[DIGITAL Business Africa] – Le Gabon et TikTok poursuivent leur dialogue sur la gouvernance des plateformes numériques. En marge du Sommet AI for Good/WSIS, organisé du 7 au 11 juillet 2026 à Genève, le ministre gabonais de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba, a tenu une réunion de travail avec les responsables de TikTok pour la région du Moyen-Orient, de l’Eurasie et d’Afrique.
La délégation de TikTok était composée d’Emir Gelen, directeur régional des Relations gouvernementales pour le Moyen-Orient, l’Eurasie et l’Afrique, et de Maria Cohn, directrice adjointe régionale des Relations gouvernementales pour la même zone.
Selon un communiqué publié le 13 juillet 2026 par le ministère gabonais de l’Économie numérique, cette rencontre a permis de faire le point sur les échanges engagés entre les autorités gabonaises et la plateforme, notamment à la suite de la suspension des plateformes numériques intervenue en février 2026.
Les discussions ont également porté sur les conditions d’une coopération conforme au cadre juridique national, désormais renforcé par une ordonnance spécifique relative à l’usage des réseaux sociaux.
Une collaboration étroite prévue pendant 12 mois
Compte tenu de la ratification de l’ordonnance relative à la réglementation des réseaux sociaux en République gabonaise, les deux parties ont convenu de poursuivre une « collaboration étroite » pendant 12 mois.
Cette période doit permettre à TikTok de mettre sa plateforme en conformité avec les nouvelles dispositions légales gabonaises. Le communiqué ne détaille toutefois pas les différentes étapes du processus, les indicateurs d’évaluation retenus ni les éventuelles sanctions applicables en cas de non-conformité.
Le document ne présente pas non plus cette collaboration comme une levée définitive de toutes les divergences entre les autorités et la plateforme. Il établit plutôt une période de travail au cours de laquelle TikTok devra démontrer sa capacité à respecter les exigences fixées par le Gabon en matière de modération et de protection des utilisateurs.
Cette coopération intervient quelques mois après l’adoption de l’ordonnance n° 0011/PR/2026 du 26 février 2026 portant réglementation de l’usage des réseaux sociaux via les plateformes numériques en République gabonaise. Le texte, publié au Journal officiel en avril 2026, établit un nouveau cadre de responsabilité pour les utilisateurs, les administrateurs de groupes et les fournisseurs de plateformes numériques.
TikTok annonce le retrait de 23 504 contenus sensibles
Lors de la réunion de Genève, TikTok a présenté le bilan de ses actions de modération pour le premier trimestre 2026.
Selon les données communiquées par la plateforme, 23 504 contenus sensibles ont été supprimés au cours de cette période.
TikTok indique également avoir retiré :
- 13 930 contenus portant atteinte à la sécurité et au bien-être des mineurs ;
- 10 784 contenus relatifs à des biens, des services et des activités réglementés.
Les principales suppressions concernent 17 225 contenus à caractère sexuel et 12 883 contenus liés à des abus sexuels ou physiques visant des mineurs.
Le communiqué ne précise pas si certaines de ces catégories se recoupent. Les chiffres ne doivent donc pas nécessairement être additionnés pour déterminer un volume global de contenus supprimés.
Ces données replacent la sécurité des mineurs au centre des discussions entre le gouvernement gabonais et TikTok. Elles témoignent également de l’ampleur des contenus sensibles auxquels la plateforme dit devoir faire face dans le cadre de ses activités de modération.
92,9 % des contenus retirés avant d’être visionnés
TikTok assure que 99,8 % des contenus en infraction de ses règles ont été retirés avant tout signalement des utilisateurs.
Parmi ces contenus, 92,9 % auraient été supprimés avant même d’avoir été visionnés. Cette donnée suggère que l’essentiel des détections repose sur les mécanismes automatisés et les procédures internes de contrôle de la plateforme, avant toute intervention des internautes.
TikTok affirme également que 97,2 % des contenus concernés ont été supprimés dans un délai inférieur à 48 heures. Par ailleurs, 4 352 comptes ont été définitivement suspendus au cours du premier trimestre 2026.
Ces indicateurs constituent des éléments importants pour évaluer la rapidité et le caractère proactif de la modération. Ils ne renseignent cependant pas sur le périmètre géographique exact des données présentées dans le communiqué, ni sur le volume total de contenus examinés au cours de la période.
Ils ne précisent pas non plus le nombre de décisions contestées par les utilisateurs ou de contenus éventuellement rétablis après recours.
La suspension de février 2026 en toile de fond
Le dialogue entre TikTok et le gouvernement gabonais intervient à la suite de la suspension de plusieurs plateformes numériques décidée en février 2026.
Le 17 février, la Haute Autorité de la Communication avait annoncé la suspension immédiate des réseaux sociaux sur le territoire national. L’autorité de régulation reprochait notamment aux plateformes la diffusion de contenus jugés inappropriés, diffamatoires, haineux ou injurieux, susceptibles de porter atteinte à la dignité humaine, aux institutions, à la cohésion sociale et à la sécurité nationale.
TikTok, Facebook, Instagram, WhatsApp et YouTube avaient notamment été affectés par ces restrictions.
La mesure avait entraîné une rupture numérique pour de nombreux utilisateurs gabonais. Elle avait également relancé le débat sur les conséquences économiques et sociales des restrictions générales d’accès, à une époque où les plateformes sont devenues des outils de travail, de communication, de commerce, d’information et de création de contenus.
La rencontre de Genève semble désormais inscrire les relations entre le Gabon et TikTok dans une approche fondée sur la concertation, le contrôle de la conformité et la responsabilisation de la plateforme.
La santé mentale des jeunes placée au centre des échanges
Lors des discussions, Mark-Alexandre Doumba a insisté sur l’importance que le gouvernement gabonais accorde à la protection de la santé mentale des jeunes face aux risques liés aux réseaux sociaux.
Le ministre a notamment cité la désinformation, le cyberharcèlement, les discours de haine et d’autres contenus préjudiciables.
Cette préoccupation s’aligne sur les données présentées par TikTok concernant les contenus portant atteinte à la sécurité et au bien-être des mineurs. Elle élargit également le débat au-delà du retrait des contenus manifestement illicites.
Pour les autorités, la responsabilité des plateformes devrait également inclure la prévention des risques psychologiques, la protection des publics vulnérables et la réduction de l’exposition des mineurs aux contenus violents, sexuels, haineux ou trompeurs.
La période de collaboration de 12 mois pourrait ainsi servir à examiner non seulement la capacité de TikTok à retirer rapidement les contenus interdits, mais aussi l’efficacité de ses mécanismes de prévention, de contrôle de l’âge, de signalement et de protection des jeunes utilisateurs.
Un test pour la gouvernance des plateformes au Gabon
Le rapprochement entre le Gabon et TikTok soulève la question de l’équilibre entre la souveraineté numérique, la responsabilité des plateformes et la protection des droits des utilisateurs.
Pour le gouvernement, il s’agit de faire respecter la législation nationale par une plateforme internationale dont les mécanismes techniques, les centres de décision et les systèmes de modération sont largement situés hors du territoire gabonais.
Pour TikTok, l’enjeu consiste à démontrer qu’elle peut adapter ses politiques et ses outils aux exigences d’un État africain, tout en maintenant l’accès à ses services.
Pour les internautes et les acteurs économiques, l’attente porte sur une régulation capable de lutter contre les contenus préjudiciables sans entraîner de nouvelles interruptions généralisées des services numériques.
La réussite de cette collaboration dépendra donc de la définition d’objectifs vérifiables, de la publication régulière de données de transparence et de la mise en place de mécanismes de recours accessibles aux utilisateurs sanctionnés.
Au terme des 12 mois, les autorités gabonaises disposeront d’une première base pour évaluer le niveau de conformité de TikTok à la nouvelle réglementation et l’efficacité de ses engagements en matière de modération, de protection des mineurs et de lutte contre les contenus préjudiciables.
Par Digital Business Africa
En bref : TikTok affirme avoir retiré des dizaines de milliers de contenus sensibles au premier trimestre 2026 et suspendu définitivement 4 352 comptes. Après les restrictions imposées aux plateformes numériques en février, le Gabon et TikTok ont convenu de poursuivre leur collaboration pendant 12 mois afin d’assurer la mise en conformité de TikTok avec les nouvelles dispositions légales gabonaises.
Sources : ministère gabonais de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, communiqué du 13 juillet 2026 ; Journal officiel de la République gabonaise.









