Dans cet entretien, le data journaliste et spécialiste de la désinformation met l’accent sur le traitement des informations virales et la nécessité de former les agents publics.
Digital Business Africa (DBA) : Quel risque un faux message vidéo ou audio d’un ministre ou du chef de l’État fait-il peser sur la stabilité et la confiance ?
Paul Joël Kamtchang : Un très grand risque. Dans la mesure où le porteur du message est une entité assez indicative dans notre société de par son statut. Voyez-vous, quand un ministre parle, comme on le dit dans notre démocratie, sa parole vaut de l’or. Et du coup, tout ce qu’il dit est par exemple pris comme argent comptant et en fonction de la teneur du message et des conséquences, cela peut avoir des impacts sur la stabilité de notre société et ce, que ce soit un message lié à la sécurité, un message lié à l’économie ou un message lié à la société.
DBA : Quel est le délai acceptable pour démentir une fausse information avant qu’elle ne devienne virale ?
Paul Joël Kamtchang : Pour les administrations, je crois qu’il faudrait le fait du tic-tac, parce que, comme vous le savez, la mauvaise information va trois fois plus vite que la bonne information. Et ce que nous recommandons généralement aux administrations, c’est d’avoir une sorte de structure de veille qui permet de détecter cela le plus tôt possible avant que l’information ne devienne virale. Parce que, quand elle est virale, et vous savez qu’on est dans un contexte où les citoyens ont perdu confiance aux institutions et ce que les institutions diront après, ça ne comptera pas beaucoup. Et donc, il faut réagir rapidement.
Quand vous prenez un peu la structuration de ce qu’on appelle les cellules de communication, c’est davantage pour rédiger les discours du boss. C’est davantage pour faire des photos. Mais il y a très peu de techniques de veille, très peu de techniques de fact-checking pour justement aider à démêler le vrai du faux. Donc, nous recommandons vivement et fortement que le personnel dans ces administrations-là soit formé et rompu à la tâche, parce que, comme vous le savez, la mauvaise information va très vite, la technologie également va très vite. Et donc, du coup, il faut s’arrimer, être up to date pour être sûr d’être à l’attaque.
DBA : Dans cinq ans, la communication publique sera-t-elle plus fiable ou plus fragile qu’aujourd’hui ?
Paul Joël Kamtchang : Alors, il faut un certain nombre de préalables pour apprécier et répondre à votre question. La société de demain sera très forte si les acteurs de l’information, aussi bien les producteurs que les consommateurs, se mettent ensemble pour barrer la route au phénomène. Mais elle sera davantage fragile si ce que nous observons dans le contexte actuel continue à se perpétrer, notamment des mercenaires de l’information, des gens qui s’improvisent journalistes sur la toile, et des garants de la régulation, par exemple de la circulation de l’information, qui sont assez passifs. Alors, je crois qu’il sera très fort possible que la société reste fragile demain.
Propos recueillis par Ghislaine Deudjui










