[DIGITAL Business Africa] – Le Rwanda confirme progressivement son statut de laboratoire africain de l’e-gouvernance. Après le Liberia, qui y a envoyé une délégation en juin 2026 pour étudier son modèle de gouvernance numérique et de modernisation de l’administration publique, c’est au tour du Gabon de s’intéresser de près à l’expérience rwandaise.
Une délégation du ministère gabonais de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation vient d’achever près de deux semaines d’immersion au Rwanda consacrées à la transformation numérique. Le programme a porté sur la gouvernance électronique, l’intelligence artificielle et les politiques numériques, la digitalisation de l’état civil et des services d’identification, la cybersécurité et la protection des données personnelles, l’interconnexion des systèmes publics ainsi que la digitalisation des services publics à l’échelle décentralisée.
La délégation s’est également intéressée à IremboGov, la plateforme qui constitue aujourd’hui l’une des principales vitrines de la transformation numérique des services publics rwandais.
Selon Rwanda Cooperation, qui a communiqué sur la mission gabonaise fin août 2026, cette immersion a permis de partager des expériences, des bonnes pratiques et les enseignements tirés du parcours de transformation numérique du Rwanda.
IremboGov : 248 services publics numérisés
L’intérêt accordé à IremboGov est particulièrement significatif.
Lancée pour faciliter l’accès des citoyens aux démarches administratives, cette plateforme permet d’effectuer en ligne un nombre croissant de procédures qui nécessitaient auparavant des déplacements physiques auprès des administrations.
Selon des données publiées par Irembo en juillet 2025, 248 services issus de près de 40 institutions publiques avaient déjà été numérisés sur IremboGov.
La plateforme couvre ainsi un large éventail de démarches administratives. Mais c’est notamment dans le domaine de l’état civil que son impact peut être mesuré avec précision.
Irembo cite trois des documents les plus demandés par la population : les actes de naissance, les certificats de célibat et de mariage.
Entre 2020 et 2024, le nombre de ces certificats délivrés par l’intermédiaire d’IremboGov a presque triplé, passant de 683 560 à 1 977 628.
Autrement dit, près de 1,3 million de certificats supplémentaires ont été délivrés en 2024 par rapport à 2020 pour ces trois catégories de documents.
Mais l’un des résultats les plus significatifs concerne le temps gagné par les citoyens.
En 2020, 61 % des demandes relatives à ces documents étaient traitées en moins d’une heure. Quatre ans plus tard, cette proportion atteignait 70 %.
En valeur absolue, Irembo estime que près d’un million de certificats supplémentaires ont été délivrés en moins d’une heure en 2024 qu’en 2020.
Ces indicateurs donnent une dimension très concrète à la notion d’e-gouvernance. La performance d’une plateforme publique numérique ne se mesure plus uniquement au nombre de procédures mises en ligne, mais aussi au nombre de citoyens qui les utilisent, au délai nécessaire pour obtenir un document et, enfin, au temps et aux déplacements économisés.

Une infrastructure connectée à plus de 50 institutions gouvernementales
L’écosystème semble continuer à s’étendre.
En 2026, lors de l’Africa CEO Forum, le CEO d’Irembo, Israel Bimpe, a présenté une infrastructure qui fonctionne désormais avec plus de 50 institutions gouvernementales et est connectée à des registres nationaux stratégiques, notamment ceux relatifs à l’identification nationale et au numéro d’identification fiscale (TIN).
Plus de 7 000 agents publics interviennent quotidiennement dans le traitement des demandes au sein de cet écosystème.
L’intérêt du modèle rwandais réside donc moins dans la simple création d’un portail web que dans la construction progressive d’une infrastructure reliant les citoyens, les administrations, les agents publics, les registres nationaux et les procédures administratives.
Le Liberia était déjà venu étudier le modèle rwandais
Le Gabon n’est pas le premier pays africain à effectuer ce déplacement.
En juin 2026, une délégation libérienne conduite par le directeur général du Cabinet, Emmanuel T. K. Shaw II, s’est rendue au Rwanda dans le cadre des réformes engagées par Monrovia pour moderniser son administration publique.
Selon Vision Media, cette mission a notamment permis à la délégation d’étudier les systèmes rwandais de gouvernance numérique et de gestion de la performance publique.
Les responsables libériens ont notamment échangé avec la Rwanda Information Society Authority (RISA) et Irembo, mais se sont également intéressés à E-Cabinet, utilisé dans le fonctionnement gouvernemental, ainsi qu’au système Imihigo, mécanisme rwandais de contrats et de suivi de performance.
Cette succession de missions est révélatrice.
Elle montre que les expériences africaines de transformation numérique commencent elles-mêmes à servir de référence pour d’autres administrations du continent.
Le Rwanda ne se contente donc plus de digitaliser ses propres services publics. Son expérience devient progressivement un objet d’étude et de coopération interafricaine.
Pour le Gabon, passer de l’immersion à l’adaptation
Pour Libreville, l’enjeu sera désormais de transformer les enseignements recueillis au cours de ces deux semaines en projets adaptés aux réalités gabonaises.
Le pays dispose déjà de plusieurs initiatives de dématérialisation. Mais les sujets étudiés au Rwanda montrent que la transformation numérique d’une administration va désormais bien au-delà de la simple mise en ligne de formulaires.
Elle suppose notamment de construire une identité numérique fiable, d’interconnecter les administrations, de permettre aux systèmes publics d’échanger des données, de sécuriser ces échanges, de protéger les données personnelles, de développer les paiements numériques et d’organiser l’accès aux services jusqu’aux collectivités territoriales.
L’expérience Irembo apporte également un autre enseignement : la digitalisation doit produire des résultats mesurables pour le citoyen.
Combien de démarches peuvent réellement être effectuées sans déplacement ? Combien de temps faut-il pour recevoir un document ? Combien de citoyens utilisent effectivement les plateformes ? Les différentes administrations peuvent-elles échanger les informations nécessaires sans demander à l’usager plusieurs fois les mêmes documents ?
Ce sont ces indicateurs qui permettent de passer de la mise en ligne des services à une véritable transformation de l’administration.

Et si les administrations africaines apprenaient davantage les unes des autres ?
Les missions du Liberia et du Gabon au Rwanda posent finalement une question plus large : comment organiser, à plus grande échelle, le partage des expériences africaines en matière d’e-gouvernance ?
Les problématiques rencontrées à Kigali, Libreville, Monrovia, Yaoundé, Cotonou, Abidjan ou ailleurs sont souvent proches : identité numérique, état civil, paiement électronique des services publics, interopérabilité, infrastructures numériques publiques, cybersécurité, protection des données, intelligence artificielle et dématérialisation.
Or, dans plusieurs pays, des solutions existent déjà.
Pour les États africains, l’enjeu n’est donc plus nécessairement de tout construire à partir de zéro. Il consiste aussi à identifier ce qui fonctionne ailleurs sur le continent, à comprendre les conditions de réussite, à tirer les enseignements des difficultés rencontrées et à déterminer ce qui peut être adapté à leurs propres réalités.
E-Gov’A 2026 : montrer ce qui fonctionne déjà en Afrique
Cette logique de partage d’expériences sera précisément au cœur de E-Gov’A – E-Gov Africa Summit, Expo & Awards, organisé du 14 au 17 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, au Cameroun, sous le haut patronage du ministère des Postes et Télécommunications.
Organisé par Digital Business Africa et Smart Click Africa, l’événement est placé sous le thème : « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless. »
E-Gov’A veut notamment créer un espace où les administrations africaines ne viennent pas seulement présenter des stratégies ou discuter de la transformation numérique, mais aussi montrer les services numériques qu’elles ont effectivement déployés, expliquer les difficultés rencontrées et partager les résultats obtenus.
Les entreprises technologiques et les startups pourront, elles aussi, présenter les solutions qu’elles développent pour répondre aux problématiques des administrations.
À travers notamment E-Gov’A Demo, administrations et entreprises disposeront d’un espace pour présenter concrètement des plateformes, des applications et des services déjà opérationnels.
L’objectif est de favoriser les rencontres entre ceux qui ont un problème, ceux qui ont déjà expérimenté une réponse et ceux qui disposent de la technologie pour la mettre en œuvre.
Car ce que montrent les déplacements successifs de délégations africaines au Rwanda est finalement assez simple : une partie des réponses aux défis de la transformation numérique de l’Afrique existe déjà en Afrique.
L’enjeu consiste désormais à mieux les identifier, à les confronter, à les adapter et à les faire circuler.
À ce titre, l’expérience rwandaise et IremboGov constituent un cas particulièrement intéressant : la réussite ne réside pas seulement dans le nombre de services numérisés, mais dans la capacité à permettre à un citoyen d’obtenir plus simplement et plus rapidement un service public dont il a besoin.
C’est probablement là que réside l’un des principaux critères de réussite de l’e-gouvernance africaine : passer de la digitalisation des procédures à une transformation réellement perceptible dans la vie quotidienne des citoyens.
Par Beaugas Orain DJOYUM
Sources : Rwanda Cooperation ; Irembo ; Vision Media ; Rwanda Information Society Authority (RISA).









