[DIGITAL Business Africa] – La transformation numérique de l’Afrique ne pourra pas reposer uniquement sur l’acquisition de nouvelles technologies. Pour Gabriel Fopa, directeur général d’ITG STORE, les cinq prochaines années devront être celles d’investissements structurants dans les infrastructures, les compétences humaines et la souveraineté des données. C’est le message qu’il a défendu lors d’un entretien accordé à Beaugas Orain DJOYUM, directeur de publication de Digital Business Africa, dans le cadre des préparatifs de la première édition du Salon de l’e-Gouvernance et de l’Innovation digitale en Afrique (E-Gov’A), prévue du 14 au 16 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé.
Investir d’abord dans les infrastructures numériques
Pour Gabriel Fopa, la première priorité des gouvernements africains consiste à garantir une couverture numérique sur l’ensemble du territoire.
« D’abord investir dans le réseau », insiste-t-il, afin que même les régions les plus enclavées puissent accéder aux services numériques.
Selon lui, un maillage performant permettra non seulement aux citoyens de se former à distance, mais aussi aux producteurs locaux d’accéder aux marchés internationaux. Une entrepreneure installée dans une localité reculée pourrait ainsi vendre ses produits sur une plateforme de commerce électronique à des clients situés au Nigeria, au Japon ou ailleurs.
Le dirigeant d’ITG STORE estime également que la réduction du coût d’accès à Internet constitue un levier indispensable pour démocratiser les usages numériques et accélérer l’économie digitale sur le continent.
Former une jeunesse tournée vers le marché mondial
Au-delà des infrastructures, Gabriel Fopa considère que l’investissement dans le capital humain est la deuxième grande priorité.
Il invite les États africains à former massivement leur jeunesse aux nouvelles technologies, notamment aux modèles de langage (Large Language Models), à l’intelligence artificielle, au cloud computing et aux infrastructures numériques.
Selon lui, ces compétences ouvrent aujourd’hui les portes d’un marché mondial où les développeurs spécialisés sont fortement recherchés.
« Notre marché n’est pas seulement le marché camerounais, c’est un marché international », affirme-t-il.
Grâce à un réseau performant et à un coût du travail compétitif, l’Afrique pourrait devenir une destination majeure pour l’externalisation des services numériques (outsourcing), en assurant notamment la maintenance d’infrastructures technologiques utilisées en Europe et dans d’autres régions du monde.
Faire dialoguer les métiers et les technologies
Gabriel Fopa rappelle toutefois que la réussite de la transformation numérique dépend avant tout d’une bonne compréhension des métiers.
Pour lui, un logiciel ne peut être performant que si les processus administratifs ou métiers qu’il automatise ont été préalablement définis avec précision.
« Un progiciel est toujours une rencontre vivante entre le métier et la technique », explique-t-il.
Cette collaboration entre experts fonctionnels et ingénieurs constitue, selon lui, la condition indispensable à la réussite des projets de digitalisation des administrations publiques.
Le cloud souverain, un enjeu stratégique pour l’Afrique
Le directeur général d’ITG STORE accorde également une place centrale à la souveraineté des données.
Pour lui, le XXIᵉ siècle sera dominé par la maîtrise de l’information.
« La donnée est l’argent. La donnée est le pouvoir », résume-t-il.
Il estime que les pays africains ne peuvent plus accepter que leurs données stratégiques soient exclusivement hébergées ou contrôlées à l’étranger.
Gabriel Fopa plaide ainsi pour le développement de clouds souverains nationaux, voire d’un cloud sous-régional capable de répondre aux besoins communs des États africains.
Selon lui, la souveraineté numérique est désormais le prolongement naturel de la souveraineté territoriale.
Accompagner durablement les administrations africaines
Présent depuis plusieurs années dans les projets de transformation numérique, ITG STORE affirme poursuivre son engagement auprès des administrations publiques.
Bien que l’entreprise réalise l’essentiel de son activité dans le secteur privé, Gabriel Fopa considère que les innovations technologiques ne produisent un véritable impact que lorsqu’elles sont mises au service des politiques publiques.
Il souligne que ses équipes travaillent avec des partenaires technologiques internationaux tels qu’Oracle, Dell EMC ou Huawei, tout en privilégiant la montée en compétences des ingénieurs camerounais.
« Nous ne faisons venir aucun expert de l’étranger pour réaliser nos projets. Nous formons nos ingénieurs afin qu’ils disposent de toute l’expertise nécessaire », explique-t-il.
E-Gov’A 2026, un espace de réflexion sur l’administration numérique
Gabriel Fopa salue enfin l’organisation de la première édition d’E-Gov’A, qu’il considère comme un rendez-vous stratégique pour les décideurs africains.
Selon lui, ce type de plateforme permet aux gouvernements, aux entreprises et aux experts de construire ensemble une vision adaptée aux réalités du continent plutôt que de subir des modèles conçus ailleurs.
Il estime qu’une administration entièrement dématérialisée améliore non seulement la qualité des services rendus aux citoyens, mais renforce également la transparence, accélère les procédures et offre aux décideurs des données statistiques fiables pour orienter les politiques publiques.
Autant de défis qui seront au cœur des échanges d’E-Gov’A 2026, du 14 au 16 octobre au Palais des Congrès de Yaoundé, autour d’une ambition commune : construire une administration africaine plus efficace, plus souveraine et pleinement tournée vers le numérique.
Par Digital Business Africa








