[DIGITAL Business Africa] – L’Égypte veut désormais frapper fort contre les paris en ligne. Le Parlement égyptien s’apprête à examiner de nouveaux amendements législatifs visant à criminaliser explicitement les applications de paris en ligne, dans un contexte de durcissement global de la lutte contre les cybercrimes, la désinformation numérique et certaines dérives des plateformes en ligne.
À travers cette réforme, le Caire envoie un signal fort à l’ensemble du continent africain : les États africains commencent progressivement à considérer les plateformes de paris en ligne non seulement comme une activité économique numérique, mais aussi comme un enjeu de sécurité sociale, de protection des citoyens et de souveraineté numérique.
« Immédiatement après l’Aïd al-Adha, le gouvernement soumettra ces amendements afin notamment de criminaliser explicitement les applications électroniques de paris, récemment responsables de nombreuses victimes en l’absence d’un cadre juridique spécifique », a déclaré le président de la Commission des communications et des technologies de l’information à la Chambre des représentants, Ahmed Badawi, dans des déclarations au journal Al-Shorouk, mardi 27 mai.
Vers une criminalisation renforcée des plateformes de paris
Jusqu’ici, la législation égyptienne sanctionnait déjà certaines pratiques illégales, mais sans mentionner explicitement les paris en ligne comme infraction spécifique. Les nouvelles dispositions introduiront désormais cette qualification de manière explicite, assortie d’un durcissement important des peines.
Selon les autorités égyptiennes, la multiplication des plateformes numériques de jeux d’argent, souvent accessibles via smartphones et réseaux sociaux, favorise des phénomènes de dépendance, d’endettement, d’escroquerie et, parfois, de criminalité financière.
Le projet de loi prévoit une gradation des sanctions pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité pour les infractions les plus graves, notamment lorsque les activités numériques sont liées à des atteintes à la stabilité nationale ou à des réseaux criminels organisés.
L’Égypte semble ainsi vouloir adapter son arsenal juridique à l’essor des usages numériques et à l’émergence de nouvelles formes de cybercriminalité alimentées par les applications mobiles et les plateformes numériques.
Les paris en ligne, nouveau défi de gouvernance numérique en Afrique
Cette évolution législative intervient alors que les paris sportifs et les jeux d’argent numériques connaissent une croissance spectaculaire sur le continent africain.
Portés par la démocratisation des smartphones, des paiements mobiles et des réseaux sociaux, les opérateurs de paris en ligne ciblent massivement la jeunesse africaine à travers des campagnes marketing agressives, des influenceurs et des applications ultra-accessibles.
Dans plusieurs pays africains, les plateformes de paris figurent désormais parmi les applications mobiles les plus téléchargées, notamment lors des grandes compétitions sportives internationales.
Mais cette expansion rapide soulève également des inquiétudes croissantes :
- addiction des jeunes ;
- surendettement ;
- blanchiment d’argent ;
- exploitation des données personnelles ;
- escroqueries numériques ;
- absence de mécanismes robustes de protection des mineurs ;
- risques de manipulation via les réseaux sociaux.
Face à ces enjeux, plusieurs États africains commencent à renforcer leur surveillance réglementaire des plateformes de jeux d’argent numériques.
Un débat africain appelé à s’intensifier
Au-delà des seuls paris en ligne, la réforme égyptienne touche également à la diffusion de rumeurs sur Internet, aux contenus nuisibles et à la protection des enfants sur les réseaux sociaux.
Le Parlement travaille notamment sur un futur projet de loi consacré à la régulation de l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants, signe que la question de la gouvernance numérique devient progressivement centrale dans les politiques publiques africaines.
L’Égypte prévoit également de rendre gratuit l’accès aux sites gouvernementaux et éducatifs à partir du 1er juin 2026, tout en accélérant ses investissements dans la fibre optique et la fabrication locale de technologies et de smartphones.
Cette combinaison entre le contrôle réglementaire, l’inclusion numérique et la souveraineté technologique illustre une approche de plus en plus globale de la transformation digitale.
Pour de nombreux observateurs, l’initiative égyptienne pourrait ainsi inspirer d’autres pays africains confrontés à l’explosion des plateformes de paris en ligne et aux difficultés de régulation des nouveaux usages numériques.
Le débat sur l’encadrement des jeux d’argent numériques pourrait ainsi devenir, dans les prochaines années, un sujet majeur de politique publique, au même titre que l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou la protection des données personnelles.
Par Digital Business Africa








