[DIGITAL Business Africa] – Présente au récent salon PROMOTE 2026, Nadine DELATTE, Experte en Intelligence Artificielle, livre une analyse sans détour sur les enjeux de l’IA en Afrique. Entre captation des investissements tech, lutte contre les biais algorithmiques et maîtrise de la data locale, elle plaide pour une approche pragmatique axée sur les besoins réels du continent. Entretien.
Digital Business Africa : Comment nourrissez-vous votre expertise au quotidien et comment abordez-vous l’évolution rapide de l’IA ?
Nadine DELATTE : Que ce soit sur YouTube, TikTok, Instagram ou Facebook, mes réseaux sociaux utilisent des algorithmes entièrement orientés vers l’intelligence artificielle. Aussi, à travers les Podcasts, articles, actualités, je reste en veille permanente par pure curiosité technologique, mais aussi par intérêt pour l’humain.
Ce que l’IA ne fera jamais, c’est nous remplacer. Il est essentiel de comprendre ce qui fait qu’un projet fonctionne ou non, et de repérer les problèmes à résoudre—que ce soit dans nos communautés, à l’école, au travail, à l’église ou en famille. Je garde toujours cet esprit curieux : face à un problème donné, comment l’IA peut-elle m’aider à y apporter une solution ?
Digital Business Africa : Les États-Unis investissent des centaines de milliards de dollars dans l’IA, tandis qu’on observe encore une certaine réticence des investisseurs en Afrique. Comment analysez-vous cela ?
Nadine DELATTE : On constate aujourd’hui que beaucoup de levées de fonds se font sur des projets très ciblés. Il existe de nombreuses startups qui sont essentiellement des wrappers autour de ChatGPT, mais spécialisées dans la création de sites web ou la génération de contenu.
Pour capter l’attention des investisseurs, il ne faut pas chercher à créer un outil omniscient. L’idée est de se concentrer sur un cas d’usage précis à forte valeur ajoutée. Par exemple, proposer de la création de contenu adaptée au contexte local. Personne ne connaît mieux le marché camerounais qu’un jeune talent installé au Cameroun, maîtrisant à la fois le terrain et les outils d’IA. C’est en apportant ce que les investisseurs américains n’ont pas—nos données et notre contexte local—que nous attirerons les financements.
Digital Business Africa : L’Afrique reste majoritairement importatrice d’outils d’IA entraînés à l’étranger, ce qui pose de vrais défis éthiques et culturels. Comment sortir de cette dépendance ?
Nadine DELATTE : Rome ne s’est pas faite en un jour. La grande démocratisation de l’IA générative est encore récente. Avant de prétendre créer nos propres grands modèles de langage (LLM) ou d’implanter nos propres data centers, nous devons d’abord devenir souverains de nos données.
Aujourd’hui, lorsqu’on interroge un modèle, il répond avec une culture et un contexte majoritairement occidental. La première étape cruciale consiste à collecter nos propres données et à en alimenter les modèles existants. On peut désormais télécharger des modèles open source sur un simple ordinateur, les entraîner en local sans connexion internet et les adapter à nos réalités. C’est ainsi que nous bâtirons notre propre souveraineté numérique.
Digital Business Africa : Quels sont les outils IA que vous utilisez au quotidien et que vous recommandez pour se lancer ?
Nadine DELATTE : Voici mon top 5 des outils que j’utilise quotidiennement :
- Lovable : Un excellent outil text-to-code idéal pour la création rapide de sites web.
- Claude (Anthropic) : Incontournable pour la génération de code et la rédaction fine.
- ChatGPT (avec Codex) : Très puissant pour le développement ; j’aime alterner entre Claude et Codex.
- Perplexity : Parfait pour la recherche d’informations précises et vérifiées.
- Gemini (Google) : Très performant pour le traitement multimodal et l’écosystème Google.
IA et gouvernance souveraine : Le rendez-vous d’E-Gov’A 2026
Le plaidoyer de Nadine DELATTE pour une utilisation souveraine et contextualisée des données rejoint directement les grands enjeux de modernisation des administrations publiques sur le continent.
Cette thématique cruciale sera au cœur des échanges du sommet E-Gov’A 2026 (E-Gov Africa Summit, Expo & Awards), prévu du 14 au 16 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé sous le patronage du Ministère des Postes et Télécommunications.
Organisé par Digital Business Africa en partenariat avec Smart Click Africa, l’événement se tiendra sous le thème : « Intelligence Artificielle et Gouvernance Électronique : Bâtir des services publics efficaces dans une Afrique Cashless et Paperless ». L’occasion d’approfondir les mécanismes permettant d’intégrer des solutions IA locales et sécurisées au service des citoyens africains.
Par Digital Business Africa








