[DIGITAL Business Africa] – « L’Afrique ne peut pas être construite par les voisins. Le Cameroun sera construit par des Camerounais. » C’est l’une des principales convictions exprimées par Gabriel Fopa, directeur général d’ITG STORE, lors d’une interview accordée à Beaugas Orain DJOYUM, directeur de publication de Digital Business Africa.
L’entretien a été réalisé dans le cadre des préparatifs de la première édition du Salon de l’e-Gouvernance et de l’Innovation digitale en Afrique, E-Gov’A, prévue du 14 au 16 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé.
Digitaliser pour simplifier la vie des citoyens
Pour Gabriel Fopa, la transformation numérique d’une administration ne doit pas commencer par la technologie, mais par une définition claire des objectifs et des procédures.
« On veut digitaliser et transformer pour permettre à l’usager d’avoir une vie facile, pour lui permettre d’accéder au service public depuis chez lui et le plus rapidement possible », explique-t-il. Un citoyen vivant dans le Grand Nord, souligne-t-il, ne devrait plus être obligé de se rendre à Yaoundé pour accomplir une simple démarche administrative.
Mais la digitalisation ne peut fonctionner que si les procédures ont d’abord été correctement organisées.
« La transformation digitale vient automatiser des processus qui ont été clairement élaborés. Si cela ne marche pas de manière manuelle, cela ne marchera pas de manière automatique », prévient le directeur général d’ITG STORE.
Gabriel Fopa cite les plateformes de la douane camerounaise et du Guichet unique comme des exemples d’avancées importantes. Les transitaires peuvent désormais effectuer certaines déclarations, réaliser des paiements et obtenir des documents à distance, alors que ces opérations nécessitaient autrefois plusieurs jours.
Il estime toutefois que les administrations camerounaises doivent aller plus loin en intégrant la gestion des ressources humaines, des dépenses, des engagements, des recettes et de la dette dans des écosystèmes numériques cohérents.
« Il suffit de vouloir l’interopérabilité »
Le DG considère également que l’interopérabilité entre les plateformes des Impôts, de la Douane, du Trésor et des autres administrations ne constitue pas une difficulté technique insurmontable.
« Il suffit de vouloir qu’il y ait interopérabilité. L’informatique sait la mettre en œuvre », affirme-t-il.
Les logiciels correctement développés disposent, selon lui, de modules leur permettant d’échanger, de recevoir et de reformater les données provenant d’autres systèmes. Le principal obstacle résiderait donc davantage dans la volonté des institutions de collaborer et de partager les informations nécessaires.
Faire confiance aux ingénieurs africains
Gabriel Fopa affirme par ailleurs que le Cameroun dispose de compétences capables de concevoir et de gérer ses infrastructures numériques critiques. Il indique que plus de 220 ingénieurs sont déjà passés par l’environnement professionnel d’ITG STORE et que plusieurs travaillent aujourd’hui dans de grandes entreprises au Cameroun et à l’étranger.
Il regrette cependant qu’une majeure partie de ces talents quitte le continent à la recherche de meilleures opportunités.
« Le Cameroun sera construit par des Camerounais. Il y a suffisamment d’intelligence pour que les ambitieux projets soient accueillis par des ingénieurs bien formés, avec des têtes et des cœurs », déclare-t-il.
Adapter l’intelligence artificielle aux réalités africaines
Sur l’intelligence artificielle, Gabriel Fopa voit d’importantes possibilités dans l’administration, l’agriculture, l’éducation, la santé et les transports.
Mais il souligne que la majorité des modèles actuels ne prennent pas suffisamment en compte les réalités socioéconomiques et culturelles africaines.
« La plupart des bases de faits n’ont pas nos contextes. C’est une opportunité pour notre jeunesse, parce qu’il y a des bases de connaissances et des scénarios métiers à créer », explique-t-il.
L’Afrique doit donc former ses ingénieurs, produire ses propres données et développer des modèles d’intelligence artificielle répondant à ses besoins.
Il appelle à encadrer ces innovations par des principes éthiques forts. « Le transhumanisme, si on n’y met pas de l’éthique, peut nous faire entrer dans un monde incroyablement fou », avertit-il.
Ces enjeux liés à la digitalisation des administrations, à l’interopérabilité, aux compétences locales, à l’intelligence artificielle et à l’éthique seront au cœur des échanges d’E-Gov’A 2026, du 14 au 16 octobre prochain à Yaoundé.
Par Digital Business Africa









