[DIGITAL Business Africa] – Le gouvernement camerounais a officiellement lancé, le 21 septembre 2026 à Yaoundé, une plateforme nationale de formation en ligne destinée à renforcer les compétences numériques de 15 000 fonctionnaires et agents publics. Accessible à l’adresse train.patnucelearning.cm, elle doit permettre aux personnels des administrations, des établissements et des entreprises publics de se former, notamment, à l’intelligence artificielle, à la blockchain, à la gestion de projets numériques, à la conduite du changement et à la gestion électronique des documents.
Le dispositif est déployé dans le cadre du Projet d’Accélération de la Transformation Numérique au Cameroun (PATNUC), sous la tutelle du ministère des Postes et Télécommunications, avec l’appui de la Banque mondiale. Le PATNUC est financé par un prêt de 42 milliards de F CFA de la Banque mondiale et intervient dans les infrastructures, les usages, l’environnement institutionnel et réglementaire, ainsi que dans le développement des compétences numériques.
Une formation entièrement en ligne pendant 50 jours
La plateforme a été conçue pour permettre aux agents publics de suivre leur formation sans quitter leur poste de travail. Les enseignements sont dispensés exclusivement en ligne et peuvent être suivis de manière flexible, sans déplacement ni interruption prolongée de l’activité professionnelle. La formation s’étend sur 50 jours, à raison de 10 jours par module.
Les inscriptions ont été ouvertes le 21 septembre 2026. Une fois enregistrés, les participants accèdent depuis la plateforme aux modules, aux ressources pédagogiques et aux activités d’évaluation qui leur permettent de suivre leur progression. Des mécanismes d’accompagnement et d’assistance sont également prévus. Les agents ayant satisfait aux exigences du parcours recevront une attestation de fin de formation.
Le programme ne concerne pas uniquement les services centraux de l’État. Il est ouvert aux agents de tous les ministères, y compris ceux affectés aux services déconcentrés sur l’ensemble du territoire national, ainsi qu’aux personnels des établissements et entreprises publics.
IA, blockchain et administration sans papier
Cinq grands domaines structurent le parcours de formation.
Le premier est consacré à l’intelligence artificielle et à la blockchain, afin de permettre aux agents publics de mieux comprendre ces technologies, leurs usages et les possibilités qu’elles offrent pour le fonctionnement des administrations et la fourniture des services publics.
Un deuxième module porte sur la transformation digitale et la relation avec l’usager, afin de simplifier les démarches et d’améliorer les interactions entre l’administration, les citoyens et les entreprises.
Les participants seront également formés à la gestion de projets numériques, aux méthodes agiles, à la conduite du changement, ainsi qu’à l’archivage et à la gestion électronique des documents. Ce dernier volet doit notamment accompagner les administrations dans leur processus de dématérialisation, avec des enjeux liés à la conservation, à l’organisation, à la disponibilité et à la traçabilité de l’information.
Pour la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, les investissements technologiques ne suffiront toutefois pas, à eux seuls, à moderniser l’État.
« La technologie, à elle seule, ne transforme pas l’administration. Celle-ci repose avant tout sur les femmes et les hommes qui animent nos administrations et dont les compétences doivent évoluer au même rythme que les outils, les méthodes et les usages numériques », affirme-t-elle.
Pour la ministre, le développement des compétences doit donc aller de pair avec les investissements consentis dans les réseaux, les systèmes d’information, les centres de données et les plateformes technologiques.
Passer des plateformes numériques à leur utilisation effective
C’est également l’un des principaux messages du coordonnateur national du PATNUC, le Dr Winfred Mfuh Fuaye Kenji. Pour lui, l’enjeu est désormais de s’assurer que les infrastructures et plateformes numériques déjà financées soient effectivement maîtrisées et utilisées par leurs bénéficiaires.
« Il ne suffit en effet pas de disposer d’infrastructures, de plateformes ou de services numériques : leur efficacité repose également sur la capacité des femmes et des hommes qui les utilisent à en maîtriser les fonctionnalités, à en comprendre les enjeux et à les intégrer durablement dans leurs pratiques professionnelles », explique le Dr Winfred Mfuh.
Cette logique explique, selon le responsable du projet, le choix d’une formation nationale de grande envergure.
« Le programme qui nous réunit aujourd’hui traduit ainsi une volonté de passer de la simple mise à disposition d’outils numériques à leur appropriation effective par les utilisateurs, notamment au sein de l’administration publique. »
La formation intervient alors que le PATNUC affirme avoir déjà développé et mis en œuvre plus de 15 plateformes et infrastructures numériques. Le projet cite notamment un système électronique de subventions par bons pour le secteur agropastoral, une plateforme et un centre de statistiques agropastorales, des projets de numérisation des procédures du MINADER et du MINEPIA ainsi que deux plateformes développées avec l’ART pour la surveillance du spectre des fréquences et l’évaluation de la qualité des services de téléphonie mobile.
Le projet prévoit également de travailler au déploiement du haut débit et de l’accès gratuit à Internet dans six aéroports camerounais, ainsi qu’à l’extension des services de télécommunications dans 362 localités actuellement non connectées aux réseaux nationaux de téléphonie et d’Internet.
Faire de 15 000 agents des relais de la transformation numérique
Avec 15 000 bénéficiaires visés, le gouvernement veut désormais passer à l’échelle supérieure. Il ne s’agit plus de réserver les formations numériques à quelques informaticiens ou à des administrations pilotes, mais de diffuser progressivement ces compétences dans l’ensemble de l’appareil administratif.
Et Minette Libom Li Likeng prévient que le succès du programme ne pourra pas être évalué uniquement à l’aune du nombre d’inscriptions :
« Au-delà de l’atteinte de l’objectif quantitatif de 15 000 bénéficiaires, le véritable défi est de transformer les agents en relais de la transformation numérique, en contribuant à la diffusion de nouvelles pratiques, au partage des connaissances et à une meilleure appropriation des outils numériques dans leurs environnements professionnels respectifs. »
C’est probablement là que se situera le principal test de cette initiative. Au-delà des certificats délivrés au terme des 50 jours de formation, il faudra observer si les compétences acquises se traduisent effectivement dans le fonctionnement quotidien des administrations : meilleure utilisation des plateformes existantes, réduction du papier, nouvelles méthodes de gestion des projets numériques et, surtout, amélioration des services délivrés aux citoyens.
Par Digital Business Africa











