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Numérique au Cameroun : Le patronat dénonce trois obstacles et demande un électrochoc

[DIGITAL Business Africa] – Lors de la rentrée économique du patronat, le 10 septembre à Douala, le président du Gecam a désigné la capacité sous-marine sous-utilisée, le prix du haut débit et l’absence d’autorité de protection des données comme les freins au numérique. Il cite le dossier des terminaux importés comme exemple d’un calendrier en constante évolution.

Le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), Célestin Tawamba, a consacré une partie de son intervention à la transformation numérique lors de la rentrée économique du patronat, tenue le 10 septembre 2026 au siège du Gecam à Douala. Il a reconnu des avancées dans la dématérialisation de certains services publics. Il a ensuite désigné trois obstacles que rien n’oblige à conserver, la capacité installée non exploitée, le coût du haut débit fixe et l’insécurité juridique. Il a appelé à un « électrochoc numérique ».

Le Cameroun est raccordé à plusieurs câbles à fibre optique sous-marins. La Société financière internationale (SFI) a indiqué que seulement 15 % de la capacité du câble SAT3 et 30 % de celle du câble WACS avaient été utilisées depuis leur lancement, il y a 17 ans. Dans une présentation faite en 2022 au ministère de l’Économie, la SFI situait le taux de pénétration du haut débit, fixe et mobile confondus, à environ 22 % depuis 2016. Le « fibre gap » désigne les zones où la fibre optique n’est pas déployée ou n’est pas utilisée. Il touchait environ 14 millions de personnes en 2020, soit plus de la moitié de la population. Les propos du président du Gecam reprennent donc des chiffres publiés par l’institution qu’il cite, avec un taux inchangé depuis dix ans.

Un coût qui pèse sur les entreprises

Le deuxième obstacle concerne le prix du haut débit destiné aux entreprises. Le Comité de compétitivité, placé auprès du ministère de l’Économie, a traité le sujet dans son rapport sur l’état de la compétitivité en 2023. Selon le classement du cabinet Cable Co, le gigaoctet coûtait 0,40 dollar au Ghana, soit quatre fois moins que le prix au Cameroun. Le coût moyen du gigaoctet au Cameroun était estimé à 1,63 dollar en 2023, ce qui plaçait l’internet des entreprises entre trois et quatre fois au-dessus de celui du Rwanda et du Ghana.

Le patronat a engagé une démarche à ce sujet. Le Gecam et Camtel ont signé le 29 mai à Douala un partenariat de trois ans, qui prévoit des tarifs préférentiels pour la connectivité, l’interconnexion des sites, la téléphonie, le stockage et la protection des données. Ces tarifs n’avaient pas encore été rendus publics, et leur portée dépendra du nombre d’entreprises raccordées.

Une loi en vigueur, une autorité absente

Le troisième obstacle relève du droit. La loi n° 2024/017 relative à la protection des données à caractère personnel a été promulguée le 23 décembre 2024. Elle impose aux organisations d’obtenir l’autorisation de l’autorité de protection des données avant tout traitement, de tenir un registre des traitements, de notifier les violations de données et de demander une autorisation avant tout transfert international. L’article 53 crée cette autorité, dont l’organisation doit être fixée par décret présidentiel. Un répertoire consacré aux lois africaines sur la protection des données ne mentionne, pour le Cameroun, aucune autorité de contrôle publiquement identifiée. Des publications spécialisées avaient pourtant présenté le 23 juin 2026 comme une échéance de mise en conformité pour les entreprises. Les entreprises doivent donc demander une autorisation à un organe qui n’existe pas encore, comme l’a décrit le président du Gecam.  « La loi sur la protection des données personnelles est en vigueur ; l’Autorité chargée de l’appliquer n’existe toujours pas. Nos entreprises sont donc tenues à des obligations dont personne ne peut leur dire comment s’en acquitter. Et si vous cherchez l’illustration de tout ce que je dis depuis le début, un seul dossier suffit », décrit Célestin Tawamba.

Le dossier des terminaux numériques

Pour illustrer son propos, Célestin Tawamba a cité le mécanisme de perception des droits de douane sur les téléphones, les tablettes et autres terminaux importés. L’article 6 de la loi de finances 2023 l’a institué. La Direction générale des douanes a lancé le dispositif le 16 mars 2026. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a fait état d’une mise en œuvre effective à compter du 1er avril 2026. Les autorités visent 25 milliards de Fcfa de recettes par an.

La suite du calendrier montre les changements de position que le président du Gecam a relevés. Le 27 avril, le ministre a indiqué que 700 000 téléphones s’étaient connectés pour la première fois au réseau entre le 1er et le 25 avril sans avoir été dédouanés, et a fixé au 30 avril la date limite de régularisation sans amende. Le 19 mai, la Douane a demandé aux opérateurs de bloquer les terminaux concernés à partir du 25 mai.

Selon Digital Business Africa, aucune mesure de blocage généralisée n’était officiellement en vigueur pendant les concertations qui ont suivi. Le 4 juin, le ministre des Finances a écrit à MTN Cameroun et à Orange Cameroun pour demander la mise en œuvre effective du dispositif. Une note ultérieure du ministre a fixé le début du blocage au 1er septembre.

Selon une source proche de la Douane, plus de 1 000 téléphones ont été bloqués depuis le 1er septembre et 386 000 appareils ont été déclarés depuis le 1er avril. Le président du Gecam reconnaît la légitimité de l’objectif de recouvrement. Il pose la question de la planification des investissements dans un pays où l’application d’une mesure votée peut être décidée, suspendue puis décidée à nouveau en quelques mois. Selon lui, l’entreprise s’inquiète de l’improvisation et non de la réforme.

Les quatre demandes du patronat

Le Gecam demande la mise en service effective des capacités déjà installées, l’installation sans délai de l’Autorité de protection des données, la dématérialisation intégrale des procédures douanières et fiscales, ainsi que l’intégration de l’intelligence économique dans les politiques publiques. Ces demandes coïncident avec le calendrier de la loi de finances 2027, sur lequel le patronat a également formulé des propositions lors de cette rentrée. Le gouvernement n’a pas publié de calendrier pour le décret d’organisation de l’Autorité de protection des données ni pour une baisse des tarifs du haut débit fixe, à la date de rédaction de cet article.

Par Ghislaine Deudjui

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