[DIGITAL Business Africa] – Après la numérisation des services publics, de la fiscalité et des procédures administratives, le Sénégal s’attaque désormais à un autre chantier stratégique : la digitalisation de l’orpaillage artisanal. Face à une économie largement informelle qui prive l’État de plus de 350 milliards de FCFA (614 millions de dollars) de recettes chaque année, Dakar mise sur la biométrie pour identifier les orpailleurs, tracer la production d’or et renforcer la gouvernance du secteur minier.
Le 30 juillet 2026, le ministère des Mines et de la Géologie et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) ont signé une convention instituant un système national d’identification biométrique des orpailleurs, accompagné de la délivrance de cartes professionnelles sécurisées. L’objectif est clair : sortir progressivement cette activité de l’informel et construire une base de données fiable sur les acteurs de la filière.

Le dispositif sera mis en œuvre par Synapsys Conseils SA, filiale spécialisée de la CDC, qui assurera l’enrôlement biométrique des exploitants artisanaux et la gestion centralisée des données. Les autorités souhaitent ainsi savoir précisément qui exploite, où, dans quelles conditions et en quelles quantités, afin de mieux encadrer cette activité économique.
Cette réforme intervient dans un contexte où la quasi-totalité de l’orpaillage artisanal est concentrée dans la région de Kédougou, mais où une grande partie de la production échappe encore aux circuits officiels.
Selon le ministre des Mines et de la Géologie, Cheikh Oumar Seck, le Sénégal perd chaque année plus de 350 milliards de FCFA, soit environ 614,4 millions de dollars, à cause d’une production artisanale estimée à plus de 40 tonnes d’or, dont la traçabilité reste quasiment inexistante.
Au-delà des pertes fiscales, cette absence de contrôle favorise également les trafics illicites, la contrebande, la pollution des cours d’eau, l’insécurité dans les zones minières et les risques d’infiltration de réseaux criminels.
Pour le gouvernement sénégalais, cette initiative dépasse la simple identification administrative. La biométrie devient un véritable instrument de gouvernance permettant de mieux organiser la filière, de renforcer la protection sociale des orpailleurs, d’améliorer le suivi environnemental et d’accroître les capacités de contrôle de l’État.
Le partenariat prévoit également un renforcement de la participation publique dans le capital des grandes sociétés minières, traduisant la volonté des autorités de reprendre davantage la main sur l’exploitation des ressources stratégiques du pays.
Cette approche illustre une tendance de plus en plus visible en Afrique : utiliser les technologies numériques pour mieux administrer les ressources naturelles, sécuriser les recettes publiques et lutter contre les économies parallèles.
Longtemps associée à la dématérialisation des services administratifs ou à l’e-gouvernement, la transformation numérique investit désormais des secteurs traditionnellement peu digitalisés, comme les mines artisanales.
En choisissant la biométrie et la gestion numérique des données minières, le Sénégal envoie un signal fort : la souveraineté numérique ne concerne plus seulement les données ou les services publics, mais également la maîtrise des ressources naturelles.
À l’heure où plusieurs pays africains cherchent à mieux valoriser leurs minerais stratégiques, la digitalisation des chaînes de production et de commercialisation pourrait devenir un levier majeur pour améliorer la transparence, augmenter les recettes fiscales et renforcer la sécurité économique. Si cette réforme atteint ses objectifs, elle pourrait inspirer d’autres États confrontés aux mêmes défis liés à l’exploitation artisanale de l’or et d’autres ressources minières.
Par Loïc SOUOP









