[Digital Business Africa] – Moins de 48 heures après l’échec de la 14e Conférence ministérielle (CM14) à Yaoundé sur la question du commerce électronique, un groupe de 25 membres – dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, Singapour, la Suisse, l’Australie et plusieurs pays d’Amérique latine – a annoncé, le 1er avril 2026, une initiative plurilatérale pour maintenir entre eux le moratoire sur les droits de douane sur les transmissions électroniques.
Cette décision marque une rupture historique : pour la première fois, un groupe de membres de l’OMC choisit de prolonger entre eux une règle multilatérale qui n’a pas pu être renouvelée par consensus.
Un moratoire “sauvé” en dehors du cadre multilatéral
Dans leur déclaration conjointe, les 25 membres affirment leur “déception” face à l’incapacité de la CM14 à Yaoundé à prolonger le moratoire en vigueur depuis 1998.
Ils rappellent qu’un compromis avait été trouvé dans le texte du facilitateur, prévoyant une extension « d’une durée sans précédent », mais que ce compromis n’a pas été adopté faute de consensus.
Face à cette impasse, ils annoncent une mesure inédite :
Ils s’engagent à ne pas imposer de droits de douane sur les transmissions électroniques entre eux, à titre temporaire.
Cette décision s’applique à toutes les transmissions électroniques, y compris leur contenu, et restera en vigueur jusqu’à la prochaine réunion du Conseil général de l’OMC.
Pourquoi cette initiative est-elle importante ?
Elle contourne l’échec de Yaoundé
La CM14 est la deuxième conférence ministérielle où le moratoire n’a pas été renouvelé.
Cette initiative plurilatérale permet aux membres favorables au moratoire de préserver la stabilité du commerce numérique entre eux.
Elle crée un précédent institutionnel
C’est la première fois qu’un groupe de membres décide de maintenir une règle multilatérale… sans l’OMC dans son ensemble.
Cela ouvre la voie à une OMC « à plusieurs vitesses », où les coalitions de volontaires avancent sans attendre le consensus.
Elle répond aux pressions du secteur privé
Plus de 100 organisations professionnelles mondiales avaient appelé à un moratoire permanent.
Les 25 membres affirment répondre à cette demande afin de garantir la prévisibilité et la certitude aux entreprises du numérique.
Et pour les autres pays, notamment les pays africains ?
L’initiative ne s’applique qu’entre les 25 membres signataires.
Les autres pays – dont la majorité des pays africains – restent libres :
– d’imposer des droits de douane sur les transmissions électroniques,
– ou de maintenir une pratique de non-taxation.
En clair, le moratoire n’existe plus à l’échelle mondiale, mais il subsiste au sein d’un « club numérique » de 25 membres.
Pour l’Afrique, cela signifie :
– une opportunité fiscale (taxer les flux numériques transfrontaliers),
– mais aussi un risque de fragmentation du commerce numérique mondial,
– et la nécessité de définir rapidement une position continentale.
Un enjeu direct pour le Cameroun
Le Cameroun, hôte de la CM14, n’est pas signataire de cette initiative.
Il conserve donc la possibilité :
– d’instaurer des droits de douane sur les transmissions électroniques,
– ou de maintenir la pratique actuelle de non-taxation.
Dans un contexte où le pays cherche à élargir son assiette fiscale, cette décision plurilatérale pourrait accélérer les réflexions nationales sur la fiscalité numérique.
Une OMC à la croisée des chemins
Ce rebondissement montre que :
– le multilatéralisme classique est fragilisé,
– les coalitions de volontaires prennent de l’importance,
– le commerce numérique devient un terrain de rivalité géopolitique,
– et l’Afrique doit définir une stratégie claire pour ne pas subir les décisions des autres.
La prochaine réunion du Conseil général en mai 2026 sera déterminante : le moratoire plurilatéral survivra-t-il ? Une nouvelle négociation multilatérale sera-t-elle lancée ? Ou l’OMC basculera-t-elle durablement vers un modèle fragmenté ?
Les 25 membres signataires
1. Argentine
2. Australie
3. Costa Rica
4. Équateur
5. Guatemala
6. Islande
7. Israël
8. Japon
9. Corée du Sud (République de Corée)
10. Malaisie
11. Mexique
12. Nouvelle-Zélande
13. Macédoine du Nord
14. Norvège
15. Panama
16. Paraguay
17. Pérou
18. Singapour
19. Suisse
20. Territoire douanier distinct de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu
[DIGITAL Business Africa] – Une opportunité pour 50 jeunes Tchadiens. Ils viennent d’être sélectionnés par l’ONAPE pour suivre une formation aux métiers du numérique. L’Office national pour la promotion de l’emploi (ONAPE) a donné le coup d’envoi de l’initiative ce 3 avril 2026 à N’Djamena. Laquelle initiative vise à renforcer leurs compétences et leur employabilité, dans un contexte de transformation digitale croissante.
Pour la cheffe de division de l’orientation, de l’intermédiation et du développement des compétences à l’ONAPE, Konguila Makaye, il est question de s’arrimer à l’évolution du monde.
« Dans un contexte mondial marqué par l’accélération de la transformation digitale, le numérique s’impose désormais comme un levier structurant de croissance, de compétitivité et de création d’emplois. Il ouvre de nouvelles perspectives, notamment pour les jeunes qui constituent le socle et le moteur du développement de notre nation », a-t-elle mentionné.
La formation que lance l’ ONAPE s’inscrit dans une dynamique de modernisation et de digitalisation de ses services publics et de son économie, plaçant la jeunesse au cœur de cette transformation.
« À cet égard, l’ONAPE, fidèle à sa mission régalienne de promotion de l’emploi et en parfaite cohérence avec son plan stratégique 2025-2030, réaffirme son engagement à renforcer l’employabilité des jeunes à travers des programmes innovants adaptés aux exigences du marché du travail et aux mutations technologiques », a-t-elle affirmé.
Mahrasoft Innovations sera associé à cette formation. L’accusateur de transformation numérique pour les entreprises et institutions a remercié l’ ONAPE pour ce partenariat.
« Merci à l’ONAPE pour cette collaboration porteuse d’espoir pour la jeunesse tchadienne. L’avenir se construit ici, et il s’annonce inspirant ! Ce partenariat entre l’ONAPE et Mahrasoft Innovations, c’est bien plus qu’une formation, c’est une porte ouverte sur l’avenir », a publié la société sur sa page Facebook.
Les secteurs de l’emploi, de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat, ainsi que de l’innovation technologique et numérique constituent des axes prioritaires pour renforcer la stabilité sociale, améliorer la compétitivité nationale et consolider la souveraineté économique.
Les participants vont découvrir les domaines clés du numérique tels que le design graphique, l’animation, la production audiovisuelle, la modélisation 3D ou encore le développement de contenus interactifs.
[Digital Business Africa] – Face à la montée des crises et à la prolifération des fausses informations, Kinshasa s’impose comme un nouveau carrefour du débat sur l’avenir des médias en Afrique centrale. Les 30 et 31 mars, la capitale congolaise a accueilli la première édition du sommet Eleza Fact, articulée autour d’un enjeu clé : « Repenser l’information en temps de crise, l’intelligence artificielle et l’éducation numérique pour les cinq prochaines années ».
Chercheurs, journalistes, décideurs publics et acteurs de la société civile y ont confronté leurs analyses sur les mutations profondes de l’écosystème informationnel dans la région.
Dès les premières discussions, un constat s’est imposé : le journalisme en Afrique centrale fait face à des vulnérabilités structurelles, entre pressions économiques, défis d’indépendance et mutation des usages numériques.
Des experts, parmi lesquels Laurent Bigot, directeur de l’École supérieure de journalisme de Tours, ont insisté sur la nécessité de renforcer les standards professionnels et la crédibilité des médias dans un environnement informationnel de plus en plus saturé.
Présent lors du sommet, Patrick MUYAYA, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, a appelé à une mobilisation collective : « La meilleure manière de combattre la désinformation est de se mettre en coalition : gouvernement, professionnels des médias et société civile. »
Dans la même dynamique, il a plaidé pour une responsabilisation des citoyens face à l’information : « Chacun doit instaurer un doute méthodique face à toute information qu’il reçoit, car cela permet de briser la chaîne de désinformation. »
L’un des temps forts du sommet a été consacré aux initiatives locales de lutte contre la désinformation, mettant en lumière des solutions adaptées aux réalités linguistiques et culturelles de l’Afrique centrale.
Des organisations comme Lokuta Mabe (Kinshasa News Lab), Studio Hirondelle et Soma Lab ont partagé leurs expériences de terrain, démontrant que l’innovation locale constitue un levier clé pour restaurer la confiance dans l’information.
Des experts internationaux et régionaux, dont Claudine Ndaya (UNESCO), Bilal Tairou (Code for Africa) et Bavon Tangunza (OMS), ont convergé sur un point essentiel : la nécessité de bâtir une architecture informationnelle durable, où la vérification des faits devient un pilier du développement.
Au cœur des débats, la question de la viabilité économique des médias s’est imposée comme un enjeu stratégique.
Patrick Maki, rédacteur en chef d’ACTUALITE.CD, a rappelé que la durabilité du journalisme repose sur des fondations solides : « Un organe de presse capable de produire de manière durable un journalisme indépendant, factuel et de qualité […] implique une diversification des revenus, une gouvernance éthique et une forte adéquation avec les besoins de son audience, essentielle à la démocratie. »
Les ateliers ont également mis en lumière l’impact critique de la désinformation dans le domaine de la santé publique, notamment à travers des cas observés au Cameroun et les réponses apportées par l’OMS en RDC lors de crises sanitaires.
Un panel animé par Patient Ligodi (RFI) a donné la parole à des femmes journalistes et activistes, dont Nicole Bahati et Rose Mathe, qui ont dénoncé la désinformation genrée et le cyberharcèlement. Leur plaidoyer est sans équivoque : la protection des voix féminines dans l’espace informationnel est une condition essentielle pour construire des sociétés plus équitables et résilientes.
Au fil des échanges, une conviction s’est dégagée : l’avenir de l’information en Afrique centrale reposera sur trois leviers structurants : l’éducation numérique, l’innovation locale et la protection des journalistes.
Les participants ont également découvert de nouveaux outils de fact-checking, dont celui développé par Eleza Fact, intégrant des approches innovantes, notamment liées à l’intelligence artificielle.
Dans un contexte marqué par des crises multiples, ces technologies apparaissent comme des alliées incontournables pour restaurer la confiance et garantir une information fiable.
Clôturant les travaux, les participants ont lancé un appel collectif à renforcer les stratégies de lutte contre la désinformation, soulignant que seule une approche coordonnée et durable permettra de relever les défis informationnels de demain.
[Digital Business Africa] – Au Maroc, la transformation numérique s’impose désormais comme un levier stratégique de souveraineté et de compétitivité. C’est dans ce contexte qu’Orange Maroc inaugure les « RDV Tech by Orange », un nouveau cycle de workshops destiné à décrypter les grandes mutations technologiques qui redessinent l’avenir du Royaume.
La première session, placée sous le thème « L’ICT comme levier stratégique de transformation nationale à l’horizon 2030 », a permis de mettre en lumière le rôle structurant des infrastructures numériques dans l’accélération de la digitalisation du pays.
À travers cette initiative, Orange Maroc entend démocratiser la compréhension des enjeux technologiques tout en réaffirmant une conviction forte : l’innovation doit servir à la fois la souveraineté numérique, la performance des entreprises et l’inclusion des citoyens.
Dans les faits, les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent aujourd’hui le socle de toute transformation digitale. Elles s’articulent autour de cinq piliers majeurs : la connectivité pour relier territoires et organisations, le cloud et les datacenters pour soutenir les usages, la cybersécurité pour protéger les données, les outils collaboratifs pour fluidifier les interactions, ainsi que la data, l’IoT et l’intelligence artificielle pour générer de nouveaux gains de productivité. Un écosystème technologique intégré qui participe à la modernisation des services publics, à la compétitivité des entreprises et à l’émergence d’une économie numérique inclusive.
Fort de plus de 25 ans d’investissements cumulés dépassant les 100 milliards de dirhams, Orange Maroc s’impose comme un acteur structurant du paysage numérique national. L’opérateur revendique un rôle d’architecte de la confiance numérique, en phase avec les ambitions stratégiques du Royaume. Cette vision se matérialise notamment par le déploiement d’infrastructures critiques de nouvelle génération. Parmi elles, le Data Center « Orange Tech », récemment inauguré, répond aux standards les plus exigeants en matière de sécurité, de souveraineté et de performance énergétique.
Elle se traduit également par le lancement de la 5G, ouvrant la voie à de nouveaux usages industriels et immersifs, ainsi que par l’arrivée du câble sous-marin Médusa à Nador, renforçant le positionnement du Maroc comme hub numérique entre l’Europe et l’Afrique.
Sur le segment des entreprises, Orange Maroc accélère avec des solutions à forte valeur ajoutée, centrées sur la maîtrise des données et la performance.
L’opérateur déploie notamment « Live Intelligence », une plateforme d’intelligence artificielle générative souveraine développée par son Centre de Compétence Data & IA. Objectif : permettre aux organisations d’adopter l’IA tout en garantissant la confidentialité de leurs données et modèles.
En parallèle, Orange accompagne la migration vers le cloud via une stratégie multicloud reposant sur des partenariats avec AWS et Microsoft, tout en renforçant ses offres de cybersécurité intégrant l’intelligence artificielle pour anticiper et neutraliser les menaces.
Au-delà des infrastructures et des solutions technologiques, Orange Maroc se positionne également comme un acteur clé de l’écosystème entrepreneurial.
À travers ses Orange Digital Centers, l’opérateur a déjà formé plus de 20 000 personnes, soutenu plus de 300 startups et facilité l’insertion professionnelle de plus de 1 200 jeunes. Un dispositif qui illustre une volonté claire : faire du numérique un levier d’inclusion et d’employabilité.
Avec les « RDV Tech by Orange », l’opérateur confirme son rôle de partenaire stratégique de la transformation numérique du Maroc. En combinant investissements massifs, innovation technologique et accompagnement des talents, Orange Maroc entend contribuer à la construction d’un écosystème digital souverain, compétitif et durable à l’horizon 2030.
[DIGITAL Business Africa] – La Côte d’Ivoire tient les rênes de la GCDT de l’UIT. Une première depuis la création de l’Union télégraphique internationale en 1865, rebaptisée Union internationale des Télécommunications en 193. Cet honneur revient d’abord à Regina Fleur Bessou, Conseiller Technique du Directeur général de l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC et des Postes de Côte d’Ivoire (ARTCI), chargée de l’inclusion numérique, des relations internationales et institutionnelles.
La présidente élue du Groupe consultatif pour le développement des télécommunications (GCDT) de l’UIT a été reçue par le ministre Djibril Ouattara ce 30 mars 2026. Regina Fleur Bessou est venue échanger avec Djibril Ouattara, ministre de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique, sur des points importants de la gouvernance numérique mondiale. Entre autres la feuille de route du GCDT pour un développement technologique inclusif ; les enjeux stratégiques pour le rayonnement du secteur numérique ivoirien et africain et le leadership féminin.
À l’issue de cet entretien, une annonce phare a été faite. Celle de l’organisation de la réunion annuelle du GCDT du 7 au 10 avril 2026 à Genève. Seront invités, les délégués ds 194 Etats membres de l’ UIT.
Regina Fleur Bessou totalise plus de huit d’expérience au sein de l’ UIT. Elle occupait avant sa nomination la fonction de présidente du groupe de développement des télécommunications depuis janvier 2026. Cela après avoir passé plus de huit ans en tant que Vice – président pour le poste qu’elle occupe désormais. Elle est experte Juriste en Régulation numérique. Elle rejoint l’UIT en 2017 en qualité de présidente de la Commission d’ Etude 1 de l’ UIT-D.
Par surprenant qu’elle ait été couronnée en février 2024 à Nairobi, présidente du bureau préparatoire africain de l’Union Africaines des Télécommunications (UAT) pour la prochaine Conférence mondiale de Développement des Télécommunications de l’UIT qui se tiendra en 2025.
Regina Fleur Bessou est par ailleurs la fondatrice et présidente exécutive de Réseau International des Femmes. Elle est diplômée en sciences juridiques, administratives et fiscales, et titulaire d’un master spécialisé en régulation de Télécoms Paris Tech (REGTEL).
[DIGITAL Business Africa] – Stéphane Richard passe d’un bord à un autre, vire de l’orange au Jaune. MTN Group s’arrache un stratège des télécommunications. L’ancien PDG d’ Orange a été nommé administrateur indépendant non exécutif du groupe sud- africain après avoir passé environ 12 ans et demi chez Orange ( de septembre 2009 à janvier 2022).
Sa nomination a été annoncée ce 31 mars 2026 par MTN Group. Une nouvelle dimension stratégique et symbolique que s’apprête à prendre l’opérateur. Ce qui est loin de faire les affaires d’Orange. À l’interne, certaines voix le reconnaissent.
Sur son compte LinkedIn ce 2 avril 2026, le responsable création et production chez Orange, Pascal Courtin, a commis une analyse concernant ce transfert. De son avis, MTN Group a frappé un grand coup à son concurrent direct en Afrique.
« Stéphane Richard n’arrive pas seulement avec une expérience. Il arrive avec un capital relationnel. Et dans les télécoms africains, ce capital vaut parfois plus que les infrastructures.
Ce qui se joue ici n’est pas simplement une rivalité d’entreprise. C’est une confrontation entre modèles économiques ; visions du développement ; influences géopolitiques. Avec en arrière-plan les États africains ; les investisseurs internationaux ; les acteurs technologiques globaux.
L’entrée de Stéphane Richard chez MTN n’est pas une anomalie. C’est un symptôme. Celui d’un secteur où les frontières s’effacent ; les loyautés se recomposent ; les enjeux dépassent largement l’entreprise », a-t-il dit.
Et de clarifier :
« Ce que MTN gagne : une compréhension fine des logiques européennes ; un accès indirect à une culture stratégique ; une capacité d’anticipation renforcée.
Ce qu’Orange perd : une part de son opacité ; un avantage informationnel ; une forme de monopole intellectuel sur certains marchés africains » .
Le stratège prisé
Sous son leadership, le nombre de clients d’ Orange dans la région Afrique et Moyen- Orient a presque doublé, passant de 74,6 millions à près de 140 millions, signe du rôle central joué par l’Afrique dans la trajectoire du groupe. Mieux, Orange a considérablement renforcé ses positions sur le continent, en misant à la fois sur l’expansion des réseaux, le développement des usages data et l’essor des services financiers mobiles, notamment à travers Orange Money.
Stéphane Richard a rejoint le groupe Orange en septembre 2009. Juste après son passage au ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi de la France (2007-2009). Il fut directeur de cabinet de Christine Lagarde, ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi de la France (2007-2009).
A Orange, il a exercé successivement les fonctions de directeur général adjoint chargé des Opérations France, de directeur général délégué et de directeur général. Stéphane Richard sera, entre 1992 et 2003, adjoint du directeur financier de la Compagnie générale des Eaux.
Il fut par ailleurs directeur général de la Compagnie immobilière Phénix et président de la CGIS (Compagnie générale d’Immobilier et de Services) devenue Nexity. Entre 2003 et 2007, il était directeur général adjoint de Veolia Environnement et directeur général de Veolia Transport ainsi qu’administrateur d’Orange.
Stéphane Richard est diplômé de l’École des hautes études commerciales (HEC) et de l’École nationale d’administration. Il est né en 1961, est président-directeur général d’Orange depuis le 1ᵉʳ mars 2011.
[Digital Business Africa] – Le Tchad confie les rênes de sa transformation digitale à un fin connaisseur du secteur. Nommé ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation à la faveur du décret, n°280/PR/PM/2026 du 1ᵉʳ avril 2026 portant remaniement du gouvernement de la République du Tchad, Haliki Choua Mahamat succède au Dr Michel Boukar avec un profil résolument technique : celui d’un ancien régulateur du marché des télécommunications.
Avant son entrée au gouvernement, Haliki Choua Mahamat occupait le poste de Directeur général de l’Autorité de Régulation des communications électroniques et des Postes (ARCEP) du Tchad. À ce poste stratégique, il était en première ligne pour encadrer le développement du secteur, arbitrer les relations entre opérateurs et veiller au respect des règles du marché.
Son passage à la tête de l’ARCEP a été marqué par des enjeux structurants : amélioration de la qualité de service, régulation des coûts, gestion du spectre et encadrement des opérateurs télécoms dans un marché encore en consolidation. Une expérience qui lui confère une connaissance fine des défis techniques, économiques et réglementaires du secteur.
En accédant au ministère, Haliki Choua Mahamat change d’échelle. De régulateur, il devient désormais stratège et pilote de la politique publique numérique. Une évolution logique pour un profil qui maîtrise déjà les dynamiques du marché.
Son principal défi sera d’accélérer la connectivité dans un pays où l’accès à Internet reste limité et coûteux. La question des infrastructures notamment le déploiement de la fibre optique et l’extension de la couverture mobile s’impose comme une priorité immédiate.
Mais au-delà de l’accès, c’est toute la chaîne de valeur numérique qu’il devra structurer : des services digitaux à l’économie des données, en passant par la cybersécurité et l’innovation locale.
Le choix d’un ancien DG de l’ARCEP traduit une volonté des autorités tchadiennes de s’appuyer sur une expertise sectorielle forte pour impulser des résultats concrets. Dans un environnement où les réformes peinent parfois à se traduire en impacts visibles, ce type de profil est souvent perçu comme un levier d’efficacité.
Sa connaissance des opérateurs, des contraintes du marché et des mécanismes de régulation pourrait faciliter le dialogue public-privé, un élément clé pour attirer les investissements et accélérer les projets.
L’un des défis majeurs pour Haliki Choua Mahamat sera de trouver le bon équilibre entre régulation et développement. Trop de contraintes peuvent freiner l’innovation, tandis qu’un cadre trop souple peut désorganiser le marché.
Son expérience passée pourrait justement lui permettre d’ajuster ce curseur avec précision, en créant un environnement propice à la fois à la concurrence, à l’investissement et à l’émergence d’un écosystème numérique local.
À court terme, les attentes sont nombreuses : baisse du coût de l’Internet, amélioration de la qualité de service, digitalisation de l’administration et soutien aux start-ups. À plus long terme, c’est la capacité du Tchad à s’inscrire dans l’économie numérique africaine qui est en jeu.
Avec Haliki Choua Mahamat, le Tchad fait le choix d’un profil technique pour porter une ambition politique. Reste désormais à transformer cette expertise en levier de transformation concrète.
[Digital Business Africa] – La Corée du Sud franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de puissance numérique. Le gouvernement sud-coréen a décidé d’allouer environ 3 000 des 10 000 unités de processeurs graphiques (GPU) sécurisées dans le cadre de son budget supplémentaire 2025 au lancement du « projet national d’IA 2026 », confirmant sa volonté de renforcer sa souveraineté technologique dans un contexte de compétition mondiale accrue autour de l’intelligence artificielle.
Porté par le ministère de la Science et des TIC, ce programme structurant vise à mutualiser les ressources publiques en calcul intensif afin de soutenir les projets stratégiques des différentes administrations. Selon les autorités, un total de 52 projets, issus de 25 ministères, ont été retenus à l’issue d’un processus de sélection rigoureux combinant expertises techniques et arbitrages stratégiques.
Parmi les initiatives prioritaires figurent notamment la transition vers les véhicules définis par logiciel (Software Defined Vehicles – SDV) et l’amélioration des systèmes de conduite autonome de bout en bout (E2E). Ces projets, pilotés par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Énergie, illustrent l’ambition de Séoul de consolider son avance dans l’industrie automobile intelligente, face à des concurrents comme les États-Unis et la Chine.
En parallèle, le ministère de la Science et des TIC entend accélérer le développement de modèles fondamentaux d’intelligence artificielle spécialisés par secteur (santé, industrie, défense, finance), une approche visant à réduire la dépendance aux solutions étrangères dominées par des acteurs comme OpenAI, Google ou Baidu.
Le dispositif inclut également un volet entrepreneurial, avec un soutien accru à la commercialisation de technologies d’IA développées par des start-up, sous la supervision du ministère des PME et des Start-ups. L’objectif est clair : transformer les capacités technologiques en valeur économique et en champions industriels locaux.
Dans un contexte marqué par la pénurie mondiale de GPU exacerbée par la demande croissante en IA générative le gouvernement sud-coréen adopte une approche disciplinée dans la gestion de ces ressources critiques. Le ministère de la Science et des TIC prévoit ainsi une allocation progressive des GPU à partir d’avril 2026, accompagnée d’un suivi mensuel de leur utilisation.
Les projets jugés insuffisamment performants ou ne respectant pas les critères d’utilisation pourraient voir leurs ressources retirées et réaffectées, traduisant une logique de performance et d’optimisation des investissements publics.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large observée à l’échelle mondiale, où les États intensifient leurs investissements dans les infrastructures critiques de l’IA, notamment les centres de calcul et les semi-conducteurs. À l’image de l’« AI Act » européen ou du « CHIPS and Science Act » américain, la Corée du Sud cherche à sécuriser sa place dans la chaîne de valeur mondiale de l’intelligence artificielle.
En concentrant ses ressources sur des projets à fort impact et en structurant un écosystème public-privé autour de l’IA, Séoul envoie un signal fort : celui d’une nation déterminée à ne pas subir, mais à façonner la prochaine révolution technologique.
[DIGITAL Business Africa] – La mesure sur le dédouanement des téléphones portables, tablettes et terminaux numériques est entrée en vigueur. Selon un communiqué signé du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, ce 25 mars 2026, le paiement des droits et des taxes de douanes sur l’achat de téléphone portable devait entrer en vigueur ce 1er avril 2026. Une taxe douanière de presque 33% est appliquée à certains les téléphones et tablettes qui entrent sur le territoire camerounais.
Le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, lors d’une conférence de presse, a apporté des précisions sur cette mesure fiscale qui constitue une solution digitalisée de collecte des droits et taxes. Cette solution permet à l’administration des Douanes de réduire les déperditions de recettes publiques, de promouvoir le civisme fiscal et de renforcer le dispositif de lutte contre la criminalité numérique.
« Les téléphones à roaming fonctionnent pendant un mois. Après un mois, il va falloir dédouaner le téléphone si vous ne voulez plus rentrer dans votre pays. Ces téléphones de touristes ou visiteurs auront la possibilité de se connecter aux différents réseaux . Après un mois, il va falloir aller en douane pour une extension de la facilité ou pour dédouaner », a dit le DG des Douanes.
À l’autre bout du fil, c’est l’incompréhension. Certains utilisateurs et abonnés ne digèrent pas la mesure, estimant qu’il s’agit d’une nouvelle poche fiscale de l’ Etat. Pourtant, Il n’est pas question d’une nouvelle taxe, mais d’une automatisation du paiement via la plateforme informatique des Douanes.
La mesure est contenue dans la loi de finances 2023, modifiant l’article 7 de la loi de finances 2019, qui stipule que tout téléphone portable, tablette ou modem importé au Cameroun est soumis aux droits et taxes de douane. En pratique, la charge fiscale est d’environ 33,05 % de la valeur du téléphone. Par exemple: un téléphone de 100 000 FCFA aura pour taxes environ 33 050 FCFA.
Pour savoir si la taxe a été payée, l’utilisateur va recevoir un message indiquant le montant à payer. Le Cameroun utilise un système de traçabilité basé sur l’IMEI . Une vérification est aussi possible via la plateforme CAMCIS.
Le vendeur doit obligatoirement informer l’acheteur sur le statut douanier du téléphone. En cas de fausse information il lui sera appliqué une amende pouvant atteindre 50 % de la valeur de la transaction. En clair, tout téléphone importé sans déclaration est considéré comme marchandise de contrebande. L’auteur s’expose à des sanctions pénales.
Ces distributeurs sont invités à prendre l’attache du Secteur des Douanes territorialement compétent, munis des justificatifs de dédouanement aux fins de régularisation, dans un délai de deux (02) mois.
Par Jean Materne Zambo, source : MINFI, douanes.cm
[Digital Business Africa] – Lors de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026, le Brésil s’est imposé comme le principal contrepoids aux exigences américaines visant à rendre permanent le moratoire sur les transmissions électroniques. Alors que les États-Unis défendaient une prorogation illimitée pour protéger leurs géants numériques, Brasilia a plaidé pour une approche plus prudente, axée sur le développement et la souveraineté fiscale des pays en développement.
Alors qu’un compromis minimal semblait possible dimanche, le Brésil a bloqué le texte relatif au moratoire pour protester contre les exigences américaines et l’absence de progrès sur l’agriculture. Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, a déclaré :
« L’agriculture est le secteur qui a vu le moins de progrès en 30 ans d’existence de l’OMC. Nous ne pouvons pas permettre que cela continue. »
Une position fondée sur le développement
Dans sa communication officielle aux membres de l’OMC, une semaine avant la CM14, le Brésil a rappelé que la fracture numérique persiste et que les disparités sont aggravées par la transformation technologique en cours. Pour Brasília, il est essentiel de disposer de nouvelles analyses empiriques sur l’impact du moratoire :
sur la marge de manœuvre industrielle,
sur les écosystèmes d’innovation,
sur les recettes fiscales,
et sur le développement des industries numériques et créatives nationales.
Une prorogation limitée, pas permanente
Le Brésil s’est dit favorable à une prorogation temporaire du moratoire jusqu’à la prochaine ministérielle, mais a rejeté l’idée d’une extension permanente. Il insiste sur la nécessité de ne pas inclure le contenu numérique dans le champ du moratoire, afin de préserver la possibilité pour les États de taxer certains services numériques si nécessaire.
D’où sa proposition : « Nous convenons en outre de maintenir la pratique actuelle consistant à ne pas imposer de droits de douane sur les transmissions électroniques jusqu’à notre prochaine session, tout en réaffirmant qu’il est important de poursuivre la réflexion sur les effets de cette pratique sur la marge de manœuvre politique et les capacités budgétaires des pays en développement et des pays les moins avancés Membres. À cet égard, nous demandons aussi instamment à ce que les discussions au sein de l’OMC sur l’élaboration d’un cadre réglementaire équilibré et axé sur le développement applicable au commerce numérique progressent, de même que celles sur les moyens de faire en sorte que les avantages de l’économie numérique soient plus largement partagés et que les pays en développement et pays les moins avancés Membres soient davantage en mesure de participer au commerce numérique et d’en tirer parti. »
Une proposition institutionnelle
Brasilia a, par ailleurs, proposé la création d’un Comité du commerce numérique et des technologies émergentes au sein de l’OMC. Ce comité aurait pour mandat :
d’institutionnaliser le programme de travail sur le commerce électronique,
de promouvoir l’industrialisation numérique,
de favoriser une participation inclusive des pays en développement,
et de combler les fractures numériques persistantes.
« Le Brésil est d’avis que l’établissement d’un comité du commerce numérique et des technologies émergentes pourrait assurer la stabilité institutionnelle des travaux qui ont été menés jusqu’à présent dans le cadre du Programme de travail; ce comité pourrait servir d’enceinte de dialogue et de coopération sur les politiques liées au commerce électronique, le commerce numérique et les technologies émergentes, en mettant l’accent sur la dimension développement », proposait le pays de Lula DA Silva.
Un contrepoids aux États‑Unis
En s’opposant à Washington, le Brésil a défendu une vision équilibrée et axée sur le développement, refusant que l’OMC verrouille définitivement un moratoire qui profite surtout aux multinationales américaines. Cette position a contribué à l’échec des négociations à Yaoundé, mais elle reflète une volonté de replacer les intérêts des pays en développement au cœur des discussions sur la gouvernance numérique mondiale.
Le Brésil n’est donc pas contre le moratoire, mais contre sa pérennité. Il veut un cadre institutionnel qui tienne compte des réalités fiscales et industrielles des pays en développement, et refuse de céder aux pressions américaines visant à sanctuariser l’exemption de droits de douane sur les transmissions électroniques.
[Digital Business Africa] – Les discussions de haut niveau de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tenues à Yaoundé, se sont achevées ce lundi à 2 h du matin sans avancées majeures, après deux longues sessions ministérielles. La 14e Conférence ministérielle (CM14) a été marquée par l’incapacité des 166 membres à prolonger le moratoire qui, depuis 1998, exemptait les transmissions électroniques transfrontalières de droits de douane. Les participants ont convenu de poursuivre les discussions à Genève, selon un calendrier précis mais non communiqué.
Ce moratoire, considéré comme un pilier du commerce électronique mondial, expire demain, le 31 mars 2026, conformément à la décision prise lors de la CM13. Faute d’accord à Yaoundé sur sa prorogation, une situation particulière s’impose. Si cela ne signifie pas que des tarifs seront imposés immédiatement, l’échec constitue un revers majeur pour les pays développés et les États-Unis en particulier, qui plaidaient pour sa pérennisation et menaçaient de quitter l’OMC ou de proclamer sa mort en cas de non-renouvellement.
Avant le début de la CM14, l’ambassadeur américain Joseph Barloon affirmait que le maintien du moratoire donnerait aux États-Unis la confiance nécessaire pour « rester pleinement engagés » dans l’OMC. Un autre diplomate américain, cité par Reuters, prévenait : « Si Jamieson Greer (20e représentant au commerce des États-Unis) quitte Yaoundé sans moratoire, les proclamations américaines sur la mort de l’OMC seront encore plus fortes. »
En plaidant pour un prolongement permanent du moratoire, les États-Unis protègent en effet leur hégémonie numérique. Cela permet à leurs entreprises de diffuser leurs services sans barrières tarifaires, ce qui affaiblit les capacités fiscales des pays en développement. Donald Trump, fidèle à sa posture protectionniste et transactionnelle, considère que tout affaiblissement du moratoire constitue une attaque contre les intérêts économiques américains. D’où les menaces de retrait ou de proclamer la « mort de l’OMC » en cas de non-prorogation.
Réponse de la DG de l’OMC
Interrogée par Digital Business Africa sur l’interprétation de ces menaces, alors que le moratoire n’a pas été prorogé, la directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala a relativisé :
« Les membres prennent souvent des positions tranchées avant une ministérielle. C’est l’art de la négociation, n’est-ce pas ? Parfois, chacun campe sur ses positions et l’idée est de trouver un terrain d’entente. Parfois nous réussissons, parfois non. Dans ce cas, nous étions presque parvenus à un compromis. Les membres avaient identifié une zone d’atterrissage différente de celle que nous utilisions auparavant et non une reconduction automatique. Il reste encore quelques membres à convaincre, dont les États-Unis, présents et ayant exprimé leur volonté de continuer à négocier. »
Implications pour les pays en développement
Faute d’accord à Yaoundé, les pays en développement peuvent désormais exiger et percevoir des droits de douane sur les transmissions électroniques. Cela pourrait renflouer les caisses de ces États en quête permanente d’élargissement de l’assiette fiscale.
Depuis 1998, le moratoire interdisait aux membres de l’OMC d’imposer des droits de douane sur les flux numériques transfrontaliers. Son expiration ouvre la voie à des discussions sur la fiscalité numérique internationale, notamment pour les pays africains en quête de souveraineté budgétaire.
Retour historique : Seattle 1999 et Doha 2001
Ngozi Okonjo-Iweala rappelle que ce n’est pas la première fois que le moratoire expire. En 1999, lors de la Conférence ministérielle de Seattle, les membres n’avaient pas réussi à s’accorder sur sa prorogation. Le moratoire avait donc temporairement expiré avant d’être rétabli deux ans plus tard, à Doha, en 2001. Cette séquence illustre que l’absence de prorogation ne conduit pas automatiquement à l’imposition de droits de douane, mais crée une zone d’incertitude.
Et si les droits de douane étaient appliqués…
Si des droits de douane venaient à être appliqués dans certains pays en voie de développement, ils concerneraient exclusivement les transmissions électroniques transfrontalières — c’est-à-dire les flux de données numériques qui franchissent les frontières via Internet.
La taxation pourrait prendre deux formes : soit par l’intermédiaire des opérateurs télécoms (FAI), qui seraient chargés de mesurer et de facturer le volume de données importées, soit par les grandes plateformes numériques (Netflix, Microsoft, Google, AWS, etc., voir illustration ci-dessous), qui devraient déclarer la valeur des contenus transmis et en répercuter la charge sur les utilisateurs finaux.
Les plateformes numériques susceptibles de retenir les droits de douane en cas de non-prorogation du moratoire sur les transmissions électroniques
Dans les deux cas, il s’agirait de cibler le canal de transmission électronique et non le contenu numérique lui-même.
Mais les défis techniques et politiques seraient considérables : distinguer les flux transfrontaliers des flux domestiques, assurer la traçabilité sans compromettre la neutralité du Net, éviter une hausse excessive des coûts pour les consommateurs et les PME locales, tout en gérant les tensions diplomatiques avec les États-Unis.
Autrement dit, la taxation des transmissions électroniques ne serait pas une simple mesure fiscale, mais un choix stratégique engageant la souveraineté numérique et l’équilibre des relations commerciales internationales.
La barrière du Brésil et de l’Inde face aux États-Unis
Les États-Unis souhaitaient rendre permanent le moratoire, mais plusieurs pays en développement, notamment l’Inde, s’y sont opposés, craignant une perte de recettes fiscales. Le Brésil, de son côté, ne voulait pas aller au-delà d’une extension de deux ans.
Alors qu’un compromis minimal semblait possible dimanche, le Brésil a bloqué le texte relatif au moratoire pour protester contre les exigences américaines et l’absence de progrès sur l’agriculture. Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, a déclaré : « L’agriculture est le secteur qui a vu le moins de progrès en 30 ans d’existence de l’OMC. Nous ne pouvons pas permettre que cela continue. »
Une semaine avant la CM14, le Brésil avait clairement indiqué qu’il était favorable à la prorogation du moratoire jusqu’à la prochaine session de la CM, « tout en maintenant la pratique de longue date consistant à ne pas l’étendre au contenu numérique et en ménageant un délai supplémentaire pour poursuivre l’examen des incidences économiques et budgétaires du moratoire ».
Côté Inde, Abhijit Das, expert en commerce international, chef du Centre principal d’études sur l’OMC et officier responsable de la CNUCED en Inde, a expliqué à Digital Business Africa les raisons de l’opposition de l’Inde :
« La position de l’Inde est que nous nous opposerons au moratoire pour la simple raison qu’il constitue un obstacle à la capacité des gouvernements à générer des recettes. N’oubliez pas qu’il s’agit des droits de douane. L’Inde en subit les conséquences négatives. De nombreux autres pays en développement en subissent les conséquences négatives. Rendre ce moratoire permanent obligerait donc les pays en développement à renoncer à une source de recettes très importante à l’avenir », explique Abhijit Das.
Un climat de tensions et de désaccords
Depuis près de trois décennies, chaque conférence ministérielle de l’OMC a renouvelé le moratoire. Son expiration à Yaoundé marque une rupture. Même si Ngozi Okonjo-Iweala relativise en rappelant qu’il avait déjà été suspendu en 1999 avant d’être rétabli en 2001.
Au-delà du commerce électronique, les ministres n’ont pas réussi à faire avancer la réforme de l’OMC. L’organisation, fragilisée par les blocages politiques et la montée du protectionnisme, peine à se réinventer.
Lors de la conférence de presse, Ngozi Okonjo-Iweala a reconnu la déception générale : « Nous avons travaillé dur… Nous avons simplement manqué de temps. »
Le patron de la Chambre de commerce internationale, John Denton, a exprimé son inquiétude : « L’échec des membres de l’OMC à parvenir à un accord politique concret à Yaoundé est particulièrement préoccupant à un moment de réelle tension pour l’économie mondiale. » Pour sa part, le secrétaire britannique au Commerce, Peter Kyle, a parlé d’un « revers majeur pour le commerce mondial ».
Yaoundé, théâtre d’un blocage mondial
Yaoundé devait incarner un nouveau souffle pour la coopération commerciale mondiale. Elle restera dans l’histoire comme le théâtre d’un blocage majeur : absence d’accord sur le moratoire relatif au commerce électronique, absence de progrès en matière d’agriculture et de réforme de l’OMC.
Pour l’Afrique, l’événement revêt une portée doublement symbolique : non seulement le continent accueille pour la deuxième fois une conférence ministérielle de l’OMC, mais il se retrouve aussi au cœur des fractures du commerce mondial, entre les ambitions fiscales des pays en développement et la défense des intérêts numériques des grandes puissances.
Au terme de quatre jours de débats intenses, les 120 délégations sur les 166 membres de l’OMC – dont 80 ministres – quittent Yaoundé avec un sentiment d’inachevé, le regard désormais tourné vers Genève pour la poursuite des négociations, et vers Washington, dont la réaction pèsera probablement sur l’avenir du commerce électronique.
Reste désormais à scruter la suite des négociations à Genève, ainsi que la réaction des États-Unis et de Donald Trump, qui voient dans cet échec un revers stratégique et une menace directe pour l’hégémonie numérique américaine…
Par Beaugas Orain DJOYUM
Encadré: Différence entre transmissions électroniques et contenu numérique
Catégorie
Définition
Exemples concrets
Couverture par le moratoire OMC au 31 mars 2026
Transmissions électroniques
Flux de données transfrontaliers qui passent par Internet ou des réseaux numériques, sans support physique.
– Téléchargement d’un logiciel depuis un serveur étranger- Streaming d’un film ou d’une chanson- Transmission d’un e-book- Mise à jour logicielle- Documents électroniques envoyés par email
✅ Oui — le moratoire interdit d’imposer des droits de douane sur ces flux de données
Contenu numérique
Le bien ou service numérique lui-même, une fois transmis et consommé localement.
– Le film téléchargé ou regardé en streaming- La musique achetée en ligne- Le logiciel installé- Le jeu vidéo ou l’application mobile- L’e-book lu sur une tablette
❌ Non — le moratoire ne couvre pas le contenu, les États peuvent appliquer TVA ou taxes locales
Pour comprendre le moratoire:
Le moratoire de l’OMC ne protège que le canal de transmission (les flux de données transfrontaliers).
Les pays gardent la liberté de taxer le contenu numérique (films, logiciels, musique, etc.) par des impôts intérieurs (TVA, taxes sur les services numériques).
Le Brésil, l’Inde et certains pays en développement insistent sur cette distinction pour éviter que le moratoire ne devienne une exonération fiscale permanente au profit des grandes plateformes numériques mondiales.
Après le 31 mars 2026, faute d’accord sur la prorogation du moratoire, les pays membres de l’OMC peuvent à la fois imposer des droits de douane sur les transmissions électroniques et appliquer la TVA ou des taxes locales sur les contenus numériques.
[Digital Business Africa] – L’ambassadeur de la Barbade auprès de l’OMC, des Nations unies et d’autres organisations internationales à Genève, en Suisse a pris part à la 14e conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé. Dans cet entretien avec Digital Business Africa, Matthew Wilson donne son avis la CM14 et les décisions qui sont prises en vue développer le commerce électronique pour tous les pays.
Digital Business Africa : Quelle importance accordée vous à cet événement ?
Matthew Wilson : Je suis ravi d’être ici au Cameroun, qui accueille la 14e Conférence ministérielle de l’OMC. C’est un événement majeur, car il offre aux ministres du Commerce du monde entier l’occasion de se réunir et de discuter de questions importantes liées au commerce, au développement et au multilatéralisme. Il est donc particulièrement important et impressionnant qu’un pays en développement comme le Cameroun, membre des États ACP, accueille cette conférence de grande envergure. Je suis ici pour représenter la Barbade et coordonner le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique afin de veiller à ce que nos intérêts soient pris en compte lors des discussions qui se tiennent ici au Cameroun.
Digital Business Africa : Quel est votre regard sur le commerce électronique en ce moment ?
Matthew Wilson : Le commerce électronique est extrêmement important. C’est un moyen de commercialiser vos biens et services. C’est aussi un moyen d’aider les entrepreneurs, les jeunes hommes et femmes, à prospérer grâce au commerce en leur fournissant les outils numériques nécessaires pour mieux produire, consommer plus intelligemment et exporter vers le monde entier tout ce que vous produisez ici, vos produits exceptionnels, vos denrées alimentaires, etc.
Le commerce électronique est donc une plateforme formidable pour rapprocher le Cameroun du reste du monde et faire découvrir l’excellence camerounaise au monde entier.
Digital Business Africa : Cette thématique reste préoccupante au niveau de l’OMC, quelle est la position de votre pays à ce sujet ?
Matthew Wilson : Nous sommes actuellement en pleine discussion et négociation à l’OMC concernant le moratoire sur le commerce électronique. La Barbade reconnaît l’intérêt du maintien du moratoire et, à l’instar de nombreux autres États d’Afrique et des Caraïbes, a déposé un document auprès de l’OMC demandant sa poursuite. Nous souhaitons un programme de travail ambitieux sur le commerce électronique, axé sur le développement. Nous sommes heureux de voir comment cela se concrétise ici à Yaoundé. Le maintien du moratoire est essentiel.
Digital Business Africa : Pourquoi est-il important de le maintenir ?
Matthew Wilson : Il est important, car il offre aux jeunes entrepreneurs, notamment, la possibilité d’acquérir les compétences, les capacités et la confiance nécessaires pour investir et commercialiser des produits numériques. L’absence de taxes douanières à la frontière est un facteur crucial pour le développement de ces industries, de ces secteurs, en particulier pour les jeunes.
Digital Business Africa : Que représente d’après vous cet accord provisoire de l’OMC sur le commerce électronique signé par 66 membres ?
Matthew Wilson : Eh bien, il s’agit de ce que l’on appelle un accord plurilatéral au sein de l’OMC. Cela signifie qu’un groupe de pays souhaitant investir dans la négociation d’un accord dans un domaine particulier est libre de le faire. Cela signifie toutefois qu’il s’agit d’un sous-ensemble des membres de l’OMC, mais tous les membres de l’OMC peuvent bénéficier des règles et réglementations négociées dans le cadre de ces accords plurilatéraux.
Bien que la Barbade ne fasse pas partie de cet accord plurilatéral, nous en comprenons l’importance et nous soutenons ces pays afin qu’ils puissent le mettre en œuvre efficacement.
Il est primordial, à mon avis, de protéger les données personnelles. Comme vous le savez, les données représentent un pouvoir considérable, et la confiance est essentielle pour les citoyens.
Il est donc indispensable de mettre en place une réglementation de sécurité appropriée, des mécanismes adéquats et de veiller à ce que chacun comprenne l’utilisation qui sera faite de ses données.
Comme je l’ai dit, il s’agit d’une forme de contrat, d’une relation de confiance entre le gouvernement et les citoyens qui confient leurs données. La Barbade est un petit pays, certes, mais qui abrite une jeunesse incroyablement innovante, désireuse d’investir dans le numérique. Elle souhaite participer à la création, à l’utilisation et à la consommation des technologies numériques. Elle aspire à pouvoir vendre ses biens et services au-delà des frontières de la Barbade.
Discuter des enjeux du commerce électronique et du numérique, y compris de l’intelligence artificielle et de son potentiel pour un commerce plus intelligent et avoir accès à l’information et aux données est un aspect essentiel du travail que nous menons ici à l’OMC.
Ces discussions sont donc cruciales pour tous les pays, mais particulièrement pour les petits pays en développement, comme ceux des Caraïbes et du continent africain.
Digital Business Africa : Quelle est la relation entre la Barbade et l’Afrique ?
Matthew Wilson : Nous mettons tout en œuvre pour approfondir les relations entre les Caraïbes et l’Afrique. La Première ministre, Mme Amor Mottley, a fait de ce renforcement des liens commerciaux, culturels et humains une priorité de son gouvernement.
Au cours des dix dernières années, nous avons ouvert deux ambassades en Afrique, au Ghana et au Kenya, et nous avons multiplié les échanges culturels et commerciaux entre la Barbade et de nombreux pays africains. Nous souhaitons que cela se poursuive. Nous vous considérons comme un membre de notre famille caribéenne.
Propos recueillis par Ghislaine Deudjui et Jean Materne Zambo
[Digital Business Africa]- Joint par courrier électronique, l’économiste en chef de l’OMC a répondu aux questions de DIGITAL Business Africa sur les prévisions de l’OMC en matière de commerce mondiale. Selon le rapport de l’organisation, on pourrait assister à un ralentisement de la croisance du commerce mondial en 2026, assorti d’une baisse des investissements liés à l’IA. Robert Staiger évoque aussi les freins au blocage de la ZLECAf.
Digital Business Africa: Bonjour, monsieur Staiger. Hier, vous avez formulé des prévisions concernant le commerce mondial et les investissements liés à l’IA. Vous estimez désormais que ces investissements pourraient diminuer d’ici 2026. Quels sont les facteurs qui vous amènent à cette conclusion ?
Robert Staiger: Notre rapport indique que les investissements dans les produits liés à l’IA ont été un moteur majeur de la croissance du commerce mondial en 2025. Nous ne disons pas que les investissements liés à l’IA diminueront nécessairement en 2026.
Mais nos prévisions de base supposent que la croissance de ces investissements se modérera quelque peu en 2026 par rapport à l’essor observé en 2025, ce qui contribuera à la modération de la croissance du commerce mondial par rapport à 2025 que nous prévoyons dans notre scénario de base pour 2026.
Digital Business Africa: Malgré son faible taux d’investissement dans l’IA, l’Afrique profite de l’essor mondial de cette technologie. Comment expliquer cela ? Comment le continent peut-il rivaliser avec les États-Unis ou la Chine en matière d’investissement dans l’IA ?
Robert Staiger: Notre rapport indique que le commerce africain bénéficie effectivement de l’essor mondial de l’IA. De nombreux biens essentiels à l’IA, tels que les semi-conducteurs et les puces, étant largement exemptés des nouveaux droits de douane, la forte hausse mondiale des investissements technologiques a contribué à maintenir une demande soutenue pour les matières premières et les minerais africains, composants essentiels de ces chaînes de valeur technologiques.
Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour permettre à l’Afrique de gagner en importance dans la chaîne de valeur de l’IA pour le commerce de marchandises. Comme le souligne notre rapport, l’Afrique représente actuellement moins de 0,5 % des investissements mondiaux en capital-risque dans l’IA.
On observe des signes de progrès dans le secteur des services numériques : les pays africains ont enregistré une forte croissance des services informatiques, les entreprises du monde entier ayant adopté les outils d’IA et ayant besoin de davantage de capacités de traitement des données et de support logiciel.
Investir dans les infrastructures permettant à l’Afrique de tirer pleinement parti de ces avantages comparatifs dans les produits liés à l’IA l’aidera à profiter de la croissance continue des investissements dans ce domaine.
Digital Business Africa: Nous savons que le commerce électronique s’accompagne souvent de fraudes en ligne telles que le vol de données personnelles, les fausses publicités ou les escroqueries… Quel est le coût de ces fraudes pour le commerce mondial ? Et comment l’OMC protège-t-elle les acteurs du commerce électronique ?
Robert Staiger: Ces questions sont intéressantes et importantes, mais notre rapport ne les aborde pas car il porte sur d’autres sujets ; je n’ai donc pas d’éléments particuliers à apporter à ce sujet sur la base de notre rapport.
Digital Business Africa:En l’absence d’un accord unanime entre tous les membres sur le moratoire sur le commerce électronique, pensez-vous que l’accord entre les 66 membres puisse être considéré comme une alternative ?
Robert Staiger: Bien que ce soit une question intéressante, je ne suis pas vraiment en mesure de répondre à ce genre d’hypothèses.
Digital Business Africa:Pour conclure cet entretien, évoquons la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine. À votre avis, il s’agit d’un marché précieux pour les Africains. Pourquoi sa mise en œuvre est-elle si longue ? L’OMC peut-elle soutenir les États africains dans la mise en œuvre effective de cette zone de libre-échange ?
Robert Staiger: Les grands projets d’intégration commerciale prennent du temps car ils ne se limitent pas à la signature d’un accord ; ils nécessitent également une coordination douanière, des règles d’origine, des infrastructures, des systèmes de paiement, une logistique efficace, une harmonisation réglementaire et un suivi politique rigoureux.
Cela est particulièrement vrai pour un projet continental aussi ambitieux que la ZLECAf. Cela étant dit, même si l’OMC ne peut pas mettre en œuvre la ZLECAf pour ses membres, elle peut les aider dans leurs efforts en la matière grâce à une assistance technique, un soutien à la facilitation des échanges, des données, la transparence, le renforcement des capacités et un dialogue politique.
[Digital Business Africa] – La 14e Conférence ministérielle de l’OMC (MC14), tenue à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026, restera un tournant majeur dans la gouvernance mondiale du numérique.
Soixante-six membres de l’OMC, représentant près de 70 % du commerce mondial, ont adopté ce 28 mars 2026 des arrangements intérimaires ouvrant la voie à la mise en œuvre du tout premier Accord multilatéral sur le commerce électronique.
Cette avancée historique intervient alors que, selon le rapport de l’OMC, « le monde n’est qu’à 8,5 % du chemin vers une intégration numérique complète » .
L’adoption de l’Accord sur le commerce électronique (AoE) marque donc une rupture stratégique.
Un accord attendu, aux bénéfices économiques massifs
Selon les travaux de la Division de la Recherche économique et des Statistiques de l’OMC, l’absence d’accord coûte cher à l’économie mondiale.
Le rapport de l’OMC souligne que « chaque année de retard laisse 159 milliards USD de commerce sur la table » .
Avec l’entrée en vigueur de l’AoE :
Les 66 participants devraient voir leur PIB augmenter de 0,43 % et leur commerce de 0,97 %.
À l’échelle mondiale, l’impact est estimé à 0,14 % de PIB et 0,58 % de commerce supplémentaire.
Si l’accord était adopté par les 166 Membres de l’OMC, les gains seraient multipliés par 4, atteignant 8,7 trillions USD d’ici 2040.
Le rapport précise : « Si tous les Membres de l’OMC rejoignaient l’AoE, le commerce mondial augmenterait de 2,3 % et le PIB de 0,51 % » .
Pourquoi cet accord change la donne ?
L’AoE couvre 11,5 des 28 domaines clés de l’intégration numérique mondiale, notamment :
les transactions électroniques,
les signatures et authentifications numériques,
les contrats électroniques,
la facturation électronique,
la protection des consommateurs en ligne,
la cybersécurité,
l’interdiction des droits de douane sur les transmissions électroniques.
Le document rappelle que « l’AoE dispose d’une forte couverture dans les domaines liés à l’habilitation du commerce électronique » .
Même s’il ne couvre pas encore les flux transfrontaliers de données ni la localisation des données, il constitue la première base mondiale de règles numériques.
Un accord inclusif : un enjeu majeur pour l’Afrique
L’Afrique est au cœur des enjeux de cet accord. Le rapport de l’OMC est clair : les plus grands gagnants potentiels sont les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire faible.
Selon les simulations :
Les pays à faible revenu pourraient voir leur PIB augmenter de 2,5 % et leurs exportations de 4,5 %.
Les pays à revenu intermédiaire inférieur gagneraient 1,3 % du PIB et 4 % des exportations.
L’Afrique, dans un scénario d’adhésion totale, enregistrerait 1,5 % de PIB supplémentaire, 3,7 % de commerce, et 11,4 % de croissance des services numériques.
Le rapport note : « Les gains seraient les plus importants en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine ».
Le choix de la CM14 de l’OMC à Yaoundé pour cette adoption n’est pas anodin. L’Afrique, longtemps spectatrice des grandes négociations numériques, devient désormais un acteur stratégique.
La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, l’a rappelé : « Les économies participantes démontrent que le système commercial multilatéral peut répondre aux nouveaux défis. »
Les 66 Membres ont également réaffirmé leur volonté d’intégrer l’accord dans le cadre juridique de l’OMC et d’encourager les autres pays à les rejoindre.
Des bénéfices concrets pour les PME africaines
L’accord ouvre des opportunités majeures :
réduction des coûts de conformité,
facilitation des paiements électroniques,
harmonisation des règles,
accès élargi aux marchés mondiaux,
renforcement de la confiance numérique.
Le communiqué souligne que l’AoE « débloquera de nouvelles opportunités pour les micro, petites et moyennes entreprises ».
Un message clair : l’Afrique doit rejoindre le mouvement
Le rapport de l’OMC met en garde : « Il existe des coûts d’opportunité importants à ne pas participer à l’AoE » .
Les pays africains non participants risquent :
une perte de compétitivité,
un recul dans les chaînes de valeur numériques,
un risque de marginalisation réglementaire.
À l’inverse, une participation active permettrait :
Pour la première fois, le monde se dote d’un cadre commun pour le commerce numérique.
Et c’est en Afrique, à Yaoundé, que cette étape historique a été franchie.
L’enjeu désormais : faire en sorte que l’Afrique ne soit pas seulement le lieu de l’annonce, mais aussi l’un des principaux bénéficiaires de cette révolution numérique mondiale.
Digital Business Africa continuera de suivre de près les étapes de ratification, les implications pour les États africains et les opportunités pour les entreprises du continent.
Par Beaugas Orain DJOYUM
Encadrés :
Les chiffres clés du futur Accord sur le commerce électronique de l’OMC
Un niveau d’intégration numérique encore très faible
Le monde n’a atteint que 8,5 % de son potentiel d’intégration numérique.
Citation :
« existing digital trade integration and openness is in its early stages, only 8.5% of the way towards what might be considered full integration ».
Un impact économique immédiat si l’AoE est mis en œuvre
Pour les 71 Membres soutenant l’accord : +0.43 % de PIB et +0.97 % de commerce.
À l’échelle mondiale : +0.14 % de PIB et +0.58 % de commerce.
Citation : « Immediate adoption of the AoE… is projected to raise their GDP by 0.43% and trade by 0.97%… with global GDP increasing by 0.14% and global trade by 0.58%. »
Le coût du retard : 159 milliards USD par an
Chaque année sans mise en œuvre = 159 milliards USD de commerce perdu.
Cumul jusqu’en 2040 : 2,4 trillions USD.
Citation :
« every year the agreement… is delayed leads to foregone trade of USD 159 Billion (with a cumulative total of USD 2.4 trillion until 2040). »
Un potentiel quadruplé si tous les Membres de l’OMC rejoignent l’accord
Avec 166 Membres : +0.51 % de PIB mondial, +2.3 % de commerce,
soit 8,7 trillions USD d’ici 2040.
Citation :
« if the AoE were to be extended to all WTO Member States… global GDP would rise by 0.51% and trade by 2.3%, or USD 8.7 trillion by 2040. »
Les plus grands gagnants : l’Afrique et l’Asie du Sud
Pour les pays à faible revenu : +2.5 % de PIB, +4.5 % d’exportations.
Pour les pays à revenu intermédiaire inférieur : +1.3 % de PIB, +4 % d’exportations.
Citation :
« In low-income economies real GDP and real exports would go up by 2.5% and 4.5%… in lower-middle income economies, GDP would go up by 1.3% and exports by 4%. »
Un effet amplifié par la transformation numérique et l’IA
Sans la tendance actuelle de digitalisation, l’impact serait plus faible : 0.10 % au lieu de 0.14 % de PIB mondial.
Citation :
« Without this technological trend… the projected impact… would be of 0.10% instead of 0.14%. »
Un accord qui renforce surtout les services numériques
Les services numériques sont les plus sensibles à la baisse des coûts : –0.65 % de coûts (AoE71) et –1.97 % (AoE166).
Citation :
« The average trade cost reductions… are highest for digitally deliverable services (-0.65%). »
Un risque réel pour les pays non participants
Les économies non membres subissent des pertes liées au trade diversion.
Citation :
« Minor reductions in GDP and trade would arise in… economies which… do not participate… primarily due to trade diversion. »
L’Afrique : la région qui gagne le plus dans un scénario AoE166
+1.5 % de PIB, +3.7 % de commerce, +11.4 % pour les services numériques.
Citation :
« Africa would experience the largest economic gains… GDP increase by 1.5%, trade by 3.7% and digitally deliverable services by 11.4%. »
Un message clair : plus la participation est large, plus les gains sont élevés
According to WTO, :
« Wider membership supports not only larger gains all round but also wider gains for lower income economies. »
Les 10 piliers du nouvel Accord de l’OMC sur le commerce électronique
Reconnaissance juridique complète du numérique
Le document insiste sur la nécessité d’un cadre légal moderne :
« The E-Commerce Agreement encourages the adoption of legal frameworks that recognize electronic transactions and treat electronic and paper-based information as legal equivalents. »
Cela couvre :
transactions électroniques,
e-signatures,
e-authentication,
e-contracts,
e-invoicing.
Facilitation du commerce : vers un commerce sans papier
L’accord promeut :
la dématérialisation des documents,
l’interopérabilité des systèmes,
l’usage d’un guichet unique pour les procédures douanières.
« The E-Commerce Agreement promotes the use, exchange and acceptance of electronic trade documents… »
Interdiction des droits de douane sur les transmissions électroniques
Un engagement majeur pour la prévisibilité du commerce numérique :
« The E-Commerce Agreement prohibits the imposition of customs duties on electronic transmissions… »
Ouverture des données publiques
L’accord encourage la mise à disposition des données gouvernementales pour stimuler l’innovation :
« The E-Commerce Agreement facilitates public access to government data… »
Protection du consommateur en ligne
Les États doivent mettre en place des lois contre les pratiques trompeuses et garantir des mécanismes de recours :
« The E-Commerce Agreement requires parties to put in place legal frameworks that protect online consumers… »
Lutte contre le spam
L’accord impose des mesures pour limiter les messages commerciaux non sollicités :
« measures to minimize unsolicited commercial electronic messages… »
Protection des données personnelles
Un engagement fort pour la confiance numérique :
« The E-Commerce Agreement locks in a commitment… to provide for the protection of personal data… »
Cybersécurité renforcée
L’accord encourage la coopération internationale et le renforcement des capacités nationales :
« facilitates cooperation, the development of national cybersecurity capabilities… »
Inclusion, développement et renforcement des capacités
Un volet essentiel pour les pays en développement et les PMA :
« Inclusion is at the heart of this E-Commerce Agreement… through implementation periods, needs assessments, capacity building and technical assistance. »
Le Capacity Building Framework (CBF) soutient :
l’évaluation des besoins,
l’assistance technique,
le renforcement des infrastructures numériques.
Modernisation des règles sur les télécommunications
L’accord actualise les règles de l’OMC pour refléter les évolutions technologiques :
« modernize global trade rules governing telecommunications… »
Bonus : Mécanisme de révision continue
L’accord prévoit une mise à jour régulière pour rester pertinent :
« sets out a pathway for parties to periodically review commitments… »
[DIGITAL Business Africa] – L’impact de l’intelligence artificielle sur l’économie mondiale n’est plus à démontrer. Lors de sa conférence de presse ce 28 mars 2026 dans le cadre de la CM14 à Yaoundé, Robert Staiger, économiste en chef de l’ OMC, a fait des projections sur le commerce et l’IA. Il a indiqué que le commerce des services commerciaux a connu une hausse de 5,3 % en 2025. Cela en raison du boom des investissements dans les biens et services liés à l’IA.
2025 a été une année charnière pour l’intelligence artificielle. Pour la première fois, les financements alloués aux startups spécialisées en IA et en apprentissage automatique ont représenté la majorité de la valeur totale des transactions de capital-risque à l’échelle mondiale.
Les investissements alloués aux startups dédiées à l’IA ont atteint 270,2 milliards de dollars, soit 52,7 % des 512,6 milliards de dollars investis par les sociétés de capital-risque, selon un rapport de BestBrokers basé sur les données de PitchBook, CB Insights et Liquidity.
Au nombre des levées les plus spectaculaires de 2025 figure l’investissement record de 40 milliards de dollars réalisé par SoftBank dans OpenAI (dépassé depuis par celui de 50 milliards de dollars d’Amazon dans le cadre du dernier financement à 110 milliards de dollars du spécialiste IA). Un montant largement supérieur aux 14,3 milliards de dollars injectés par Meta dans Scale AI.
Les investissements liés à l’IA sont divers. Notamment l’investissement dans les centres de données, qui hébergent l’infrastructure informatique spécifique nécessaire pour entraîner, déployer et fournir des applications et des services d’IA.
Cela s’accompagne généralement de coûts de construction des installations physiques, ainsi que des dépenses en technologies de l’information et autres équipements électriques nécessaires à leur fonctionnement, dont les serveurs et les équipements réseau.
Selon l’économiste de l’OMC, les investissements liés à l’IA devraient diminuer en 2026. Ce qui ralentirait la croissance du commerce mondial. La cause. La principale cause est selon l’économiste le conflit au Moyen-Orient. Mais tout n’est pas perdu.
« Les perspectives pourraient toutefois s’améliorer si le conflit s’achève rapidement et le boom des dépenses liées à l’IA se poursuit. si le conflit est de courte durée et si les dépenses liées à l’IA restent élevées tout au long de 2026 et en 2027, auquel cas le taux de croissance du commerce des marchandises pourrait être relevé de 0,5 point de pourcentage et ainsi atteindre 2,4 % cette année et 2,7 % l’année prochaine », a dit Robert StAiger.
Mais si le conflit perdure, on pourrait assister à la chute de la croissance du commerce des services commerciaux à 4,8 % en 2026.
De manière générale, le commerce des marchandises et des services progressera de 2,7 % en 2026, contre 4,7 % en 2025. La croissance du PIB mondial devrait diminuer légèrement, tombant de 2,9 % en 2025 à 2,8 % en 2026 et 2027.
Ibrahim Kalil Konaté est le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat de la Côte d’Ivoire, et chef de la délégation de son pays à la Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé au Cameroun. Dans cette réaction à lui arrachée par Digital Business Africa, il affirme la solidarité de la Côte d’Ivoire au groupe africain.
La question du commerce électronique doit être une opportunité pour les pays en développement et bien entendu l’ensemble des pays membres de l’OMC. Nous attendons une réforme qui donne une nouvelle dynamique à l’OMC. Mon pays la Côte d’Ivoire appuie les déclarations du groupe africain. Nous avons travaillé et nous pensons que les résultats attendus seront à la hauteur des objectifs que les pays visent.
Gaudencia Mohaba Mesu est le Vice-Premier ministre de la Guinée Equatoriale, en charge du ministère du Commerce, de la Promotion des entreprises et de l’Industrie. En tant que chef de la délégation de son pays à la Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, il présente l’importance des échanges bilatéraux entre pays voisins.
Quelle est pour vous l’importance de venir à la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun ?
Etant donné que le Cameroun est un pays frère, un pays voisin de la République de Guinée Equatoriale, ça a été une opportunité pour nous de venir ici présenter nos dispositions, et surtout notre appui au gouvernement de la République de Cameroun.
En matière d’échanges commerciaux, au lieu d’aller vers des pays tiers, il faut commencer entre les 2 pays. Pour nous, entre la République de Guinée Equatoriale et la République du Cameroun, le commerce est trop important. Il y a moins de 3 mois, notre vice-président était au Cameroun pour présenter les bonnes dispositions des entreprises et de l’Etat de Guinée Equatoriale. Nous avons au Cameroun la banque nationale de Guinée équatoriale. Et chez nous, il y a l’entreprise camerounaise Tradex. Nous avons le marché commun de Yoyo-Yolanda pour le gaz entre la République Guinée Equatoriale et le Cameroun qu’il faut exploiter de manière conjointe. Il y a des opportunités importantes pour les 2 pays, pour l’Afrique centrale et pour le continent. C’est ça l’OMC, c’est-à-dire, les échanges commerciaux bilatéraux. C’est donc une opportunité pour le continent africain et l’Afrique Centrale de développer le commerce intra-africain.
Les échanges multilatéraux sont aussi importants. Donc la Conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun est une grande opportunité pour le continent africain, surtout pour l’Afrique Centrale, de développer les commerces entre les différents pays.
Avec quoi la Guinée Equatoriale arrive à cette Conférence ministérielle de l’OMC ?
Tout d’abord nous avons le pétrole, les systèmes pétroliers et surtout le gaz, pour échanger avec nos partenaires. Mais nous avons aussi au niveau des petites entreprises, il y a déjà le secteur industriel. Donc nos jeunes entrepreneurs ont déjà développé un grand niveau pour le marché national. Mais il faut trouver des marchés pour échanger.
[DIGITAL Business Africa] – En attente d’un consensus sur le moratoire de l’e-commerce, un accord stratégique est pris ce 28 mars 2026. Il est l’œuvre de 66 membres de l’Organisation mondiale du Commerce. Ces membres qui représentent environ 70 % du commerce mondial ont adopté une stratégie pour la mise en œuvre de l’accord de l’OMC sur le commerce électronique par le biais de dispositions transitoires.
Cet accord vise à établir des règles mondiales pour le numérique, incluant des dispositions transitoires cruciales. Notamment les délais d’adaptation pour les pays en développement, un moratoire sur les droits de douane de transmission électronique, et un cadre de facilitation (signatures, facturation), les règles sur le transfert de données et la protection de la vie privée et la protection du code source et la lutte contre les barrières au commerce numérique.
Si l’accord sur le commerce électronique est mis en œuvre par tous les membres de l’OMC, il devrait accroître le PIB mondial de 8 700 milliards de dollars américains d’ici à 2040, selon l’ OMC. les pays à revenu faible et intermédiaire quant à eux devraient en tirer le plus grand profit.
La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a rappelé le rôle crucial de l’E-commerce dans l’économie mondiale
« Le commerce numérique représente un formidable levier de croissance économique et de création d’emplois. En progressant dans la mise en œuvre de l’Accord sur le commerce électronique, les économies participantes contribuent à l’établissement d’un cadre réglementaire commun susceptible de réduire les coûts et de créer de nouvelles opportunités.
Elles démontrent également que le système commercial multilatéral peut s’adapter, et s’adapte déjà, aux nouveaux défis et à l’évolution de la conjoncture économique.
La poursuite de cette coopération est essentielle pour garantir que le commerce numérique demeure ouvert et prévisible, et que ses avantages soient partagés par toutes les économies, quel que soit leur niveau de développement ».
Comme le Japon, Singapour, les Philippines, le Canada, le Costa Rica, l’Union européenne entre autres, l’Australie salue et accord. Le ministre adjoint australien des Affaires étrangères et du Commerce, Matt Thistlethwaite, a déclaré :
« L’Australie est fière de jouer un rôle de premier plan, aux côtés de Singapour et du Japon, dans la mise en œuvre du premier ensemble de règles commerciales numériques à portée mondiale. Les dispositions que nous annonçons aujourd’hui apporteront des avantages concrets à nos entreprises et à nos consommateurs, et permettront aux pays en développement de profiter pleinement des retombées de l’économie numérique. »
De manière claire, cet accord n’inclut pas les États-Unis, l’ Inde et les pays hostiles à la levée du moratoire sur le commerce électronique. Il s’agit donc d’un accord hors OMC selon des sources de l’organisation. Une sorte de zone de libre échange entre les signataires.
[Digital Business Africa]– During the 14th Ministerial Conference of the World Trade Organization(MC14/WTO), Australia reaffirms its support for developing countries through sustainable fisheries funding
As highlighted by Matt Thistlethwaite, empowering developing and least-developed countries with the right tools and resources is key to effectively implementing global trade agreements.
A shared vision:
Protect marine resources
Support local economies
Strengthen international cooperation
Cameroon once again stands at the heart of global economic dialogue
[Digital Business Africa] – Lors de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se tient actuellement au Palais des Congrès de Yaoundé, les débats sur les règles du commerce numérique s’intensifient. Parmi les voix les plus critiques, celle de Sofía Scasserra, spécialiste de l’économie numérique, du travail et du développement, s’inquiète des conséquences à long terme des négociations en cours à l’OMC.
Dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique et l’influence croissante de l’intelligence artificielle, Mme Scasserra prévient que l’approche réglementaire de l’OMC pourrait restreindre considérablement la souveraineté nationale. « L’OMC… réduit la marge de manœuvre politique des pays et libéralise encore davantage. C’est un régime réglementaire où la libéralisation est la norme, ce qui est problématique car il ne laisse aucune marge de manœuvre politique,” a-t-elle déclaré.
Selon elle, les négociations en cours risquent de limiter la capacité des pays en particulier ceux du Sud à façonner leurs propres économies numériques. « Cette conférence cherche à libéraliser et à réduire la capacité des pays à réglementer leur propre économie numérique, » a-t-elle ajouté, pointant du doigt un déséquilibre structurel inhérent à la gouvernance du commerce mondial.
Au-delà des règles commerciales, Scasserra inscrit le débat dans le contexte plus large des mutations technologiques induites par l’intelligence artificielle. À mesure que les systèmes d’IA deviennent essentiels aux chaînes de production et aux infrastructures économiques, le manque de flexibilité réglementaire pourrait exposer les pays à de nouveaux risques systémiques. « Nous sommes déjà en train de déréglementer une économie numérique dont nous savons qu’elle est problématique et qu’elle doit être réglementée », a-t-elle souligné.
Alors que des juridictions comme l’Union européenne développent activement des cadres réglementaires pour l’IA et les plateformes numériques, Scasserra relève un paradoxe au niveau multilatéral. « Partout dans le monde, on réglemente, et voilà qu’on veut imposer une législation internationale qui empêchera les pays de réglementer », a-t-elle averti.
Une préoccupation majeure réside dans la dépendance croissante aux infrastructures technologiques étrangères. À mesure que les économies intègrent l’IA dans la logistique, les systèmes énergétiques et les processus industriels, le recours à des modèles externes souvent développés par de grandes entreprises américaines comme OpenAI pourrait accentuer cette dépendance numérique. « Vous fondez vos modèles sur des systèmes qui ne sont pas ancrés dans vos propres économies… ce qui crée un biais, mais aussi une dépendance technologique », a expliqué Scasserra.
Elle a ensuite souligné les risques systémiques associés à cette dépendance : « Si ces systèmes cessent de fonctionner… vos propres systèmes s’effondreront. Cela signifie que votre économie dépend d’acteurs extérieurs. » Pour les pays en développement, cela soulève non seulement des préoccupations économiques, mais aussi des questions de résilience et de souveraineté dans une économie mondiale de plus en plus pilotée par l’IA. La question de la répartition des richesses est tout aussi centrale dans sa critique. Dans le cadre actuel en particulier avec le moratoire sur les droits de douane pour les transmissions électroniques les avantages semblent se concentrer entre les mains d’une poignée de géants mondiaux de la technologie. « Ce système n’a fait qu’accroître la richesse de quelques grandes entreprises technologiques… sans la redistribuer », a-t-elle affirmé.
Pour Scasserra, la solution réside dans le rétablissement d’une plus grande flexibilité politique. « Il est temps de redistribuer les richesses, et nous pouvons le faire grâce aux taxes et aux droits de douane. Nous avons besoin d’une marge de manœuvre politique pour décider quels biens et secteurs numériques nous voulons protéger », a-t-elle conclu. Surtout, elle a précisé que cela n’impliquait pas l’imposition généralisée de droits de douane, mais plutôt la possibilité pour les pays de faire des choix stratégiques en accord avec leurs priorités de développement.
Alors que les discussions se poursuivent à Yaoundé, son intervention souligne une question cruciale pour les membres de l’OMC : comment concilier la volonté de libéraliser le commerce numérique mondial et la nécessité d’une autonomie réglementaire nationale à l’ère des mutations technologiques rapides ? Pour de nombreuses économies en développement, l’issue de la MC14 pourrait bien déterminer si elles pourront pleinement tirer parti du numérique, ou simplement s’y adapter.