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Fake news, deepfake, cybercriminalité : Le Ghana met sur pied le Cyber Security Press Corps avec 60 médias pour protéger les populations

[DIGITAL Business Africa] – Le Ghana veut faire des médias communautaires un nouveau maillon de sa défense contre la cybercriminalité. Le vice-ministre de la Communication, des Technologies numériques et de l’Innovation, Mohammed Adam Sukparu, a lancé, le 3 août 2026 à Accra, le National Community Media Cyber Capacity Building Project. Environ 60 médias locaux devraient participer à ce programme destiné à transformer des informations techniques sur les cybermenaces en conseils pratiques accessibles aux citoyens.

La cérémonie s’est tenue à la NCA Towers, le siège de la National Communications Authority. Mohammed Adam Sukparu représentait le ministre de la Communication, des Technologies numériques et de l’Innovation, Samuel Nartey George.

Le programme doit donner aux journalistes et aux autres professionnels des médias communautaires les connaissances nécessaires pour sensibiliser les populations à l’hygiène numérique, à la sécurité en ligne, à la prévention des fraudes et aux comportements responsables sur Internet.

Il réunit des administrations publiques, des services de sécurité, des partenaires au développement, des médias et des organisations de la société civile. Le projet est mis en œuvre par l’Africa Centre for Digital Transformation, en partenariat avec la Cyber Security Authority du Ghana, et avec le soutien de l’ambassade de la République tchèque.

Des médias de proximité au cœur de la prévention

Pour le gouvernement ghanéen, l’accélération de la transformation numérique doit être accompagnée par des dispositifs renforçant la confiance, la sécurité et la résilience. La cybersécurité n’est donc plus considérée comme une question relevant exclusivement des ingénieurs ou des services de sécurité.

Elle touche désormais l’économie, la gouvernance, la sécurité nationale, la protection des citoyens et la continuité des services essentiels.

Les autorités mentionnent notamment la fraude liée au mobile money, l’usurpation d’identité, les faux profils, la désinformation, les escroqueries numériques et les atteintes à l’encontre des enfants en ligne. Ces menaces nécessitent, selon le gouvernement, une coopération plus étroite entre les administrations, les médias, les forces de sécurité et les communautés locales.

Dans cette stratégie, les radios communautaires occupent une position particulière. Elles travaillent au plus près des populations, diffusent leurs programmes dans les langues locales et touchent des zones rurales ou insuffisamment couvertes par les médias nationaux.

Le gouvernement veut s’appuyer sur cette proximité pour diffuser des messages de prévention adaptés aux réalités quotidiennes. Les journalistes devront notamment apprendre à expliquer comment sécuriser un compte, reconnaître une tentative d’escroquerie, vérifier l’identité d’un interlocuteur, protéger leurs informations personnelles ou signaler un incident.

Le vice-ministre a appelé les journalistes à considérer la couverture de la cybersécurité comme une mission de service public. Une information exacte et une sensibilisation régulière peuvent, selon lui, prévenir certaines fraudes avant qu’elles ne causent des victimes.

De la fraude mobile aux réseaux criminels transfrontaliers

Le directeur général de la Cyber Security Authority, Divine Selase Agbeti, a insisté sur la sophistication croissante des actes de cybercriminalité.

Les menaces observées comprennent les fraudes liées au mobile money, les fausses offres d’investissement, les escroqueries sentimentales, l’usurpation d’identité, l’extorsion, la compromission des courriels professionnels et l’imitation de personnalités ou d’institutions reconnues.

Une partie de ces activités serait menée par des groupes criminels organisés opérant au-delà des frontières nationales. Cette dimension transfrontalière rend plus difficiles l’identification des auteurs, la conservation des preuves et la récupération des fonds détournés.

La Cyber Security Authority indique avoir intensifié sa coopération avec la police ghanéenne, les institutions de sécurité nationale et des partenaires internationaux. Les arrestations et poursuites engagées dans plusieurs dossiers montreraient que les cyberfraudes ne sont plus toujours le fait d’individus isolés, mais qu’elles peuvent relever de réseaux structurés.

Cette évolution renforce l’importance de la qualité de l’information diffusée au public. Une couverture approximative peut provoquer la panique, compromettre une enquête, relayer involontairement les méthodes des criminels ou exposer davantage les victimes.

À l’inverse, des journalistes correctement formés peuvent aider les citoyens à identifier les méthodes utilisées par les fraudeurs, à préserver les preuves numériques et à saisir rapidement les services compétents.

« Chaque Ghanéen devrait disposer des connaissances nécessaires pour rester en sécurité », a résumé Divine Selase Agbeti en présentant la vision du programme.

Vers un Cyber Security Press Corps

Les participants devraient recevoir une formation portant sur les fondements de la cybersécurité, les tendances de la cybercriminalité, l’investigation numérique, le fact-checking, l’éthique journalistique, les droits numériques et la protection des enfants sur Internet.

Selon les informations publiées lors du lancement, environ 60 médias devraient prendre part au dispositif. Les journalistes sélectionnés devront suivre l’ensemble des sessions et produire un reportage consacré à une problématique de cybersécurité.

Ceux qui satisferont aux exigences du programme devraient être certifiés, puis intégrés au Cyber Security Press Corps. Ce réseau national réunira des professionnels capables de couvrir les incidents numériques avec précision et de traduire les alertes techniques en informations compréhensibles par le grand public.

L’objectif n’est donc pas seulement d’organiser une campagne ponctuelle. Les promoteurs veulent constituer un réseau durable de journalistes spécialisés, répartis dans différentes régions du pays et capables de poursuivre la sensibilisation après la fin des formations.

Une approche mobilisant l’ensemble de la société

Le gouvernement ghanéen présente le projet comme une composante d’une démarche mobilisant l’ensemble des administrations et de la société.

Cette approche doit associer les ministères, départements et agences publiques, la Cyber Security Authority, les services chargés de l’application de la loi, les universités, les entreprises, les organisations de la société civile, les partenaires au développement, les sociétés technologiques et les médias.

Ce choix repose sur un constat : les outils techniques et les opérations policières ne suffisent pas lorsque les fraudeurs exploitent principalement la confiance, la peur, l’urgence ou le manque d’information des utilisateurs.

La prévention doit donc agir sur les comportements. Les citoyens doivent apprendre à protéger leurs identifiants, à limiter les informations personnelles publiées en ligne et à vérifier les demandes de paiement avant toute transaction.

Le programme devra aussi trouver un équilibre entre sensibilisation et respect des droits. La lutte contre les fraudes et la désinformation ne devrait pas conduire à une restriction disproportionnée de la liberté d’expression ou à la diffusion d’informations personnelles concernant les victimes.

La République tchèque renforce son appui

L’ambassadeur de la République tchèque au Ghana, Pavel Bílek, a réaffirmé l’engagement de son pays à renforcer les capacités ghanéennes en matière de cybersécurité. Il a présenté le Ghana comme un partenaire prioritaire de la République tchèque en Afrique dans ce domaine.

Cette coopération, engagée depuis plusieurs années, couvre les échanges professionnels, les formations, l’assistance technique et la fourniture d’équipements spécialisés.

Ces outils doivent notamment aider les enquêteurs ghanéens à extraire, traiter et analyser les preuves numériques. L’objectif est de renforcer les dossiers transmis à la justice et d’améliorer la capacité des institutions à établir les faits dans le cadre des procédures judiciaires.

D’après les informations communiquées lors du lancement, la République tchèque avait déjà fourni, en mai 2026, des équipements et logiciels d’investigation numérique d’une valeur d’environ 450 000 cedis ghanéens à l’unité de lutte contre la cybercriminalité de la police.

Pavel Bílek a toutefois souligné que le renforcement des capacités ne pouvait pas reposer uniquement sur la technologie. Il nécessite également des compétences, des formations régulières, des outils adaptés et des partenariats durables.

Le National Community Media Cyber Capacity Building Project complète ainsi l’appui apporté aux enquêteurs. Il intervient en amont des poursuites, en aidant les populations à reconnaître les risques et à éviter certaines pratiques dangereuses.

Les résultats devront être mesurés

Le lancement du programme constitue une première étape. Plusieurs informations restent attendues : le nombre exact de journalistes bénéficiaires, les critères de sélection des médias, les régions représentées, les langues utilisées, le calendrier des formations et le budget global.

Les responsables devront également définir des indicateurs pour mesurer les résultats. Le nombre de journalistes formés ne suffira pas à démontrer l’efficacité du dispositif.

Il faudra notamment observer la quantité et la qualité des contenus produits, leur diffusion dans les langues locales, l’évolution des signalements d’incidents et la capacité des citoyens à reconnaître les fraudes les plus courantes.

L’enjeu sera de faire du Cyber Security Press Corps un réseau actif et durable, et non une structure uniquement visible lors des cérémonies officielles. Son efficacité dépendra de la circulation régulière d’informations vérifiées entre les médias, la Cyber Security Authority, la police et les autres institutions compétentes.

En plaçant les médias communautaires au cœur de son dispositif, le Ghana adopte une approche susceptible d’inspirer d’autres pays africains. La lutte contre la cybercriminalité ne se joue pas seulement dans les centres de réponse aux incidents ou les laboratoires d’investigation numérique. Elle commence aussi par la capacité des citoyens à comprendre les menaces et à adopter les bons réflexes.

Sources : publication officielle du ministère ghanéen de la Communication, des Technologies numériques et de l’Innovation ; compte rendu du lancement ; détails du programme et des médias concernés.

Par Digital Business Africa

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