Adoptées par le Parlement en avril 2026 puis rapidement promulguées par le président Hakainde Hichilema, ces nouvelles dispositions sont officiellement présentées comme des outils destinés à lutter contre les fraudes numériques, les faux comptes, le harcèlement en ligne et les cybermenaces.
Mais pour de nombreux journalistes et observateurs, ces lois pourraient également ouvrir la voie à un renforcement du contrôle de l’espace numérique et à une surveillance accrue des voix critiques.
Joseph Mwenda, rédacteur en chef du média indépendant News Diggers, estime que certaines pratiques répressives réapparaissent désormais sous couvert de cybersécurité. Selon lui, les nouveaux textes accordent des pouvoirs particulièrement étendus aux forces de l’ordre, notamment en matière de perquisition et de saisie de données liées à la sécurité nationale.
Les inquiétudes portent surtout sur le caractère imprécis de certaines dispositions. Austin Kayanda, directeur du Media Institute of Southern Africa, pointe notamment une clause évoquant des sanctions pouvant aller jusqu’à 25 ans de prison pour des personnes détenant « trop d’informations », sans définition claire de cette notion.
Pour les défenseurs de la liberté de la presse, cette absence de précision juridique crée un risque élevé d’interprétation abusive et pourrait favoriser des poursuites ciblant journalistes, lanceurs d’alerte ou opposants politiques.
Dans les rédactions, les effets se feraient déjà sentir. Charles Mafa, fondateur du centre de journalisme d’investigation indépendant Makanday, observe une montée de l’autocensure, notamment autour des sujets politiques et électoraux. Plusieurs journalistes éviteraient désormais certains thèmes sensibles par crainte de poursuites ou de sanctions.
Au-delà des médias, cette prudence gagne progressivement les citoyens eux-mêmes. Sur les réseaux sociaux, certains internautes hésitent désormais à commenter l’actualité politique, redoutant des conséquences judiciaires.
Le gouvernement zambien défend toutefois ces réformes, estimant qu’elles sont indispensables pour sécuriser l’espace numérique national face à la montée des cybermenaces. Mais dans un contexte électoral particulièrement sensible, plusieurs organisations craignent que ces lois ne fragilisent davantage l’écosystème médiatique indépendant et la liberté d’expression en ligne.
Cette situation relance plus largement le débat sur l’équilibre entre cybersécurité et protection des libertés numériques en Afrique, alors que plusieurs pays du continent renforcent actuellement leurs arsenaux législatifs autour du numérique et de l’intelligence artificielle.
Par Loic SOUOP









