[DIGITAL Business Africa] – Derrière ST Digital, l’entreprise qui vient d’inaugurer au Gabon le Data Center souverain de Nkok, se trouve le Camerounais Anthony Same, CEO & Founder du groupe. Pour rappel, c’est le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a personnellement inauguré, le 3 juillet 2026, le premier Data Center national souverain du Gabon. Une infrastructure stratégique réalisée par ST Digital et présentée comme une étape décisive de la transformation numérique du pays.
Le parcours d’Anthony Same illustre celui d’un dirigeant africain formé au contact des grands acteurs mondiaux de la tech, avant de choisir de construire une offre cloud et data center portée depuis l’Afrique, pour l’Afrique.
Avant de fonder ST Digital en avril 2017, Anthony Same a occupé plusieurs fonctions stratégiques au sein de leaders internationaux du numérique. Chez Microsoft, où il évolue depuis plus de cinq ans, il travaille notamment sur le développement et la gestion des partenaires en Afrique centrale, puis en Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Il est alors en charge de la planification commerciale, de l’animation auprès de partenaires clés et du développement commercial dans plusieurs pays de la région.
Il rejoint ensuite SAP, où il occupe successivement les fonctions de Channel Manager pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, puis de Cluster Head for Central Africa. À ce poste, il couvre notamment la zone CEMAC, ainsi que le Congo et la RDC, et assure un rôle axé sur le développement commercial et la relation client. Il poursuit son parcours chez Oracle en tant que responsable des ventes applicatives au Cameroun, avant de lancer ST Digital.
Ce passage par Microsoft, SAP et Oracle donne à Anthony Same une connaissance fine des besoins des entreprises africaines en matière de transformation digitale, de logiciels d’entreprise, de cloud, de gestion des données et d’infrastructures critiques. Mais il nourrit aussi une conviction : l’Afrique ne peut pas bâtir sa souveraineté numérique uniquement en consommant des solutions conçues, hébergées et contrôlées ailleurs.
Avec ST Digital, Anthony Same défend ainsi l’idée d’un « cloud 100 % africain ». L’entreprise se positionne comme un partenaire cloud pionnier en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, accompagnant les organisations dans leur transformation numérique, la modernisation de leurs systèmes d’information et l’adoption progressive de technologies capables d’améliorer la performance, la productivité et la prise de décision.
Mais ce parcours entrepreneurial n’a pas été linéaire. Dans une récente interview accordée à 7Info, Anthony Same est revenu avec franchise sur les difficultés rencontrées par les entrepreneurs africains : les tensions de trésorerie, les retards de paiement des clients, les fins de mois où il faut payer les salaires, la pression fiscale, les exigences de conformité et, surtout, l’accès au financement.
« L’accès au financement reste difficile dans notre environnement. Nous avons eu la chance de réussir une levée de fonds, mais se tourner vers les banques demeure compliqué », explique-t-il.
Pour le fondateur de ST Digital, cette levée de fonds a constitué un tournant. Elle a permis à l’entreprise de changer d’échelle et de soutenir une ambition plus lourde en capitaux : bâtir des infrastructures numériques africaines, et non plus seulement accompagner les organisations dans leur transformation digitale. Car construire un cloud souverain, exploiter des Data Centers, garantir la disponibilité, la sécurité, la conformité et la continuité de service exige des investissements longs, patients et structurants.
Anthony Same résume d’ailleurs l’une des contradictions majeures du financement bancaire en Afrique :
« Parfois, on vous dit : pour obtenir 100 millions de F.CFA, il faut apporter 100 millions de F.CFA en garantie. Mais si j’avais déjà ces 100 millions en garantie, je ne demanderais pas les 100 millions. »
Mais dans son analyse, le sujet n’est pas seulement l’argent. Pour lui, le véritable enjeu réside aussi dans la vision, la structuration et la capacité de l’entrepreneur à tenir le cap.
« Dans un projet d’entreprise, le plus important n’est pas l’argent. L’argent est un moyen. À partir du moment où l’on a une vision et que l’on sait où l’on veut aller, on apprend à relativiser les obstacles et à prendre de la hauteur », souligne-t-il.
Autrement dit, l’argent ne remplace ni la stratégie, ni la structuration, ni la clarté du projet d’entreprise. Il peut accélérer une trajectoire, mais il ne peut pas se substituer à une vision industrielle solide.
Parlant des défis de l’accès au financement et conforté par l’expérience de ST Digital, Anthony Same affirme :
« Une fois qu’on les a surmontés une première fois, puis une deuxième, puis une troisième, on finit par se dire : finalement, je peux encore le refaire. La vraie question devient alors : ai-je fait les bons choix stratégiques ? Où ai-je conduit mon entreprise ? Où en sommes-nous aujourd’hui ? C’est cela qui compte le plus. »
Cette conviction permet de mieux comprendre la trajectoire de ST Digital. Derrière l’inauguration du Data Center souverain de Nkok, au Gabon, il y a donc aussi l’histoire d’une entreprise africaine qui a réussi à convaincre des investisseurs, à mobiliser du capital, mais surtout à structurer une vision industrielle autour d’actifs numériques critiques.
La levée de fonds n’est pas seulement une réussite financière : elle devient ici le socle d’une ambition panafricaine, celle de construire un cloud africain capable d’héberger, de protéger et de valoriser les données du continent.
Ni le montant de cette levée de fonds, ni celui de l’investissement global du Data Center du Gabon n’ont été rendus publics. Certains évoquent plusieurs milliards de F.CFA. Interrogé par Digital Business Africa à ce sujet, Jean-Francis Ahanda, CTO du Groupe ST Digital et DG des filiales Datacenter Services, explique que ST Digital est encore en phase de structuration financière et de montée en charge du site.
« Communiquer un chiffre isolé, sans le contextualiser — phases de déploiement, montants déjà décaissés, engagements futurs — risquerait de donner une image incomplète ou trompeuse. Ce que je peux dire, c’est qu’il s’agit d’un investissement pluriannuel et structurant, à la hauteur d’une infrastructure de niveau Tier III avec redondance électrique, climatisation de précision et sécurité physique de niveau bancaire. Nous communiquerons des chiffres consolidés le moment venu, avec nos partenaires financiers », indique Jean-Francis Ahanda.
Nkok, une étape décisive dans la transformation numérique du Gabon
Ce centre de données érigé par ST Digital marque une avancée majeure pour le Gabon, dans un contexte africain où l’hébergement local des données devient un enjeu de sécurité nationale, de compétitivité économique et de souveraineté technologique. En inaugurant cette infrastructure, Brice Clotaire Oligui Nguema entend positionner le Gabon parmi les pays moteurs de l’économie numérique en Afrique centrale.
Le chef de l’État a procédé à cette inauguration en présence de Mark-Alexandre Doumba, ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, d’Anthony Same, PDG du Groupe ST Digital, de Jean-Francis Ahanda, CTO du Groupe ST Digital et DG des filiales Datacenter Services, et de Laïka Mba, directrice générale de ST Digital Gabon, ainsi que de plusieurs personnalités institutionnelles et économiques.
L’inauguration du Data Center souverain de Nkok intervient à un moment où plusieurs États africains cherchent à réduire leur dépendance à l’égard des infrastructures numériques étrangères. Pour le Gabon, l’enjeu est clair : héberger, sécuriser et gérer, sur le territoire national, les données produites par les administrations, les entreprises et les citoyens.
Réalisé par ST Digital, le Data Center gabonais est implanté dans la Zone économique spéciale de Nkok, à environ 27 kilomètres de Libreville, sur une superficie de plus de 3 000 mètres carrés. L’investissement est évalué, selon Jean-Francis Ahanda, à plusieurs milliards de F.CFA, mobilisés auprès d’un fonds souverain africain, sans entrer davantage dans les détails.
L’infrastructure a été conçue selon les standards Tier III, avec redondance des équipements critiques, disponibilité élevée, redondance électrique, climatisation de précision et sécurité physique renforcée. ST Digital indique être engagé dans une démarche de certification formelle, une fois les phases d’exploitation stabilisées.
Le centre propose des services d’hébergement sécurisé, de cloud souverain, de cybersécurité et de gestion de données. Relié directement aux câbles sous-marins, il doit permettre d’améliorer les performances des services numériques, de réduire les coûts liés au transit international et d’offrir aux acteurs publics et privés une solution locale pour l’hébergement de leurs données.
Selon ST Digital, l’infrastructure intègre également des équipements écoresponsables, notamment une alimentation partielle par énergie solaire et un système de refroidissement sans consommation d’eau. Une orientation visant à faire du Data Center de Nkok une référence technologique et environnementale en Afrique centrale.
Déjà présent au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Togo, au Bénin et au Congo, le groupe ST Digital étend ainsi son réseau d’infrastructures numériques en Afrique centrale francophone. Avec le site de Nkok, l’entreprise confirme son ambition de participer à la construction d’un marché africain du cloud, de la cybersécurité et de l’hébergement souverain.
Pour Laïka Mba, directrice générale de ST Digital Gabon, l’enjeu dépasse la simple mise en service d’un bâtiment technologique. Il s’agit d’un outil de souveraineté.
« Ce Data Center va permettre à notre pays de récupérer sa souveraineté. Aujourd’hui, 95 % des données que nous produisons, que ce soit au Gabon ou en Afrique de manière plus globale, sont hébergées et stockées à l’étranger. Donc, aujourd’hui, le Gabon peut s’enorgueillir d’avoir une infrastructure qui permettra de stocker les données et de les héberger de manière sécurisée », a-t-elle expliqué.
Cette ambition concerne autant l’État que les entreprises et les citoyens.
« L’édifice que vous avez aujourd’hui va permettre aux entreprises, aux citoyens gabonais, aux administrations, à tout acteur ayant une connexion Internet et partageant des informations, d’avoir la certitude que ces données peuvent être hébergées au Gabon », a ajouté Laïka Mba.
Au cours de la cérémonie, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a également présidé la signature d’une convention de partenariat entre ST Digital et le ministère gabonais chargé de l’Économie numérique. Cet accord vise à accélérer la transformation digitale du Gabon, à développer davantage les infrastructures numériques et à accompagner l’émergence d’une économie fondée sur l’innovation et les nouvelles technologies.
Pour les autorités gabonaises, cette infrastructure doit contribuer à moderniser les services publics, à faciliter la dématérialisation des procédures administratives, à renforcer la sécurité des données sensibles et à soutenir le développement de nouveaux services numériques à destination des citoyens.
La souveraineté numérique, au-delà de la technique
L’argument central avancé par ST Digital est celui de la souveraineté. Lorsque les données des administrations, des banques, des hôpitaux, des opérateurs de santé ou des entreprises stratégiques transitent par des serveurs situés à l’étranger, les États concernés subissent une dépendance technologique susceptible de devenir une vulnérabilité juridique. Les législations applicables peuvent en effet être celles des pays d’hébergement, avec des conséquences importantes sur la confidentialité, l’accès, le contrôle et la protection des données.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc la technique. Il s’agit de reconquérir le contrôle de ressources numériques stratégiques, à un moment où les données deviennent un actif central pour l’administration publique, l’économie numérique, la cybersécurité, l’intelligence artificielle et les services aux citoyens.
Mais pour que le Data Center de Nkok devienne pleinement un levier de souveraineté, il faudra aussi un cadre public clair sur la localisation des données sensibles, la protection des données personnelles, la cybersécurité, l’interconnexion des administrations et l’adoption des services d’hébergement locaux par les acteurs publics et privés.
Le cas gabonais résonne aussi avec les enjeux qui seront au cœur d’E-Gov’A 2026, le Salon de l’e-gouvernance et de l’innovation digitale en Afrique, prévu du 14 au 16 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé et placé sous le thème « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless ».
À travers ce Data Center souverain de ST Digital, le Gabon pose une question stratégique qui concernera l’ensemble des États africains réunis à Yaoundé : comment réussir la transformation numérique des administrations sans dépendre d’infrastructures étrangères pour l’hébergement, la protection et la valorisation des données publiques ?
La réponse passera par des politiques d’e-gouvernance plus ambitieuses, mais aussi par des investissements dans le cloud souverain, la cybersécurité, l’identité numérique et les services publics cashless et paperless.
« Rêvez ! Il n’y a pas de limite »
Au-delà de la construction d’infrastructures numériques, Anthony Same veut aussi porter un message d’audace auprès de la jeunesse africaine. Pour lui, l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle séquence où les jeunes du continent ne doivent plus se considérer comme de simples consommateurs de technologies venues d’ailleurs.
« Si je devais adresser un message à la jeunesse africaine, je lui dirais d’abord : rêvez. Le ciel est la limite. En réalité, il n’y a pas de limite. Osez, rêvez, exprimez-vous », lance-t-il.
Le fondateur de ST Digital voit dans l’IA une opportunité majeure pour les jeunes Africains.
« L’IA augmente l’humain. Et c’est précisément là que la valeur du jeune Africain devient unique : c’est lui qui va alimenter cette intelligence artificielle, c’est lui qui va être augmenté par elle », explique-t-il.
Pour Anthony Same, les anciennes barrières liées au manque d’accès au savoir, aux compétences ou aux outils s’effacent.
« Là où l’on pouvait encore se fixer des limites de compétences ou de savoir, ces limites sont en train de tomber. C’est donc une formidable opportunité pour la jeunesse africaine », estime-t-il.
Ce message résonne avec l’ambition de ST Digital : bâtir des infrastructures africaines, mais aussi encourager une génération capable de créer, d’innover et de prendre sa place dans l’économie numérique mondiale.
Avec le Data Center souverain de Nkok, ST Digital veut ainsi montrer qu’un autre récit numérique africain est possible : celui d’entreprises capables de mobiliser du capital, de structurer des projets industriels lourds, de bâtir des infrastructures critiques et de participer concrètement à la souveraineté numérique du continent.
Par Digital Business Africa














