[DIGITAL Business Africa] – L’information constitue aujourd’hui l’une des ressources les plus stratégiques dans les rapports de puissance entre États. C’est l’un des principaux enseignements tirés de l’intervention du Dr Owona Wolfgang Fernand Jr., PhD, diplomate et sous-directeur Afrique centrale à la Direction des Affaires d’Afrique du ministère des Relations extérieures (MINREX), lors de la 9e Journée africaine de l’intelligence économique, coorganisée le 29 mai 2026 à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) à Yaoundé par le Cavie et IE237.
Placée sous le thème « Le pouvoir de l’information stratégique », cette rencontre visait à réfléchir aux moyens de transformer l’information en un levier de croissance, de compétitivité et de souveraineté pour le Cameroun et l’Afrique.
L’information, une ressource stratégique pour les États
Pour le diplomate camerounais, la quête de l’information constitue une mission permanente des États.
« Quand on est en diplomatie, la recherche d’information se fait en tout temps et en tout lieu », a-t-il déclaré devant les participants.
Selon lui, les échanges officiels ne représentent qu’une partie du travail diplomatique. Les rencontres informelles, les discussions de couloir, les déjeuners de travail ou encore les réceptions protocolaires permettent souvent d’obtenir des informations précieuses pour comprendre les dynamiques politiques, économiques et géostratégiques.
« Une information obtenue au cours d’un dîner dépasse parfois le travail accompli par une dizaine ou une vingtaine d’agents sur le terrain », a-t-il illustré.
Les réseaux humains comme outils d’influence
Au cours de son exposé, le représentant du MINREX a également insisté sur le rôle du capital humain dans la diplomatie moderne.
« Les jolies dames, les beaux hommes, rassurez-vous, sont des ressources mobilisables sur le plan diplomatique. Parfois, on ne vous nomme pas pour votre profil technique et intellectuel… Parfois, on considère votre parcours de vie, votre religion, votre parcours professionnel. On peut vous nommer à un poste pour créer des liens, afin de permettre à l’État de disposer toujours des moyens nécessaires pour mener cette quête de l’information. Et cette information sert à maintenir et à garantir la puissance de l’État. »
Au-delà de la formule, le diplomate mettait en évidence l’importance des réseaux, de la confiance et des relations humaines dans les mécanismes contemporains de collecte d’information et d’influence internationale.
Cybersécurité, diplomatie et intelligence économique.
Cybersécurité : « Les services de renseignement étrangers sont dans vos boîtes mail tous les jours »
L’un des passages les plus marquants de son intervention a porté sur la sécurité des données et les risques liés à l’environnement numérique.
Face à un auditoire composé d’étudiants, de chercheurs, d’administrateurs civils et d’experts en intelligence économique, le diplomate a multiplié les mises en garde concernant l’utilisation des messageries électroniques, des smartphones et des réseaux sociaux pour le traitement d’informations sensibles.
« Dans la recherche d’information, comme je l’ai un peu dit tout à l’heure : soyez rusés. Nous sommes ici pour donner des conseils pratiques. Vos boîtes mail, par exemple : n’y mettez jamais de dossiers confidentiels. Rassurez-vous, les services de renseignement étrangers sont dans vos boîtes mail tous les jours », a-t-il averti.
Pour le responsable du MINREX, la question n’est plus seulement celle de l’accès à l’information, mais également celle de sa capacité de traitement et d’exploitation.
« Ils disposent parfois déjà de l’information. Leur difficulté n’est pas toujours d’y accéder, mais parfois de disposer de spécialistes capables de la traiter, de l’analyser et de la transformer en aide à la décision. Aujourd’hui, il existe même des logiciels de traitement de l’information qui permettent de produire des recommandations stratégiques à partir de grandes quantités de données », a-t-il expliqué.
Cette observation fait écho aux évolutions récentes de l’intelligence artificielle, du big data et des plateformes d’analyse prédictive qui permettent aujourd’hui de transformer des masses considérables de données en outils d’aide à la décision pour les gouvernements, les entreprises ou les services spécialisés.
Le diplomate a également insisté sur l’importance des bonnes pratiques de cybersécurité, notamment lors des déplacements internationaux.
« Faites donc toujours attention. Faites attention à vos téléphones. Lorsque vous voyagez à l’étranger, prenez des précautions. Lorsque c’est possible, changez vos mots de passe, sécurisez vos boîtes mail, vos réseaux sociaux et les différents accès à vos comptes », a-t-il conseillé.
Selon lui, les responsables publics amenés à manipuler des informations sensibles doivent maintenir une vigilance permanente face aux risques d’interception numérique.
« Tout ce que vous faites avec votre téléphone mérite une vigilance particulière. Dans l’exercice de certaines fonctions, vous serez amenés à recevoir des documents sensibles, parfois destinés exclusivement aux plus hautes autorités de l’État. Les échanges entre chefs d’État se font généralement par des canaux diplomatiques ou institutionnels sécurisés. Si vous transmettez ce type de documents via WhatsApp ou par courrier électronique non sécurisé, soyez conscients qu’ils peuvent être lus ou interceptés par des services spécialisés », a-t-il conclu.
À travers ces recommandations, le diplomate a rappelé que la souveraineté informationnelle ne repose plus uniquement sur les capacités traditionnelles de renseignement. Elle dépend désormais aussi de la capacité des États, des administrations et des organisations à protéger leurs données stratégiques dans un environnement numérique marqué par la multiplication des cybermenaces et des opérations d’espionnage économique.
Une problématique au cœur de la souveraineté numérique africaine
Cette intervention intervient alors que plusieurs pays africains multiplient les initiatives en matière de souveraineté numérique, de protection des données et de cybersécurité.
À l’heure de l’intelligence artificielle, du cloud computing et de la dématérialisation croissante des services publics, la maîtrise de l’information apparaît désormais comme un enjeu aussi stratégique que celui des infrastructures, des ressources naturelles ou des capacités militaires.
Pour le Dr Owona Wolfgang Fernand Jr., la question est donc claire : dans l’économie mondiale de la connaissance, l’information n’est plus seulement un outil de gouvernance. Elle est devenue un instrument de pouvoir.
Par B-O.D, pour Digital Business Africa









