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Vietnam : la transformation numérique de l’éducation passe à l’heure des résultats

[DIGITAL Business Africa] – Au Vietnam, la transformation numérique du secteur de l’éducation entre dans une nouvelle phase. Désormais, le gouvernement veut mesurer les politiques numériques non plus au nombre de logiciels déployés ou de données numérisées, mais à leur impact concret sur la qualité de l’enseignement, la gouvernance et l’expérience des apprenants. Cette nouvelle orientation a été réaffirmée ce 12 août 2026 par le vice-Premier ministre Le Tien Chau, lors d’une réunion consacrée à la transformation numérique avec le ministère de l’Éducation et de la Formation. Il a appelé le ministère à faire preuve de davantage de « proactivité, de détermination et de rigueur », en exigeant que chaque projet numérique soit associé à des résultats clairement identifiables.

Le Vietnam dispose déjà d’une importante base numérique dans le secteur éducatif. Selon les données présentées lors de la réunion, les informations de plus de 28 millions d’élèves et d’enseignants, répartis dans plus de 50 000 établissements d’enseignement, ont été numérisées.

Le pays a également digitalisé plus de 16 millions de dossiers scolaires au titre de l’année scolaire 2025-2026, ainsi que plus de 8 millions de diplômes et certificats.

Autre avancée : l’identité de plus de 28 millions d’élèves et de membres du personnel a été vérifiée auprès de la base de données nationale de la population.

Plusieurs services éducatifs sont désormais accessibles numériquement, notamment l’inscription aux examens de fin d’études secondaires, les admissions universitaires, certaines procédures de sélection, la consultation des résultats et les inscriptions.

Pour le gouvernement vietnamien, ces chiffres ne constituent toutefois pas une fin en soi. La transformation numérique doit désormais produire des effets mesurables sur le terrain.

Le vice-Premier ministre Le Tien Chau estime que la réussite de la transformation numérique de l’éducation doit être évaluée à travers plusieurs indicateurs : qualité de l’éducation, efficacité de la gouvernance, transparence, qualité des services et satisfaction des élèves, enseignants, parents et établissements.

Cette approche implique une réorganisation en profondeur des systèmes existants.

Le gouvernement veut notamment passer de données distribuées à des données « exactes, complètes, propres, en temps réel, unifiées et partagées ». Il souhaite également remplacer les logiciels isolés par des plateformes numériques communes et encadrer davantage les usages de l’intelligence artificielle.

Le pays envisage notamment une plateforme nationale d’éducation intelligente utilisant une IA contrôlée, ainsi qu’une plateforme numérique nationale de gestion de l’éducation et de la formation.

Cette accélération numérique fait toutefois apparaître de nouveaux défis.

Le ministère de l’Éducation et de la Formation relève notamment une capacité encore insuffisante à exploiter efficacement les données produites, la fragmentation des logiciels de gestion et des difficultés d’interconnexion entre les systèmes.

La cybersécurité et la protection des données constituent également des points de vigilance. Les ressources pédagogiques numériques partagées restent insuffisantes et les compétences numériques et en intelligence artificielle demeurent inégalement réparties.

Le développement rapide des applications d’IA pose enfin une question réglementaire. Le cadre juridique, les mécanismes de contrôle des risques, la protection des données personnelles, la fiabilité des contenus et l’intégrité académique ne progressent pas au même rythme que les usages de l’intelligence artificielle.

L’un des chantiers prioritaires concerne les documents scolaires.

Le ministère de l’Éducation et de la Formation, avec les ministères de la Justice et de la Sécurité publique ainsi que d’autres administrations, doit poursuivre le travail sur le cadre juridique, les normes techniques et les procédures permettant d’utiliser les relevés de notes, diplômes et certificats numériques en remplacement des documents papier.

Le gouvernement veut également normaliser les relevés de notes électroniques, les diplômes et certificats numériques, les codes d’identification des apprenants et les dossiers d’apprentissage tout au long de la vie. L’authentification doit notamment être intégrée à VNeID, le système vietnamien d’identification numérique.

Cette évolution pourrait aussi contribuer à alléger les procédures administratives. Le document indique que, pour 251 procédures administratives relevant de 17 ministères et organismes, certaines données issues des dossiers scolaires, diplômes et certificats peuvent déjà être utilisées afin de remplacer des pièces justificatives.

Pour les 47 procédures relevant directement du ministère de l’Éducation et de la Formation, le gouvernement souhaite également réduire les documents demandés et revoir les processus administratifs.

La nouvelle année scolaire comme test grandeur nature

Pour l’année scolaire 2026-2027, la transformation numérique devient ainsi une priorité gouvernementale. Le ministère devra sélectionner des actions concrètes susceptibles de produire des changements visibles dès le début de l’année scolaire, tout en évitant une transformation numérique réduite à une accumulation de formalités.

Le vice-Premier ministre demande notamment que chaque base de données ou plateforme permette d’identifier clairement ses utilisateurs, les processus modifiés, la réduction de la paperasserie, les décisions facilitées et les bénéfices apportés aux élèves, enseignants, établissements et citoyens.

Cette logique doit également s’appliquer à la cybersécurité, aux infrastructures numériques, à l’enseignement, à l’apprentissage, aux examens, à l’évaluation et au développement des compétences numériques.

Un projet plus large de transformation numérique de l’éducation et de la formation est par ailleurs prévu pour la période 2026-2030, avec une vision à l’horizon 2035.

Pour Le Tien Chau, l’enjeu dépasse finalement la simple modernisation technologique. L’éducation, qui forme les ressources humaines du pays, doit devenir l’un des moteurs de la transformation numérique nationale. Technologie, données et intelligence artificielle doivent ainsi être utilisées comme des leviers pour améliorer la qualité de l’éducation et servir les apprenants et la société.

Par Loic SOUOP

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