Débats à Paris autour de la souveraineté numérique des Etats africains

(TIC Mag) – Politiques, banquiers, experts, entrepreneurs et utilisateurs des TIC étaient conviés les 3 et 4 novembre 2016 à l’espace Dauphine dans le 16ème arrondissement de Paris afin de participer aux 5e Assises de la transformation digitale en Afrique organisées par CIO Mag.

Parmi les thèmes au programme “Administration électronique : Enjeux et pratique de la gouvernance électronique en Afrique” ou encore “Quelles infrastructures pour une administration électronique efficace ?”. Thèmes ayant suscité davantage de débats.

Deux ministres africains étaient présents à cette rencontre. : Mme Sana née CONGO Aminata, ministre du Développement de l’Economie numérique et des Postes du Burkina Faso et M. Bruno Jean-Richard ITOUA, ministre de l’Enseignement supérieur du Congo. Le secteur bancaire était représenté pour la première fois cette année, notamment par M. Ibrahima DIOUF, directeur général d’Ecobank France et M. Bassary TOURE, vice-président de la Banque Ouest africaine de développement.

Si plusieurs experts ont déploré non seulement la difficulté de certains Etats à disposer d’infrastructures performantes, mais aussi le manque d’interconnexion des infrastructures entre pays africains, l’ensemble des intervenants présents sont tombés d’accord pour dire que la lutte contre la cybercriminalité nécessite la coopération des Etats ; que la digitalisation d’une société passe par le développement de ses infrastructures et qu’il est impossible d’espérer proposer des services de qualité sans infrastructures modernes et adaptées.

Autre consensus, le constat partagé d’un entrepreneuriat du numérique africain, trop souvent exclu des marchés nationaux et des appels d’offre internationaux, du fait d’un manque de confiance de la part des décideurs dans les compétences qu’il peut apporter. Le représentant du patronat de Côte d’Ivoire (photo. Crédit photo Philippe Mingotaud), tout en constatant un mieux, a admis lui aussi un réel déficit des entreprises du numérique en personnels qualifiés.

Faut-il mettre son destin numérique entre des mains incontrôlables ?

Les convergences jusque-là affichées ont cessé avec la question récurrente de la souveraineté numérique des nations africaines. L’Afrique doit-elle mettre son destin numérique entre les mains des géants du secteur, institutionnels, fournisseurs de logiciels, fabricants de matériels, en quête de nouveaux marchés ?

D’un côté, ceux expliquant qu’on ne peut pas corréler stockage des données hors des frontières avec renoncement à sa souveraineté nationale, arguant du fait que tout voyageur transporte avec lui et fournit des données qui sont stockées dans des bases de données externes à son pays d’origine. Pour eux, la question de la souveraineté numérique dans un monde totalement ouvert, à l’ère du “Cloud computing” est un faux problème. La priorité doit être donnée aux solutions aguerries, largement diffusées et partagées, ayant fait leurs preuves, plus faciles et plus rapides à mettre en place que toute autre option et répondant aux exigences de modernité et d’efficacité réclamées par les populations.

De l’autre côté, les tenants d’une offre alternative à base de logiciels libres, sans licence et sans droit d’usage, refusant de limiter la souveraineté numérique d’une nation à la seule confidentialité de ses données, mais soucieuse d’y inclure également la possession ou non d’une industrie logicielle et matérielle. En soulignant non seulement les économies importantes que peuvent réaliser les Etats en privilégiant les softs “open source” et rappelant la défiance de certaines administrations, comme aux Etats-Unis, vis à vis des solutions propriétaires, les partisans de la libre redistribution du code y voient une preuve indiscutable que la souveraineté des nations est bien une question à prendre en compte.

La souveraineté numérique est la détermination d’un Etat à développer sa propre économie du digital, à proposer ses propres usages et contenus, à s’inspirer des modèles sans chercher à les copier, à trouver sa propre voie en évitant de reproduire les erreurs qui ont été faites par ceux qui n’y ont pas su, lorsqu’ils le pouvaient, y réfléchir sérieusement. Si l’installation des réseaux ne semble pas laisser de grandes marges de manœuvre, la mise en place des serveurs, des Data Centers et le choix des logiciels pour le faire, offrent davantage de latitude avec des incidences bien différentes.

Par Philippe Mingotaud, Correspondant de TIC Mag en Europe

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