[DIGITAL Business Africa] – Intervenant au panel 2 consacré au thème « Construire un cyberespace camerounais sûr et résilient », Prosper Pagou, expert au sein du Computer Incident Response Team (CIRT) de l’ANTIC, a d’emblée recadré les enjeux : la sécurité informatique n’est pas un concept abstrait, mais la condition sine qua non du développement économique.
« On ne fait pas de la sécurité pour faire de la sécurité. On fait de la sécurité parce qu’il y a un enjeu derrière : créer un environnement de confiance pour garantir que l’économie numérique se développe dans des conditions idoines. »
Alors que le taux de pénétration d’Internet au Cameroun frôle désormais les 50 % (contre 41 % en 2010), l’expansion du réseau s’est accompagnée d’une sophistication accrue des risques et des modes opératoires criminels.
5,8 milliards de FCFA de pertes : la cartographie du préjudice
Pour l’année 2025, l’ANTIC, en synergie avec les forces de défense et de sécurité, a recensé 17 500 plaintes cumulant un préjudice financier global de 5,8 milliards de FCFA.
L’analyse de la typologie des plaintes révèle une nette prédominance de l’ingénierie sociale :
- Scamming et phishing (71 %) : arnaques et usurpations d’identité visant à soutirer des fonds ou des codes d’accès.
- Cyberharcèlement et calomnie (17 %) : diffamation, injures et atteintes à l’honneur sur les réseaux sociaux.
- Piratage de comptes (10 %) : compromission d’accès Facebook, WhatsApp et messageries.
- Cyberchantage (0,5 %) : extorsions et chantage à la nudité.
Prosper Pagou a d’ailleurs lancé un rappel à l’ordre aux acteurs du secteur privé : « Les dispositions légales imposent que dès qu’une entreprise est victime d’un acte de cybercriminalité, elle doit systématiquement et immédiatement le signaler à l’ANTIC. »
L’émergence des applications de prêt usuraire : 100 000 victimes estimées
L’année 2025 a été marquée par l’apparition d’un nouveau mode opératoire particulièrement agressif : les applications mobiles de micro-prêt usuraire.
Ces logiciels malveillants, une fois installés sur les téléphones, collectent subrepticement la liste de contacts et la galerie photos des utilisateurs. Ils servent ensuite de levier de chantage et d’extorsion. La riposte technique et opérationnelle de l’ANTIC a permis de neutraliser une part importante de cette infrastructure criminelle :
- 33 applications frauduleuses détectées et bloquées sur le réseau national.
- 111 numéros de téléphone de harceleurs suspendus (opérant souvent depuis des centres d’appels à l’étranger, notamment en Côte d’Ivoire).
- 100 000 victimes potentielles impactées par ces réseaux.
- 5 533 faux comptes Facebook détectés, dont 4 110 ont été définitivement fermés.
21 280 machines camerounaises embrigadées dans des réseaux « Botnets »
Sur le plan technique et de la sécurité des infrastructures, l’ANTIC membre du réseau mondial FIRST (Forum of Incident Response and Security Teams) surveille la réputation des adresses IP nationales.
Le bilan international révèle qu’en 2025, 21 280 machines situées au Cameroun ont été compromises et enrôlées au sein de « botnets » (réseaux de machines zombifiées servant à orchestrer des attaques massives). À lui seul, le malware M0YV concentre 86,78 % des infections sur le territoire national, un phénomène principalement alimenté par l’absence de mises à jour des systèmes et équipements.
Sensibilisation et audits : la riposte globale de l’État
Pour faire face à ces menaces qui exploitent prioritairement la « faille humaine », l’ANTIC intensifie ses actions préventives. En 2025, l’agence a conduit 73 audits de sécurité au sein d’organismes publics et privés.
Sur le front de l’éducation numérique, l’organisme déploie des campagnes bimensuelles d’information sur les ondes du Poste national (en français et en anglais), complétées par des relais régionaux diffusés en langues locales pour atteindre l’ensemble des populations.
Par DIGITAL BUSINESS AFRICA








