[DIGITAL Business Africa] – Alors que l’absence prolongée du président Paul BiyaPaul Biya hors du territoire camerounais alimente les interrogations et les spéculations sur les réseaux sociaux, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Jacques Fame Ndongo, assure qu’il n’existe aucune « vacance » ni « somnolence » au sommet de l’État.

Selon lui, le chef de l’exécutif continue de suivre les dossiers et de transmettre ses directives, notamment par des moyens électroniques.
Dans une déclaration aux couleurs du Minesup publiée sur Facebook le 21 juillet 2026 et intitulée « Halte aux fantasmes. Il n’y a aucune “vacance” au sommet de l’État », le Pr Jacques Fame Ndongo s’élève contre les informations et commentaires critiques laissant entendre que le pouvoir exécutif camerounais serait devenu vacant. Le texte a notamment été diffusé sur les canaux numériques personnels du ministre de l’Enseignement supérieur.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par le séjour prolongé du président de la République en Europe. La présidence camerounaise avait officiellement annoncé que Paul Biya avait quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe », accompagné de son épouse et d’une suite officielle de trois personnes.

Plus de sept semaines après cette annonce, aucune date de retour n’a été communiquée publiquement, nourrissant les critiques de responsables de l’opposition et les discussions sur la continuité du pouvoir.
« Où qu’il se trouve, le chef de l’exécutif est au travail »
Pour répondre aux interrogations, le Pr Jacques Fame Ndongo met en avant une forme de continuité numérique de l’action présidentielle.
« Où qu’il se trouve, le Chef de l’exécutif est au travail », affirme-t-il. Le ministre d’État explique que le président suit quotidiennement les dossiers soumis par ses collaborateurs, soit directement, soit « par les moyens électroniques connus de tous ».
D’après cette déclaration, les outils numériques permettraient au chef de l’État de consulter les documents, d’échanger avec ses collaborateurs et de transmettre des directives sans être physiquement présent au Palais de l’Unité.
Cette affirmation introduit dans le débat politique camerounais une question plus large : jusqu’où les technologies numériques peuvent-elles permettre l’exercice à distance des fonctions de direction d’un État ? Et quels sont les outils numériques utilisés.
La messagerie sécurisée, la visioconférence, les plateformes de gestion documentaire, la signature électronique, les réseaux gouvernementaux protégés et les systèmes de chiffrement permettent aujourd’hui aux dirigeants et aux administrations de travailler depuis différents lieux.
Le communiqué de Jacques Fame Ndongo ne donne cependant aucune précision sur les plateformes, les procédures de sécurité ou les dispositifs institutionnels utilisés dans le cas camerounais.
Il n’indique pas non plus quels actes ou quelles décisions auraient récemment été validés à distance par le président.
Ce que prévoit la Constitution camerounaise
Sur le terrain juridique, le Pr Jacques Fame Ndongo affirme qu’aucun texte ne fixe une durée maximale pendant laquelle le président de la République peut séjourner hors du Cameroun.
La Constitution camerounaise associe effectivement la vacance de la Présidence de la République à trois situations : le décès, la démission ou l’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel. L’absence prolongée du territoire national n’y est pas mentionnée, en tant que telle, comme une cause automatique de vacance.
Le Pr Jacques Fame Ndongo considère ainsi que les appels à constater une vacance du pouvoir ne reposent sur aucune disposition constitutionnelle applicable à la situation actuelle.
« Affirmer que le pouvoir exécutif est vacant au Cameroun relève d’un barbarisme juridique, voire politique ou logique », écrit-il, avant de dénoncer une interprétation relevant, selon ses termes, du « droit des sables mouvants ».
Cette lecture est toutefois contestée dans le débat politique. Des responsables de l’opposition réclament davantage d’informations sur la localisation, l’état et la capacité effective du président à exercer ses fonctions. Certains ont également demandé que les institutions compétentes se prononcent sur la continuité de l’État.
Une bataille de communication sur les réseaux sociaux
Au-delà du débat constitutionnel, la sortie du Pr Jacques Fame Ndongo apparaît comme une réponse directe à la circulation rapide de rumeurs sur les plateformes numériques.
Les absences publiques prolongées de Paul Biya ont régulièrement entraîné, au Cameroun et dans la diaspora, des publications annonçant sa maladie, son incapacité à gouverner ou même son décès. Ces informations, souvent diffusées sans source fiable, sont ensuite amplifiées par les partages, les commentaires, les vidéos en direct et les captures d’écran sorties de leur contexte.
Dans son communiqué, le ministre d’État dénonce la « jactance », les « affabulations », les « gros mensonges » et la « médisance ». Il critique particulièrement les personnes qui déclarent morte une personnalité encore vivante ou qui transforment une absence du territoire en vacance institutionnelle.
Mais, cette nouvelle séquence montre également les limites d’une communication institutionnelle essentiellement réactive. Dans un environnement numérique où l’information circule en temps réel, l’absence prolongée d’informations officielles, datées et vérifiables sur le séjour présidentiel en Europe laisse un espace que les rumeurs, les interprétations politiques et les contenus trompeurs occupent rapidement.
La lutte contre la désinformation ne repose pas uniquement sur les démentis. Elle exige également une communication régulière, transparente et documentée de la part des institutions publiques.
La gouvernance à distance doit laisser des traces vérifiables
Les technologies peuvent effectivement faciliter la continuité administrative.
Dans une administration numérisée, l’exercice du pouvoir à distance devrait pouvoir s’appuyer sur des procédures clairement identifiées : circulation sécurisée des documents, authentification des responsables, traçabilité des validations, archivage électronique, protection des communications et publication régulière des actes pris.
Une telle organisation permettrait de distinguer les simples déclarations politiques des preuves concrètes de la continuité institutionnelle.
En assurant que Paul Biya gouverne « de visu » ou par voie électronique, le Pr Jacques Fame Ndongo tente de déplacer le débat : l’efficacité de l’action présidentielle ne dépendrait pas de la localisation physique du chef de l’État, mais de sa capacité à recevoir les dossiers, à prendre des décisions et à transmettre des orientations.
Des actes signés « Yaoundé » et diffusés pendant le séjour européen
La continuité de l’activité présidentielle apparaît également dans les documents diffusés par les canaux numériques officiels de la Présidence de la République. Sur Facebook et sur X, les comptes certifiés associés au chef de l’État et à la Cellule de communication de la Présidence ont continué de publier des correspondances diplomatiques, des lois et des décrets portant la signature de Paul Biya.
Le 20 juillet 2026, la cellule de communication de la Présidence a notamment diffusé sur Facebook un message de félicitations adressé au roi Felipe VI après la victoire de l’Espagne en finale de la Coupe du monde de football, ainsi qu’un télégramme destiné au nouveau Premier ministre britannique. Sur les deux documents apparaît la mention « Yaoundé, le 20 juillet 2026 ». Ces correspondances sont également répertoriées sur le site officiel de la présidence. (PRC)
Deux jours plus tard, le compte officiel du Président sur X a publié le décret n° 2026/258 du 22 juillet 2026, habilitant le ministre de l’Économie à signer avec l’Association internationale de développement un accord de crédit de 33 millions d’euros pour financer le Projet Filets sociaux adaptatifs et Inclusion économiques. Le document porte lui aussi la mention « Yaoundé, le 22 juillet 2026 », ainsi que la signature attribuée au chef de l’État. Le décret figure dans le registre officiel des actes de la Présidence. (PRC)
Ces actes ont été rendus publics alors que la dernière communication officielle relative au déplacement du président indiquait qu’il avait quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un court séjour privé en Europe, en compagnie de son épouse et d’une suite officielle comprenant trois personnes dont le directeur du Cabinet civil. (PRC)
Cette situation éclaire la déclaration du Pr Jacques Fame Ndongo selon laquelle le président continuerait à recevoir les dossiers, à donner des directives et à travailler « de visu » ou par des moyens électroniques, indépendamment de sa localisation.
Elle rejoint aussi le témoignage livré en 2018 par le Pr Joseph Owona, ancien secrétaire général de la Présidence de la République :
« Moi, j’allais à Genève le rencontrer avec des dossiers du Cameroun. Les gens ne le savent pas. Même quand il est à Genève, il travaille pour le pays. Le président travaille constamment. Il rencontre les gens », avait confié le Pr Joseph Owona à Jean Bruno Tagne dans la Grande interview sur Canal 2 International.
Mis en parallèle, les deux témoignages suggèrent une continuité dans le traitement des affaires de l’État pendant les séjours présidentiels à l’étranger. Sous Joseph Owona, certains dossiers étaient physiquement acheminés à Genève. Selon le Pr Jacques Fame Ndongo, ils pourraient aujourd’hui être consultés et traités à travers des moyens électroniques.
Ce que la mention « Yaoundé » ne permet pas d’établir
Les comptes officiels de la Présidence sur les réseaux Facebook et X continuent de diffuser des actes portant la signature de Paul Biya et datés de Yaoundé.
La présence de la formule « Yaoundé, le… » sur ces documents ne suffit cependant pas à localiser physiquement leur signataire. Elle peut, expliquent certains experts, correspondre au lieu administratif où l’acte est établi, enregistré et publié.
De même, les images des documents diffusées ne permettent pas de savoir :
· où la signature a matériellement été apposée ;
· si le document original a été transporté en Europe ;
· s’il a été signé puis numérisé ;
· si une version électronique sécurisée a été transmise au président ;
· quelles procédures d’authentification et de traçabilité ont été utilisées.
La controverse autour de l’absence présidentielle devient ainsi un cas d’école de la gouvernance à l’ère numérique. Les outils électroniques peuvent assurer la continuité du fonctionnement de l’État à distance, à condition qu’ils soient adaptés à la sensibilité des dossiers et utilisés dans un environnement sécurisé. À défaut de procédures rigoureuses, de mécanismes d’authentification et de dispositifs de traçabilité, leur utilisation peut exposer les institutions à des risques de fuite de données, d’usurpation d’identité, de falsification des documents et de cybercriminalité.
Par Beaugas ORAIN DJOYUM









