[DIGITAL Business Africa] – Le déploiement des infrastructures télécoms entre dans une nouvelle phase en République démocratique du Congo. Eastcastle Infrastructure vient de sécuriser un financement de 32,8 millions de dollars auprès du Fonds pour les infrastructures émergentes d’Afrique et d’Asie (EAAIF), membre du Private Infrastructure Development Group (PIDG) et géré par Ninety One.
Annoncé le 4 août 2026, ce prêt senior garanti constitue une nouvelle composante du programme de financement d’environ 180 millions de dollars qu’Eastcastle entend mobiliser pour accélérer ses investissements dans le pays.
L’opérateur d’infrastructures télécoms prévoit notamment de construire 728 nouvelles tours, afin de faire passer son portefeuille en RDC de 1 072 à 1 800 sites. Selon l’EAAIF, environ 70 % de ces nouvelles infrastructures devraient être implantées dans des zones rurales ou encore insuffisamment desservies.
L’ambition d’Eastcastle est de répondre à l’un des principaux freins à l’extension des réseaux mobiles en RDC : le manque d’infrastructures passives dans certaines régions du pays.
L’entreprise met à disposition des opérateurs mobiles des infrastructures mutualisées, notamment des pylônes et des équipements d’alimentation énergétique. Ce modèle permet aux opérateurs de déployer leurs réseaux sur de nouveaux territoires sans devoir construire individuellement l’ensemble des infrastructures nécessaires à chaque site.
« Nous sommes heureux de collaborer avec EAAIF pour développer notre réseau de tours, alors que nous nous attaquons au goulot d’étranglement infrastructurel critique de la RDC tout en poursuivant une connectivité durable et économe en énergie », a déclaré Peter Lewis, cofondateur et directeur d’Eastcastle Infrastructure.
L’enjeu est d’autant plus important que l’usage de l’Internet mobile reste encore limité en RDC. D’après l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), le taux de pénétration de l’Internet mobile était d’environ 33 % au quatrième trimestre 2025.
La GSMA estimait pour sa part en 2025 que les réseaux 2G, 3G et 4G couvraient respectivement 77 %, 68 % et 57 % de la population congolaise.
L’augmentation du nombre de tours devrait contribuer à améliorer la disponibilité des réseaux, notamment dans les zones rurales. Mais le déficit d’infrastructures ne constitue qu’une partie des obstacles à l’adoption de l’Internet mobile.
Le coût des smartphones et des services télécoms, le niveau de pouvoir d’achat et les compétences numériques restent également des facteurs déterminants pour élargir l’accès et l’usage des services numériques.
Dans ce contexte, le programme d’Eastcastle vise à renforcer simultanément la capacité des réseaux et leur disponibilité dans les territoires encore mal desservis.
Le financement mobilisé doit également contribuer à améliorer l’efficacité énergétique des infrastructures.
Selon l’EAAIF, le programme prévoit notamment l’installation de panneaux solaires ainsi que le remplacement ou la modernisation de certains systèmes de stockage énergétique avec des batteries au lithium.
L’objectif est de réduire la dépendance au diesel, tout en améliorant la disponibilité des tours. Un enjeu particulièrement important en RDC, où l’insuffisance de l’alimentation électrique demeure une contrainte majeure pour les infrastructures télécoms.
Dans les zones rurales, où l’accès au réseau électrique est souvent limité, les sites télécoms doivent en effet disposer de solutions énergétiques autonomes pour assurer leur fonctionnement.
Créée en 2020 par Peter Lewis et Pankaj Kulshrestha, deux anciens dirigeants d’Eaton Towers, Eastcastle a déjà mobilisé plusieurs financements internationaux pour développer ses activités en RDC.
En 2023, une première facilité impliquant notamment la Société financière internationale (IFC) et Standard Bank of South Africa avait contribué au financement d’un précédent cycle d’expansion, avec l’objectif de porter le portefeuille de l’entreprise à plus d’un millier de tours dans le pays.
Le nouveau programme de 180 millions de dollars ouvre désormais un second cycle d’investissement.
En avril 2026, l’IFC avait indiqué examiner une participation pouvant atteindre 60 millions de dollars dans ce programme. Le financement de 32,8 millions de dollars annoncé par l’EAAIF vient ainsi compléter cette nouvelle phase de mobilisation de capitaux.
Pour Eastcastle, le prochain défi sera de sécuriser le solde du financement prévu et de transformer ces ressources en infrastructures opérationnelles. À terme, l’entreprise vise 1 800 tours télécoms en RDC, dont une large part dans les territoires où l’accès aux réseaux reste encore limité.
Au-delà de l’extension du parc de pylônes, ce programme pourrait ainsi contribuer à renforcer l’infrastructure passive nécessaire à l’essor de l’Internet mobile en RDC, tout en favorisant un modèle de déploiement davantage mutualisé et moins dépendant des énergies fossiles.

Par Loic SOUOP








