[DIGITAL Business Africa] – Dans les 100 prochains jours, la Cameroon Radio Television (CRTV) veut engager une transformation concrète de son modèle de diffusion. L’objectif annoncé par son directeur général, Charles Ndongo, est de faire évoluer le média public vers une approche « digital first », dans laquelle les programmes sont conçus dès leur création pour la radio, la télévision et les plateformes numériques.
Cette orientation figure parmi les principales recommandations du Forum des programmes CRTV 2026, organisé les 21 et 22 juillet à la Maison de la radio à Yaoundé. Pendant deux jours, six ateliers ont travaillé sur l’innovation éditoriale, la production, la programmation, la transformation numérique, la relation avec les publics et la monétisation des contenus.
Les responsables de la CRTV, les universitaires, les experts des médias et les représentants des publics ont formulé une série de recommandations visant à transformer l’offre éditoriale, à accélérer la transition numérique et à renforcer la viabilité économique du média public.
Leurs conclusions doivent alimenter la projection quinquennale de l’offre de programmes de la CRTV pour la période 2027-2031.
Le ministre de la Communication et président du Conseil d’administration de la CRTV, René Emmanuel Sadi, assure que ce forum ne sera pas « un simple exercice de style ».
Des programmes conçus pour des publics précis
En présentant le rapport général des travaux le 22 juillet 2026, Charles Ndongo a insisté sur la nécessité de rompre avec une programmation conçue pour un public indifférencié.
« Nos programmes doivent être conçus pour des publics précis », a-t-il déclaré.
Chaque antenne nationale, régionale, urbaine ou thématique devra ainsi disposer d’une identité éditoriale propre, fondée sur une meilleure connaissance de son audience. Les stations régionales devront également valoriser davantage les langues nationales, à hauteur d’au moins 6 heures de programmes quotidiens.
La CRTV prévoit, par ailleurs, de rendre obligatoire la remise d’une fiche de conception avant la mise en production de tout nouveau programme. Cette mesure devrait entrer en vigueur avant la fin du mois de septembre 2026.
Les contenus devront désormais être conçus dès leur écriture pour une exploitation simultanée ou adaptée à la radio, à la télévision, au Web, aux réseaux sociaux et aux autres canaux numériques.
Une mutation numérique à engager dans les 100 jours
Le quatrième atelier, consacré à la diffusion, à la qualité technique et à la transformation numérique, a fixé l’un des engagements les plus immédiats du forum : conduire la CRTV vers un modèle de diffusion « digital first » dans un délai de 100 jours.
D’après Charles NDONGO, cette transformation passera notamment par la mise à niveau du système d’information, la modernisation du réseau de diffusion et l’amélioration de la connectivité des stations régionales. La CRTV veut garantir une connexion Internet stable dans ces stations avant la fin de l’année 2026.
Le média public entend également mieux exploiter ses archives audiovisuelles et renforcer l’information du public sur la possibilité de recevoir gratuitement ses programmes par satellite. Charles Ndongo a demandé qu’une campagne de sensibilisation soit engagée sans délai.
VOD, streaming mobile et valorisation des archives
Le sixième atelier a travaillé sur la valorisation économique, la monétisation, le marketing et l’alignement des programmes sur la stratégie d’entreprise de la CRTV.
Invité à ce forum des programmes de la CRTV, Beaugas Orain DJOYUM, directeur d’ICT Media STRATEGIES et directeur de publication de Digital Business Africa, a participé à cet atelier. Il a contribué aux discussions et aux propositions relatives à la commercialisation des contenus, à l’intégration de la radio, de la télévision et du numérique dans des offres média convergentes, ainsi qu’à la transformation des productions de la CRTV en actifs exploitables sur plusieurs plateformes numériques.
Parmi les recommandations retenues figurent le lancement d’un appel à contenus pour enrichir l’offre de vidéo à la demande sur une plateforme numérique semblable à Netflix que la CRTV est appelée à lancer, l’acquisition d’un kit de production adapté au streaming mobile et la protection de la marque CRTV auprès des organismes compétents en matière de propriété intellectuelle.
Les participants ont également proposé la création d’un comité chargé de valoriser les archives audiovisuelles de l’entreprise.
« Nos archives audiovisuelles ont trop longtemps été considérées comme un fonds dormant, alors qu’elles constituent un actif », a relevé Charles Ndongo.
Pour la CRTV, cette valorisation pourrait passer par la numérisation, l’indexation, la commercialisation et la réutilisation de ses archives dans des documentaires, des productions historiques, des plateformes de vidéo à la demande, des podcasts et des offres destinées aux publics camerounais et à la diaspora.
Faire passer la contribution de la régie commerciale de 7 % à 15 %
La réforme annoncée comporte également un objectif financier précis : porter la contribution de CMCA, la régie commerciale, au budget de la CRTV de 7 % à 15 % d’ici à 2031.
Pour atteindre ce niveau, le média public devra développer de nouvelles offres commerciales intégrant la télévision, la radio, le numérique, le streaming, les podcasts, les réseaux sociaux, les événements, les coproductions et la valorisation des archives.
« C’est un objectif ambitieux. Il sera le nôtre, à condition que nous le construisions avec méthode, année après année », a déclaré Charles Ndongo.
Cette stratégie suppose également une meilleure connaissance des publics. Le forum a recommandé la mise en place d’un panel d’étude de la réception des programmes, l’organisation d’études d’audience semestrielles à partir de 2027 et l’adoption d’une charte d’interactivité pour les plateformes numériques.
René Emmanuel Sadi : « Ce forum n’était pas un simple exercice de style »
Prenant la parole après la présentation du rapport général par Charles Ndongo, René Emmanuel Sadi a replacé les recommandations dans la mission de service public de la CRTV.
Le ministre de la Communication, également président du Conseil d’administration de l’entreprise, a salué la participation des experts extérieurs et des représentants du public. Il estime que le dialogue entre les professionnels, les techniciens, les universitaires et les usagers doit permettre de définir les orientations d’un média public adapté aux transformations de la société. Ses fonctions à la présidence du Conseil d’administration de la CRTV sont également confirmées par les communications institutionnelles du MINCOM et de la CRTV.
« Ce forum n’était pas un simple exercice de style. Il devait déboucher sur une projection quinquennale de notre offre de programmes pour la période 2027-2031 », a-t-il déclaré.
Il a promis que cette projection serait examinée par le Conseil d’administration au regard de trois exigences : l’attractivité et la vocation éducative des programmes, la contribution de la CRTV à l’information sur les politiques publiques et le renforcement de sa viabilité économique.
Pour René Emmanuel Sadi, l’augmentation des recettes propres constitue une condition essentielle de l’indépendance de l’entreprise et de sa capacité à investir durablement dans la qualité de ses programmes.
Le défi commence désormais après le forum : transformer les recommandations, les calendriers et les objectifs financiers annoncés en changements visibles sur les antennes et les plateformes numériques de la CRTV.
Par Digital Business Africa
Revoir le discours du DG de la CRTV








