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Cameroon – EU Business Week 2026 : 200 milliards FCFA de garantie de l’État et des guichets européens de la BEI, de FMO et de Proparco pour financer les PME

[DIGITAL Business Africa] – L’accès au financement demeure l’un des principaux défis des PME camerounaises. À PROMOTE 2026, cette problématique a été au cœur d’un panel organisé dans le cadre de la Cameroon-EU Business Week 2026, mise en place par la délégation de l’Union européenne au Cameroun, sur le thème : « Accès au financement au Cameroun : solutions croisées Gouvernement – Union européenne – Finance privée ».

Animé par Beaugas Orain DJOYUM, DG du cabinet de veille stratégique et d’e-Réputation ICT Media STRATEGIES, le panel a réuni plusieurs acteurs clés du financement du secteur privé : Ramón YNARAJA, représentant pays de la Banque européenne d’investissement (BEI) ; Mehdi TANAMI, directeur régional Afrique centrale de Proparco ; Jérôme SAVELLI, Business Development Advisor à FMO ; Abdoulaye HAYATOU, chef de division au ministère des Finances ; Pierre KAM, secrétaire général de l’APECCAM ; et Christie BABEI, Senior Investment Officer chez Fako Capital. Le directeur général du FEICOM, Philippe Camille AKOA, annoncé à cette rencontre, était absent.Cameroon–EU Business Week 2026 : 200 milliards FCFA de garantie de l’État et des guichets européens de la BEI, de FMO et de Proparco pour financer les PME

Pendant près d’une heure et demie, les échanges ont permis de dépasser les constats habituels sur la difficulté d’accès au crédit et de présenter des instruments concrets : lignes de crédit, garanties publiques, garanties européennes, capital patient, capital-investissement, assistance technique, financement direct des grandes entreprises et tickets d’amorçage pour les startups technologiques.

Proparco : 280 millions d’euros mobilisés pour 4 000 PME

Pour Mehdi TANAMI, directeur régional Afrique centrale de Proparco, l’accès au financement des PME passe d’abord par une intermédiation efficace avec les banques et les institutions de microfinance. Proparco intervient ainsi auprès des établissements financiers afin de leur permettre de financer davantage de petites et moyennes entreprises, notamment grâce à des lignes de crédit, des garanties et de l’assistance technique.

« Au cours des six dernières années, nous avons mobilisé 280 millions d’euros de financement et accompagné 4 000 PME. Cela a permis de créer ou de maintenir environ 30 000 emplois », a indiqué Mehdi TANAMI.

Ces financements ont notamment été déployés avec des acteurs tels que Société Générale Cameroun, BICEC, SCB Cameroun, Advans Cameroun ou encore ACEP Cameroun. Pour Proparco, l’enjeu consiste à produire un effet de catalyseur en combinant plusieurs outils. « Cette combinaison de garanties, d’assistance technique et, parfois, de lignes de financement accordées aux banques a vraiment un effet catalyseur à différentes échelles », a-t-il expliqué.

Au-delà de l’intermédiation bancaire, Proparco intervient également directement auprès d’entreprises plus importantes, sous forme de dette ou de fonds propres. Ces interventions ciblent notamment les secteurs où les banques locales sont limitées : maturités longues, financement en devises, infrastructures, industrie ou agro-industrie.

« Nos seuils sont de 7 à 10 millions d’euros. On est donc plutôt sur des corporates. On peut intervenir en dette, mais aussi en fonds propres, avec des horizons d’investissement compris entre sept et dix ans », a précisé Mehdi TANAMI.

Digital Africa : des tickets de 20 000 à 100 000 euros pour les startups tech

Pour les startups technologiques, Proparco s’appuie également sur Digital Africa, structure dédiée au financement et à l’accompagnement des startups et incubateurs de la tech. L’objectif est de proposer des outils plus adaptés aux jeunes entreprises innovantes, qui ne disposent pas toujours des garanties exigées par les banques classiques.

« Digital Africa est notre filiale chargée de l’accompagnement et du financement des startups et des incubateurs de la tech. Elle travaille beaucoup avec des tech camerounaises », a expliqué Mehdi TANAMI.Cameroon–EU Business Week 2026 : 200 milliards FCFA de garantie de l’État et des guichets européens de la BEI, de FMO et de Proparco pour financer les PME

Les tickets annoncés sont particulièrement adaptés aux phases d’amorçage et de croissance initiale.

« Digital Africa investit entre 20 000 et 100 000 euros. Nous avons trois tickets : 20 000 euros, 50 000 euros et 100 000 euros, selon l’étape de développement de la startup et les besoins de financement identifiés », a précisé une représentante de Digital Africa présente dans la salle.

Cameroon–EU Business Week 2026 : 200 milliards FCFA de garantie de l’État et des guichets européens de la BEI, de FMO et de Proparco pour financer les PME
La représentante de Digital Africa

Digital Africa revendique un portefeuille de 75 entreprises en Afrique, dont un peu plus de 40 % portées par des fondatrices. Les secteurs ciblés vont des fintechs aux healthtechs, en passant par les marketplaces et d’autres solutions numériques à fort potentiel.

FMO : une ligne de financement de 20 millions d’euros en préparation au Cameroun

La Banque néerlandaise de développement, FMO, représentée par Jérôme SAVELLI, entend renforcer sa présence au Cameroun. L’institution se positionne sur l’ensemble de la chaîne de valeur du financement : microfinance, très petites entreprises, PME bancarisables, fonds d’investissement et entreprises de plus grande taille.

« Le Cameroun est un marché relativement nouveau pour FMO. Nous cherchons aussi à financer le secteur financier au Cameroun, parce qu’il y a énormément de besoins de capitaux différents », a souligné Jérôme SAVELLI.

FMO intervient notamment par le biais de lignes de crédit à long terme accordées aux banques. Ces lignes permettent aux établissements financiers de financer des entreprises sur quatre, cinq ou six ans, dans un contexte où les ressources disponibles localement sont souvent de court terme.

Cameroon–EU Business Week 2026 : 200 milliards FCFA de garantie de l’État et des guichets européens de la BEI, de FMO et de Proparco pour financer les PME
Beaugas Orain DJOYUM, DG d’ICT Media STRATEGHIES, modérateur

« Le problème, ce n’est pas la liquidité dans ces pays-là. C’est plutôt d’avoir accès à des financements à plus long terme et de pouvoir prendre davantage de risques sur ces entreprises. Nous avons donc des lignes de crédit qui permettent, sur quatre, cinq ou six ans, à des banques de prendre le temps de financer des entreprises, parce que c’est du capital patient dont elles ont besoin », a-t-il expliqué.

L’annonce la plus concrète concerne une ligne de financement en préparation avec une banque camerounaise dont le nom n’a pas encore été dévoilé.

« FMO est en train de signer un accord avec une banque assez importante du secteur financier camerounais. Nous préparons une ligne de financement de 20 millions d’euros avec cette banque », a annoncé Jérôme SAVELLI.

L’institution néerlandaise entend également utiliser les garanties européennes pour pousser les banques à financer des secteurs plus risqués, notamment l’agriculture, les entreprises ne disposant pas de garanties suffisantes, les femmes entrepreneures ou d’autres populations moins servies par le secteur bancaire.

BEI : des lignes de crédit et de l’assistance technique pour les PME

Pour Ramón YNARAJA, représentant régional de la Banque européenne d’investissement au Cameroun, la question du financement des PME doit s’appuyer sur un diagnostic précis du marché. Il a notamment relevé le poids des créances en souffrance dans le système bancaire, ce qui contribue à faire grimper le coût du crédit.

« Quand on regarde un marché financier comme le Cameroun, avec un taux de non-performing loans de 14 %, cela veut dire qu’il y a un problème d’asymétrie d’information entre les informations du client et celles que la banque a de chaque client. Et cela explique aussi le coût élevé du financement », a-t-il analysé.

La BEI intervient avec plusieurs instruments selon les segments. Pour les startups, l’institution privilégie les investissements indirects via des fonds d’investissement régionaux. Pour les micro, petites et moyennes entreprises, l’instrument central reste la ligne de crédit.

« Pour les startups, nous pensons qu’il est préférable d’intervenir de manière indirecte, à travers des investissements dans des fonds d’investissement régionaux qui opèrent déjà en Afrique. Mais le cœur de ce que nous faisons concerne les micro, petites et moyennes entreprises », a expliqué Ramón YNARAJA.

En Afrique centrale, la BEI mise donc sur des lignes de crédit mises à disposition des intermédiaires financiers. Ces lignes sont complétées par des subventions de l’Union européenne pour rendre les financements plus abordables et par de l’assistance technique.

« Les lignes de crédit sont, pour l’Afrique centrale, l’instrument que la BEI a décidé de mettre en place. L’objectif est d’avoir un coût de financement abordable, à travers les subventions obtenues de l’Union européenne, qui baissent les coûts. Et l’impact est plus élevé lorsqu’on ajoute une enveloppe d’assistance technique », a précisé Ramón YNARAJA.

Cette assistance technique vise à la fois les intermédiaires financiers, pour mieux gérer les risques, et les bénéficiaires finaux, qui peuvent avoir besoin d’un appui technique, financier ou marketing pour être inclus dans les circuits de financement.

MINFI : une garantie de l’État de 200 milliards de FCFA

Côté gouvernement camerounais, Abdoulaye HAYATOU, chef de la division du Suivi au ministère des Finances, a présenté la facilité de garantie de l’État mise en place pour accompagner les entreprises publiques et privées dans la mobilisation de financements. L’enveloppe globale annoncée s’élève à 200 milliards de FCFA.

« La facilité de garantie de l’État, à hauteur de 200 milliards de FCFA, a été créée pour accompagner les entreprises publiques et privées, leur permettre de lever des fonds et de se développer », a expliqué Abdoulaye HAYATOU.

Cameroon–EU Business Week 2026 : 200 milliards FCFA de garantie de l’État et des guichets européens de la BEI, de FMO et de Proparco pour financer les PME
Abdoulaye HAYATOU, chef de la division du Suivi au ministère des Finances

Ce mécanisme permet à l’État de couvrir jusqu’à 50 % du risque supporté par les banques et les établissements de microfinance. L’objectif est de rétablir la confiance entre les institutions financières et les entreprises, notamment les PME, souvent confrontées à des exigences de garanties difficiles à satisfaire.

« Le gouvernement accompagne les PME et les entreprises publiques et privées jusqu’à hauteur de 50 % de la couverture. Il y a donc un partage de risque entre le secteur bancaire et l’État, pour que cela ne repose pas uniquement sur l’État et pour donner aux banques la possibilité de lever des financements », a-t-il indiqué.

La procédure passe obligatoirement par les banques et les microfinances. Les entreprises doivent d’abord présenter leurs projets à ces établissements. Si le dossier est jugé bancable, l’établissement financier sollicite ensuite la garantie de l’État auprès du ministère des Finances.

« Les entreprises vont vers les banques et les microfinances avec un projet. Les banques étudient le projet. Si le projet est porteur et bancable, elles se tournent vers le ministère des Finances pour solliciter la garantie. Au ministère des Finances, il s’agit d’un contrôle de conformité », a précisé Abdoulaye HAYATOU.

À ce jour, le portefeuille de cette facilité s’élève à environ 78,5 milliards de FCFA. Les secteurs déjà concernés sont notamment l’hôtellerie, le transport-logistique, l’industrie et l’agro-industrie.

« Aujourd’hui, le portefeuille de cette facilité représente environ 78,5 milliards de FCFA. Il y a des entreprises qui ont été accompagnées et qui sont couvertes à hauteur de 50 % sur cet encours », a-t-il ajouté.

APECCAM : les banques demandent plus de ressources longues et d’assistance technique

Pour Pierre KAM, secrétaire général de l’APECCAM, les mécanismes présentés par les partenaires européens et l’État camerounais répondent à une contrainte centrale du secteur bancaire : la faiblesse des ressources à long terme. Les banques collectent majoritairement des ressources à court terme, alors que les entreprises ont besoin de financements à long terme pour investir.

« Si l’on veut transformer structurellement une économie, il faut accorder une part importante à l’investissement. Ce n’est pas avec des ressources limitées que cela se fera. C’est essentiellement avec des ressources longues. En cela, les bailleurs de fonds sont très utiles », a déclaré Pierre KAM.

Pour lui, les garanties permettent aux banques d’accroître leur prise de risque, notamment vis-à-vis des PME.

« La ligne de garantie permet à la banque de déplacer le curseur. On peut monter d’un cran en termes de prise de risque parce que, derrière, il y a quelqu’un qui vous couvre », a-t-il expliqué.

Pierre KAM a également salué les ajustements apportés autour de la facilité de garantie de l’État, notamment le fait que l’analyse des dossiers revienne désormais clairement aux banques et qu’un compte séquestre assure la couverture en cas de sinistre.

« Nous venons de faire un grand virage à la fin de 2025. La fonction d’analyse revient essentiellement à la banque aujourd’hui. C’est quelque chose de capital. La deuxième chose, c’est qu’il y a désormais un compte séquestre qui assure la couverture de la banque », a-t-il souligné.

Mais pour l’APECCAM, le financement ne suffit pas. Les PME doivent aussi être accompagnées pour réussir. « Financer une entreprise n’est peut-être pas le problème capital. Le problème, c’est de faire réussir l’entreprise. En cela, les lignes d’assistance technique peuvent être très déterminantes », a insisté Pierre KAM.

Fako Capital : du capital patient pour les PME à impact

Fako Capital, représenté par Christie BABEI, intervient sur un segment souvent mal couvert par les banques classiques : les PME en croissance qui ont besoin de capital patient pour acquérir des équipements, développer un nouveau marché ou lancer un nouveau produit.

« Les PME camerounaises ont des besoins en capital patient, c’est-à-dire des besoins de financement pour acquérir des équipements, développer un nouveau marché ou un nouveau produit. Pour l’instant, ce besoin n’est pas encore suffisamment adressé », a expliqué Christie BABEI.

Le fonds combine le financement patient, le financement à court terme et l’accompagnement stratégique. Il peut aussi entrer au capital des entreprises, dans une logique de partenariat temporaire visant à créer de la valeur.

« Nous fonctionnons en trois volets. Nous fournissons du financement via plusieurs outils, notamment du financement patient, ainsi que du financement à court terme. Ensuite, nous accompagnons la société de manière stratégique. Nous essayons de partager les bons comme les mauvais moments avec le promoteur », a-t-elle indiqué.

Fako Capital se présente comme un acteur du capital-investissement à impact en Afrique centrale.

« Fako Capital est le premier fonds d’investissement d’impact agréé par la COSUMAF en Afrique centrale. À ce jour, nous comptons près d’une vingtaine d’entreprises accompagnées au moyen de plusieurs outils », a précisé Christie BABEI.

Le fonds cible notamment les PME réalisant entre 50 millions et 500 millions de FCFA de chiffre d’affaires. Les critères d’intervention portent sur la structuration des chaînes de valeur, l’impact économique et social, la contribution à l’import-substitution et l’inclusion économique des femmes.

« Nous regardons des entreprises qui ont un chiffre d’affaires compris entre 50 millions et 500 millions de FCFA, des entreprises qui structurent des chaînes de valeur et contribuent à l’import-substitution. Nous sommes aussi très sensibles au genre », a-t-elle ajouté.

Un enjeu commun : passer du financement de court terme au financement productif

Au fil des échanges, un consensus s’est dégagé : le problème du financement au Cameroun n’est pas seulement une question de liquidité. Il touche aussi à la confiance, à la qualité des dossiers, à la structuration des PME, au partage des risques, à la maturité des ressources et à l’accompagnement non financier.

Les banques financent encore fortement le court terme : trésorerie, consommation, importations, fonctionnement. Or, pour transformer l’économie camerounaise, il faut financer davantage l’investissement productif, les équipements, l’industrie, l’agro-industrie, l’énergie, la transformation locale et les chaînes de valeur.

« À court terme, vous pouvez payer un salaire ou importer la matière première, mais ce n’est pas à court terme que vous installez la machine. Si l’on veut inverser la courbe, il faut davantage investir pour que la valeur se crée localement et, par induction, qu’il y ait des emplois », a résumé Pierre KAM.

Pour les PME camerounaises, le message est clair : les guichets existent, mais ils exigent des projets structurés, des états financiers crédibles, une gouvernance plus solide et une capacité à dialoguer avec les banques, les fonds d’investissement et les institutions de développement.

L’Union européenne annonce un nouvel appel à projets

Au terme des échanges, la délégation de l’Union européenne a également annoncé une évolution de sa méthode de travail, avec la volonté d’accompagner davantage l’émergence de projets bancables.

« Nous travaillons désormais à l’émergence de projets pour les guichets de financement. Nous allons lancer, avec le ministère de l’Économie, un nouvel appel à projets pour un programme d’appui au développement des chaînes de valeur agricoles. L’idée est de conduire les projets vers les différents guichets de financement existants », a indiqué Concepcion PEREZ CAMARAS, Chef d’équipe de la Section Économie, Secteur Privé et Infrastructures, à la Délégation de l’Union européenne au Cameroun.

Cet appel à projets devrait permettre à des entreprises de bénéficier d’une assistance technique de maturation, avant d’être orientées vers les guichets appropriés : banques, fonds de capital-investissement, Fako Capital, BEI, Proparco, FMO ou d’autres partenaires financiers.

À PROMOTE 2026, ce panel aura donc permis de mettre en évidence un écosystème de financement plus large qu’il n’y paraît : garantie de l’État, lignes de crédit européennes, capital patient, capital-risque, tickets d’amorçage, assistance technique et financement direct des grands projets. Reste désormais à transformer ces mécanismes en dossiers financés, en entreprises renforcées, en emplois créés et en valeur ajoutée produite localement.

Par Digital Business Africa

 

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