[DIGITAL Business Africa] –Djibril Ouattara poursuit la constitution de son équipe. Dans une publication mise en ligne ce 10 août 2026 sur LinkedIn, le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique annonce la nomination d‘Estelle Blafond en qualité de conseillère technique chargée des Affaires juridiques, de la Régulation et de l’Économie du numérique.
« Juriste de formation, Mme Blafond dispose d’une solide expérience en droit, régulation et économie du numérique », écrit le ministre, qui met également en avant son passage à l’Autorité de régulation des télécommunications et des TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), son expérience auprès de l’Union internationale des télécommunications (UIT) et sa participation à des travaux menés avec la CEDEAO et l’UEMOA.
Une carrière commencée à l’ATCI en 1997
Les archives publiques permettent de retracer un parcours qui remonte bien au-delà de l’essor actuel de l’économie numérique. Estelle Blafond débute dans le secteur des TIC en 1997 à l’Agence des télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI), ancêtre de l’ARTCI. Elle y occupe successivement les fonctions de cheffe du service Litiges et Plaintes de 1997 à 2001, de sous-directrice du Contentieux juridique de 2001 à 2005, puis de sous-directrice Afrique de 2006 à 2008.
Une liste officielle des participants à la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT de Minneapolis, en 1998, la mentionne déjà comme « Chef, Service d’analyse des plaintes et requêtes » à l’ATCI. Elle figure également parmi les représentants de la Côte d’Ivoire signataires des Actes finaux de cette conférence. Ces documents de l’UIT attestent de sa présence dans les dossiers internationaux des télécommunications dès le début de sa carrière.
Sa formation est, elle aussi, précisée dans un catalogue de l’UIT consacré au renforcement des capacités en régulation dans les pays de l’UEMOA et de la CEDEAO : maîtrise en droit privé, option Carrières entreprises, et DESS en administration des entreprises. Elle y est présentée comme juriste spécialisée en régulation des télécommunications, avec une expérience de négociation et de règlement des différends.
Au cœur de l’harmonisation régionale des télécoms
Entre 2005 et 2006, Estelle Blafond intervient en tant qu’experte principale en régulation dans le cadre d’un projet conjoint de l’UIT et de la Commission européenne. L’objectif : contribuer à la création d’un marché harmonisé des télécommunications et des TIC dans les espaces de la CEDEAO et de l’UEMOA.
Le catalogue de formation du projet la cite notamment parmi les intervenants sur les procédures de règlement des litiges, les sanctions, l’exécution des décisions et les pratiques réglementaires. Son expérience régionale comprend également une participation, pour le compte du régulateur ivoirien, aux travaux du Comité des régulateurs nationaux de télécommunications des États membres de l’UEMOA et de l’Assemblée des régulateurs des télécommunications de l’Afrique de l’Ouest.
Ce volet est particulièrement cohérent avec sa nouvelle mission. Les politiques numériques se construisent désormais à l’intersection de plusieurs cadres : la réglementation des communications électroniques, la concurrence, la protection des données, la cybersécurité, les paiements numériques, les plateformes, l’intelligence artificielle et la coopération régionale.
Huit ans chez MTN Côte d’Ivoire, puis retour au régulateur
En novembre 2008, la juriste rejoint MTN Côte d’Ivoire. Elle y exerce en régulation et en conformité jusqu’en novembre 2016. Une publication de Fraternité Matin la présente en 2015 comme cheffe de division Régulation de l’opérateur. Elle y expliquait alors à de jeunes lycéennes que le métier de juriste exige de l’organisation, de la rapidité, de la disponibilité et de la rigueur.
En novembre 2016, Estelle Blafond retourne chez le régulateur ivoirien en tant que directrice des Affaires juridiques. En février 2017, l’ARTCI la cite à ce poste lors de la première réunion annuelle du Cadre permanent d’échanges avec les associations de consommateurs. Elle y présente le bilan 2016 et le programme 2017 de cette plateforme de dialogue.
Son champ d’action s’élargit aux consommateurs, à la protection des données et à la confiance numérique. En mars 2022, lors de la relance du Cadre permanent de dialogue, d’échanges et de concertation, elle défend une plateforme plus inclusive, ouverte aux associations, journalistes, influenceurs et blogueurs, et couvrant également les activités postales, la protection des données personnelles ainsi que la sécurité des réseaux et des systèmes d’information.
Le rapport annuel 2022 de l’ARTCI la mentionne encore à la tête de la Direction des Affaires juridiques.
De la régulation à la cybersécurité et au conseil
En 2024, Estelle Judith Blafond crée Exultet Consulting, une société par actions simplifiée établie à Abidjan. L’avis de constitution publié dans les annonces légales de Fraternité Matin fixe son capital à un million de francs CFA et la désigne présidente-directrice générale. L’objet social couvre notamment la protection des données, la cybersécurité, la conformité, l’intelligence artificielle, le droit et la régulation du numérique ainsi que la gouvernance d’entreprise.
Cette structure a récemment participé à un chantier stratégique de l’État ivoirien. Le 23 juillet 2026, l’Agence ivoirienne de presse rapporte qu’Estelle Blafond, présentée comme directrice d’Exultet Consulting, a exposé les grandes orientations du projet de Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 devant l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Le futur cadre intègre notamment l’intelligence artificielle, les technologies émergentes et le cloud, ainsi qu’un mécanisme renforcé de suivi-évaluation.
Sa nomination au cabinet du ministre intervient donc quelques semaines après cette intervention, au moment où le gouvernement veut finaliser une doctrine articulant la souveraineté, la confiance numérique et la transformation de l’économie.
Un renfort aligné sur les cinq priorités numériques de 2026
Le ministère a fixé cinq priorités pour 2026 : démocratiser l’accès à Internet, développer les paiements numériques pour améliorer la collecte des recettes publiques, renforcer les compétences et l’inclusion numériques, consolider la cybersécurité et la confiance numérique, puis soutenir l’innovation et l’adoption des technologies émergentes.
Le portefeuille confié à Estelle Blafond touche directement plusieurs de ces axes. La généralisation des services numériques suppose en effet des règles claires, une protection effective des usagers, une articulation entre les autorités publiques et un environnement juridique favorable à l’investissement. Les paiements numériques et l’intelligence artificielle soulèvent également des questions de responsabilité, de concurrence, de protection des données personnelles, de sécurité et d’interopérabilité.
Sa double expérience du régulateur et d’un opérateur privé, complétée par les travaux de l’UIT et des organisations régionales, donne ainsi au ministère un profil capable de relier la conception des textes, les contraintes opérationnelles du marché et la coopération internationale.
Le précédent de 2023
Le parcours récent d’Estelle Blafond comporte un épisode déjà traité par Digital Business Africa. En janvier 2023, elle faisait partie de quatre responsables de l’ARTCI écartés temporairement dans le cadre d’une enquête interne liée à des faits allégués autour d’un marché de contrôle d’un projet immobilier. La note de la direction générale précisait expressément qu’il s’agissait de mesures conservatoires, et non de sanctions, avec maintien des salaires et des avantages sociaux.
À ce jour, aucun document officiel établissant une sanction définitive ou détaillant l’issue de cette enquête concernant Estelle Blafond n’a été rendu public. Sa nomination ministérielle en 2026, annoncée par le ministre lui-même, témoigne en revanche de la confiance accordée à son expertise et à son professionnalisme.
Avec cette arrivée, Djibril Ouattara recrute une spécialiste dont la trajectoire épouse près de trente ans d’évolution du secteur ivoirien : de la gestion des plaintes télécoms à l’ATCI, jusqu’aux nouveaux défis de l’IA, du cloud, de la cybersécurité et de l’économie numérique. Reste désormais à voir quels dossiers réglementaires prioritaires lui seront confiés et comment son expertise se traduira dans l’agenda législatif et institutionnel du ministère et, par ricochet, de la Côte d’Ivoire.
Par Digital Business Africa








