[DIGITAL Business Africa] – Former les internautes, influenceurs et lanceurs d’alerte aux bonnes pratiques de vérification de l’information devient une urgence démocratique. C’est le principal message porté par Beaugas Orain DJOYUM, Directeur général de ICT Media STRATEGIES et président de l’association Smart Click Africa, lors de la 3ᵉ édition des « Universités de la Presse », organisée le 05 mai 2026 à Yaoundé par le Syndicat national des professionnels de l’Information et de la communication (SPIC) et l’ UN Press Club, avec l’appui technique de l’UNESCO.

L’événement, tenu au siège de l’UNESCO à Dragage dans le cadre de la 34ᵉ Journée mondiale de la liberté de la presse, s’inscrivait sous le thème mondial : « Façonner un avenir en paix ». Plusieurs professionnels des médias, experts du numérique, journalistes, étudiants et acteurs de la société civile y ont débattu du rôle des médias face aux profondes mutations numériques qui transforment les sociétés africaines.
Invité à intervenir sur le thème « Journalisme citoyen : pour une société plus juste », Beaugas Orain DJOYUM a défendu une approche équilibrée du journalisme citoyen, qu’il considère à la fois comme une opportunité démocratique majeure et un défi important pour la qualité de l’information.

« Le journalisme citoyen ne remplace pas le journalisme professionnel. Il le complète, le bouscule et parfois le sauve. Mais les lanceurs d’alerte et influenceurs doivent être formés afin de contribuer à une information plus fiable et à la réduction de la désinformation, de la manipulation et de la diffamation », a-t-il déclaré.
Pour le responsable de ICT Media STRATEGIES, le développement massif des smartphones et des réseaux sociaux a profondément modifié l’écosystème médiatique. Désormais, chaque citoyen connecté peut produire et diffuser de l’information en temps réel, parfois avant même les médias traditionnels.
S’appuyant sur les travaux de Bowman & Willis dans We Media (2003), il a rappelé que le journalisme citoyen désigne la collecte, le traitement et la diffusion de l’information par des individus non professionnels agissant dans l’intérêt public grâce aux outils numériques.
Mais cette démocratisation de la production de contenus soulève également des défis majeurs liés à la vérification des faits, à la manipulation de l’opinion, aux campagnes de désinformation et aux atteintes à la réputation.
Pour illustrer ces dérives, l’intervenant a évoqué plusieurs situations observées dans l’espace numérique camerounais : diffusion d’accusations sans vérification préalable, interpellations publiques sans démarche contradictoire ou encore propagation virale de contenus non contextualisés.
En parallèle, il a également mis en avant le potentiel positif du numérique citoyen, citant notamment la mobilisation #EndPhoneTax d’octobre 2020. Cette campagne numérique spontanée contre la taxation des téléphones portables avait conduit à une intervention du président de la République ordonnant l’arrêt immédiat de la mesure.
Pour Beaugas Orain DJOYUM, cet exemple démontre qu’un citoyen numérique bien informé et bien encadré peut contribuer à influencer positivement les politiques publiques.
Face à ces enjeux, il plaide pour une stratégie nationale de renforcement des capacités numériques des citoyens, des influenceurs et des lanceurs d’alerte.
« La lutte contre la désinformation ne peut pas être laissée aux seuls journalistes professionnels. Elle doit commencer dès l’école, dans les universités, dans les associations et dans les espaces numériques eux-mêmes », a-t-il insisté.
Au cours de son intervention, plusieurs initiatives engagées dans la promotion de la vérification de l’information ont été citées, notamment :
* Smart Click Africa et son Media Tour dans les rédactions et établissements ;
* Data Check d’ADISI ;
* Stop Intox ;
* ainsi qu’Africa Check.
L’intervenant a également appelé à une collaboration plus structurée entre journalistes professionnels et lanceurs d’alerte. Selon lui, l’avenir de l’information crédible repose sur une complémentarité entre :
* le citoyen qui alerte ;
* et le journaliste qui vérifie, contextualise et recoupe les informations.
Dans un contexte marqué par la montée des fake news, des contenus manipulés et désormais des deepfakes générés par l’intelligence artificielle, cette coopération devient, selon lui, indispensable pour préserver la confiance dans l’information.
Cette réflexion intervient au moment où plusieurs pays africains s’interrogent sur l’encadrement des plateformes numériques, la responsabilité des créateurs de contenus et les mécanismes de lutte contre la désinformation, tout en préservant les libertés fondamentales et la liberté d’expression.
Pour Digital Business Africa, cette intervention illustre également une tendance lourde : le débat sur l’avenir des médias ne concerne plus uniquement les journalistes, mais désormais l’ensemble des citoyens producteurs de contenus dans un environnement numérique en mutation permanente.
Par Digital Business Africa








