[DIGITAL Business Africa] – Le gouvernement centrafricain veut franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son administration publique à travers un vaste programme de transformation numérique soutenu par la Chine. L’initiative, portée en partenariat avec Huawei, s’inscrit dans la stratégie nationale visant à renforcer les infrastructures numériques de l’État et à améliorer l’efficacité des services publics.
Le projet a été au centre d’une réunion de travail tenue le mardi 26 mai 2026 à Bangui entre les autorités centrafricaines et une délégation du groupe technologique chinois Huawei. Les échanges étaient présidés par Adolphe Nicaise Samafou, directeur de cabinet du ministère de l’Économie numérique, des Postes et Télécommunications.
Selon le ministère, cette rencontre s’inscrit dans la continuité des engagements pris lors des échanges sino-centrafricains entre le président Faustin-Archange Touadéra et les autorités chinoises, dans un contexte de renforcement de la coopération technologique entre les deux pays.
Le programme de modernisation repose sur quatre axes stratégiques destinés à renforcer les capacités numériques de l’administration centrafricaine.
Le premier volet prévoit la construction d’un centre national de données de niveau Tier III. Cette infrastructure doit permettre d’améliorer la disponibilité des services numériques publics tout en garantissant une meilleure sécurité et souveraineté des données gouvernementales.
Le deuxième axe concerne le déploiement d’un réseau dédié d’interconnexion reposant sur cinq sites de faisceaux hertziens. L’objectif est d’assurer une connectivité sécurisée entre les différentes administrations et institutions publiques.
Le troisième pilier porte sur la modernisation des communications internes de l’État à travers le déploiement de solutions de téléphonie IP, de visioconférence et de messagerie professionnelle. Les autorités espèrent ainsi rationaliser les échanges administratifs et réduire certains coûts opérationnels.
Enfin, le partenariat prévoit également la mise en place d’un réseau de transmission radio militaire eLTE destiné aux forces de défense et de sécurité, à la police ainsi qu’à la gendarmerie, afin d’améliorer la coordination opérationnelle des différents corps de sécurité.
Cette initiative intervient quelques mois après le lancement du projet Dunia, présenté par les autorités comme la future « colonne vertébrale numérique » de l’administration publique centrafricaine.
Inscrit dans le Plan national de développement 2024-2028 (PND-RCA), Dunia vise à mettre en place un système intégré de gestion publique capable de soutenir la modernisation de l’État et la gouvernance numérique.
La première phase du programme concerne principalement la digitalisation des fonctions administratives transversales : gestion des ressources humaines, gestion électronique des documents, gestion budgétaire et logistique, suivi des projets publics ou encore systèmes de gestion des tâches.
La seconde phase prévoit le déploiement de modules métiers plus stratégiques liés notamment à la planification du développement national, à la modélisation macroéconomique, à la gestion statistique ainsi qu’au suivi des partenariats et accords de coopération.
Au cœur du dispositif figure également le Fichier central des projets, une plateforme nationale destinée à centraliser l’ensemble des projets portés par l’État, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations humanitaires. Les autorités espèrent disposer, grâce à cet outil, d’une cartographie consolidée et géolocalisée des interventions sur le territoire afin d’améliorer la coordination et l’allocation des ressources.
Selon les estimations relayées par les autorités centrafricaines, la numérisation des processus administratifs pourrait permettre de réduire jusqu’à 70 % les délais de traitement des dossiers, tout en générant d’importantes économies sur les coûts de fonctionnement.
Malgré les ambitions affichées, plusieurs défis restent à relever pour garantir la réussite de cette transformation numérique.
La question énergétique demeure centrale, notamment pour assurer le fonctionnement continu des infrastructures critiques telles que les centres de données. La cybersécurité représente également un enjeu majeur dans un contexte d’augmentation des risques liés aux cyberattaques et à la protection des données sensibles de l’État.
À cela s’ajoutent les problématiques de maintenance des équipements, d’interopérabilité des systèmes et surtout de disponibilité des compétences techniques locales capables d’assurer la gestion et l’évolution des plateformes numériques.
Ces défis apparaissent d’autant plus importants que la République centrafricaine figure parmi les pays les moins avancés en matière d’e-gouvernement. Selon l’Indice de développement de l’administration électronique (EGDI) des Nations unies, le pays occupe la dernière place mondiale avec un score de 0,0947 sur 1, bien en dessous des moyennes africaine et mondiale.
Sur le plan de la cybersécurité, la Centrafrique figure également au dernier niveau du classement établi par l’Union internationale des télécommunications (UIT), illustrant l’ampleur des efforts encore nécessaires pour bâtir un écosystème numérique résilient et sécurisé.
Par Loic SOUOP








