business Africa : Pouvez-vous présenter Mediabox, son histoire, son actionnariat, ses effectifs et ses principaux domaines d’expertise ?
Donatien Ndayishimiye : Mediabox est une entreprise technologique burundaise à capitaux privés, dirigée par des professionnels burundais. Depuis 2016, nous avons progressivement développé une capacité industrielle en conception et en exploitation de systèmes numériques complexes.
L’entreprise compte aujourd’hui plus de cent collaborateurs. L’essentiel de cette équipe est composé d’ingénieurs, de développeurs, d’architectes, d’analystes, de chefs de projet, de spécialistes des infrastructures et de professionnels de la sécurité informatique.
Notre activité couvre les systèmes intégrés de gestion, la planification et le suivi budgétaire, la gestion électronique des documents, l’identité numérique, la biométrie, les systèmes d’information géographique, la collecte et l’analyse des données, l’interopérabilité, la cybersécurité et les infrastructures de connectivité.
Nous avons travaillé sur des plateformes de planification et de suivi des plans de travail et des budgets annuels, des systèmes documentaires, des outils de suivi de projets publics, des plateformes sanitaires ainsi que des solutions liées aux documents de voyage et à la gestion administrative.
L’acquisition de SpiderNet a élargi notre positionnement. Elle nous permet de rapprocher deux métiers souvent traités séparément : les applications et les infrastructures qui les rendent accessibles.
C’est une étape importante dans notre évolution. La transformation numérique ne peut pas être durable si l’on maîtrise le logiciel, mais pas la connectivité, la disponibilité des services ou la sécurité de l’infrastructure.
Une présence qui s’étend à six autres pays africains
Digital Business Africa : En dehors du Burundi, dans quels autres pays Mediabox exerce-t-elle ses activités et quels sont ses principaux clients ?
Donatien Ndayishimiye : Notre base opérationnelle est au Burundi, mais nous développons une présence régionale. Mediabox intervient directement ou via des partenariats en République démocratique du Congo, au Kenya, en Ouganda, en République du Congo, au Sénégal et au Togo.
Au Burundi, nous travaillons avec des administrations publiques, des institutions nationales, des établissements financiers et des programmes de développement.
Nous avons également exécuté ou accompagné des projets soutenus par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le PNUD, l’UNICEF, l’UNFPA, ONU Femmes, l’OMS, le HCR, la GIZ et le FIDA.
Nos interventions concernent notamment la gestion publique, la santé, l’agriculture, la planification, le suivi de programmes, la collecte de données, la gestion documentaire, les services administratifs et les infrastructures numériques.
À l’international, nous privilégions une approche partenariale. Nous ne voulons pas simplement vendre des licences depuis Bujumbura. Nous construisons des alliances avec des entreprises et des experts capables d’apporter une connaissance sectorielle ou géographique complémentaire.
Notre ambition est de faire émerger, depuis le Burundi, une entreprise technologique régionale capable de concevoir, de déployer et de maintenir des systèmes critiques sur plusieurs marchés africains.
Proximité, intégration et transfert de compétences
Digital Business Africa : Quelles sont les principales forces de Mediabox face aux entreprises locales et aux groupes internationaux ?
Donatien Ndayishimiye : Nous ne prétendons pas être les seuls à disposer de compétences. Le marché compte de bonnes entreprises locales et des groupes internationaux expérimentés. Notre avantage repose sur la combinaison de plusieurs facteurs.
Le premier est la connaissance du terrain. Nous comprenons les procédures administratives, les contraintes d’infrastructure, les environnements réglementaires et les conditions d’utilisation réelles des plateformes.
Le deuxième est la proximité opérationnelle. Nos équipes ne disparaissent pas après le déploiement. Elles restent disponibles pour accompagner les utilisateurs, assurer la maintenance et faire évoluer les systèmes.
Cette proximité améliore également la maîtrise des coûts. Elle réduit la dépendance à des missions internationales permanentes, sans pour autant diminuer les exigences de qualité.
Notre troisième avantage est notre capacité à intégrer plusieurs couches d’un même projet : développement logiciel, données, infrastructure, connectivité, sécurité et accompagnement des utilisateurs.
La cybersécurité constitue une priorité particulière. Pour les plateformes critiques, elle doit être présente dès la conception : gestion des identités et des accès, séparation des responsabilités, chiffrement, journalisation, sauvegardes, supervision et continuité d’activité.
Enfin, nous considérons le transfert de compétences comme un livrable à part entière. Un projet n’est pas durable si toutes les connaissances demeurent chez le prestataire. Le client doit progressivement acquérir une autonomie opérationnelle et technique.
Le consortium formé pour le SIGFP_BI illustre cette approche : mobiliser les meilleures compétences disponibles tout en maintenant une forte capacité locale d’exécution et de transfert.
« L’Afrique doit réduire sa dépendance technologique »
Digital Business Africa : Quels sont les principaux obstacles à la transformation numérique en Afrique et quelle contribution Mediabox entend-elle apporter ?
Donatien Ndayishimiye : Le premier obstacle est conceptuel. La transformation numérique est encore trop souvent assimilée au développement d’un logiciel. Or, un système d’information est un ensemble comprenant les procédures, les utilisateurs, les données, les infrastructures, la sécurité et la gouvernance.
Le deuxième problème est la fragmentation. Beaucoup d’institutions disposent d’applications isolées qui ne communiquent pas entre elles. Le résultat est une succession de saisies en double, de données contradictoires et de processus difficiles à piloter.
Le troisième défi concerne l’exécution. Certains projets sont lancés sans architecture d’ensemble, sans gouvernance suffisamment claire ni stratégie crédible de maintenance et de conduite du changement.
La cybersécurité représente un quatrième enjeu. Plus les services publics se numérisent, plus les données et les infrastructures deviennent stratégiques. La protection de ces actifs doit être envisagée comme une fonction permanente, et non comme une dépense ponctuelle.
Enfin, l’Afrique doit réduire sa dépendance technologique. Cela ne signifie pas rejeter les partenariats internationaux. Au contraire, nous en avons besoin. Mais ces partenariats doivent développer les compétences africaines et préserver la maîtrise institutionnelle des données, des infrastructures et des systèmes critiques.
Mediabox entend contribuer à cette évolution en développant des plateformes interopérables, sécurisées et adaptées aux réalités opérationnelles du continent. Nous voulons également investir dans les compétences locales et construire des partenariats dans lesquels les entreprises africaines participent réellement à la conception, à l’exécution et à la création de valeur.
L’Afrique ne gagnera pas sa souveraineté numérique en important indéfiniment des solutions qu’elle ne peut ni administrer ni faire évoluer. Elle la gagnera en développant ses talents, ses entreprises et sa capacité à nouer des alliances équilibrées.
« Nous ne demandons aucun traitement particulier »
Digital Business Africa : Quel est votre dernier message à ceux qui portent plusieurs accusations à votre encontre ?
Donatien Ndayishimiye : La concurrence est saine lorsqu’elle porte sur la qualité des équipes, les références, la méthodologie, les coûts et la capacité d’exécution.
Elle cesse de l’être lorsqu’elle s’appuie sur de faux montants, sur l’affirmation inexistante d’un marché de gré à gré ou sur des accusations sans preuves.
Mediabox remplit-elle elle-même les critères financiers évoqués ? Elle a réalisé un chiffre d’affaires annuel supérieur au seuil requis au cours de chacune des cinq dernières années, dispose de la capacité financière requise et a constitué un consortium solide afin de réunir les compétences nécessaires à un projet de cette ampleur.
Nous ne demandons aucun traitement particulier. Nous demandons que notre candidature soit examinée sur ses mérites et conformément aux règles applicables à tous les soumissionnaires. Mediabox demande à être jugée sur ses capacités, pas sur des allégations.
Au fond, cette controverse pose une question plus large : accepte-t-on qu’une entreprise burundaise puisse grandir, nouer des partenariats internationaux et contribuer à des infrastructures numériques stratégiques ?
Notre réponse est oui. Les entreprises africaines doivent pouvoir accéder à ces marchés lorsqu’elles disposent des capacités requises. Elles doivent être évaluées avec rigueur — mais aussi avec équité.
Propos recueillis par Beaugas Orain DJOYUM











