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Alex Blériot MOMHA : “Notre ambition avec le SAUNIA Lab, contribuer, avec les universités, à la conception de modèles d’IA adaptés à nos cultures”

[Digital Business Africa] – La 1ʳᵉ édition du SAUNIA (Salon Universitaire de l’Intelligence Numérique et Artificielle en Afrique) s’est déroulée du 27 au 30 octobre 2026 à l’IFCPA (Ekounou, Yaoundé). Le journaliste Alex Blériot MOMHA, promoteur du SAUNIA, dresse, pour  Digital Business Africa, le bilan de cette rencontre qui a réuni chercheurs, universitaires et innovateurs.

Digital Business Africa : Quel bilan général tirez-vous de cette première édition du SAUNIA ?

Alex Blériot MOMHA : Pour une première édition, organisée du 27 au 30 octobre 2026 dans un site qui n’était pas encore identifié comme un lieu habituel de rencontres scientifiques de cette envergure, le bilan est globalement très positif. Nous avons enregistré, dès l’ouverture, une participation institutionnelle significative : représentants de ministères, d’universités, d’autorités traditionnelles et religieuses, aux côtés d’un public composé de nombreux jeunes, étudiants, enseignants et chercheurs. La présence des femmes et des jeunes a été constante au fil des quatre journées.

Les relevés de fréquentation font état d’environ 80 à 100 participants par session. Sur les 50 intervenants sollicités, 31 ont effectivement contribué aux travaux, soit un taux de participation de 62 %. Malgré quelques désistements et deux ajustements techniques, les activités essentielles prévues au programme ont pu se tenir : quatre panels de haut niveau, quatre tables rondes et une master class.

La qualité des échanges constitue, à mes yeux, le résultat le plus encourageant. Nous avons notamment bénéficié de l’apport du Dr Alain Nkoyock, spécialiste de la gouvernance numérique, de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle, président de N2SH, entreprise technologique basée à Dubaï. Son intervention a contribué à maintenir la richesse et la continuité de plusieurs débats. Je tiens également à saluer l’engagement de l’ensemble des intervenants, partenaires et participants.

Au-delà de l’organisation du Salon, notre objectif était de faire émerger un espace universitaire africain durable, associant réflexion scientifique, coopération et réalisation de projets. Malgré des contraintes financières importantes, le SAUNIA a été lancé après deux années de préparation, et les premières équipes du SAUNIA Lab ont été constituées. Ce sont des acquis réels, même si leur consolidation exigera un travail soutenu entre les éditions.

Digital Business Africa : Quelles sont les principales recommandations issues des échanges ?

Alex Blériot MOMHA : Le message central que j’ai porté au SAUNIA 2026 est que l’Afrique doit dépasser une posture de simple consommatrice de technologies d’intelligence artificielle. Elle doit renforcer sa capacité à concevoir, développer, gouverner et utiliser ses propres solutions, sans renoncer à la coopération scientifique et technologique internationale. Son corollaire était que le succès de cette édition ne se mesure pas seulement au nombre de conférences données, mais davantage encore aux collaborations engagées, aux solutions démontrées et aux décisions que nous saurons faire avancer.

Dans cette perspective, une doctrine articulée autour de trois souverainetés complémentaires s’est dégagée : la souveraineté numérique qui renvoi à la maîtrise des données, des infrastructures, de l’hébergement et des règles qui encadrent leur utilisation. La souveraineté architecturale qui concerne notre capacité à définir, développer, déployer et maintenir les architectures et systèmes d’IA dont nos pays ont besoin. La souveraineté cognitive qui vise à intégrer nos langues, nos savoirs et nos référentiels culturels dans les modèles d’intelligence artificielle, afin que l’Afrique ne soit pas seulement présente dans les données, mais aussi dans la production des connaissances.

Ces trois dimensions doivent être accompagnées par le développement de compétences augmentées : former des femmes et des hommes capables de travailler avec l’IA, d’en comprendre les limites et de l’utiliser pour accroître leur productivité, leur capacité d’innovation et la qualité de leurs décisions. Il s’agit de préparer les enseignants, les étudiants, les chercheurs, les administrations et les entreprises à des transformations déjà engagées.

Au plan opérationnel, ces recommandations signifient : investir dans la formation et la recherche ; organiser l’accès à des données fiables, légalement exploitables et représentatives de nos réalités ; encourager la collaboration entre universités, entreprises technologiques et pouvoirs publics ; renforcer la cybersécurité, la protection des données et la gouvernance éthique ; et créer des mécanismes de financement permettant de transformer les travaux de laboratoire en applications utiles. C’est la raison d’être du SAUNIA Lab qui doit contribuer à cette mise en œuvre.

Notre ambition n’est pas de multiplier les déclarations de principe, mais de traduire ces orientations en programmes de recherche, en prototypes évaluables et, progressivement, en solutions opérationnelles adaptées aux besoins africains.

Digital Business Africa : Quels projets concrets et partenariats ont émergé du SAUNIA 2026 ?

Alex Blériot MOMHA : Le principal résultat concret est la mise en place du SAUNIA Lab, conçu comme un programme permanent de recherche collaborative interuniversitaire. Son fonctionnement repose sur des équipes mixtes associant enseignants-chercheurs, étudiants de master et de doctorat, centres de recherche, grandes écoles et partenaires technologiques autour de problématiques ancrées dans les priorités africaines.

Deux équipes se sont constituées à l’issue de cette première édition. La première travaille sur le thème « LLM africains : données, langues et éthique ». Elle mobilise des chercheurs et représentants de plusieurs structures, notamment l’Université de Yaoundé1-ENSY, le CERDOTOLA, le CICIBA, l’ANACLAC, l’ANACLACH, PROLEPSI International et le groupe N2SH-AIKORA. L’objectif est d’explorer les conditions scientifiques, linguistiques, juridiques et techniques nécessaires au développement de modèles adaptés aux réalités africaines. Soit dit en passant, l’écosystème N2SH-AIKOBA est le Conseil technique et technologique permanent du SAUNIA.

La deuxième équipe s’intéresse à l’agriculture intelligente. Les échanges initiaux associent notamment ICT University, l’ISRUN Génies informatique et électrique de Douala-Bonabéri, ainsi que N2SH-AIKORA. Une troisième équipe est en cours de structuration autour du thème « Médias, désinformation et intelligence artificielle générative », à la suite de la table ronde sur cette thématique, qui a suscité un vif intérêt.

Les responsabilités des partenaires seront précisées dans les termes de référence déjà soumis à examen et, le cas échéant, dans les protocoles d’accord à signer. Dans cette architecture, N2SH a vocation à intervenir comme partenaire technologique pour le développement, le support et la maintenance des solutions, tandis qu’AIKORA facilite l’articulation technique avec les partenaires africains. Il est important de distinguer ces orientations de travail des engagements formels qui restent à finaliser.

Nous avions envisagé, à terme, six équipes thématiques. Disposer déjà de deux équipes constituées et d’une troisième en préparation représente un premier résultat encourageant. Notre priorité est désormais de définir leurs feuilles de route, leurs livrables et leurs besoins en ressources.

Digital Business Africa : Quelles dispositions sont prévues pour assurer le suivi et préparer les prochaines éditions ?

Alex Blériot MOMHA : Le suivi des recommandations et des projets repose sur une gouvernance organisée autour de trois organes complémentaires. Le Comité de pilotage (COPIL), que je préside, assure la coordination administrative et institutionnelle du SAUNIA entre les éditions. Il veille à la mise en œuvre des décisions, facilite les échanges entre partenaires et accompagne la formalisation des engagements, notamment les termes de référence et les protocoles d’accord.

Le Comité scientifique (COSCI) est responsable de la qualité et de la pertinence du contenu scientifique. Il contribue à la définition des thématiques, à la formulation de recommandations susceptibles d’éclairer les politiques publiques et à leur présentation auprès des institutions concernées.

Le Conseil international (International Advisory Board), présidé par le Dr Alain Nkoyock, assure l’orientation stratégique internationale du SAUNIA. Il a également pour mission spécifique de coordonner les projets du SAUNIA Lab, d’animer les équipes mixtes de recherche et de favoriser l’émergence de solutions d’IA adaptées à nos contextes et à nos priorités.

Pour donner une portée concrète à cette gouvernance, nous souhaitons instituer un suivi régulier des projets : validation des termes de référence, désignation des responsables, élaboration du calendrier de travail, identification des ressources, détermination des livrables et évaluations périodiques. L’enjeu est que le SAUNIA ne soit pas seulement un rendez-vous annuel, mais un programme de travail continu dont chaque édition permette de mesurer les progrès.

Digital Business Africa : Qu’est-ce qui distingue le SAUNIA des autres forums consacrés à l’intelligence artificielle ?

Alex Blériot MOMHA : La singularité du SAUNIA réside dans le lien que nous voulons établir entre débat scientifique, recherche collaborative et développement de solutions. Le Salon constitue un espace de dialogue et de mobilisation. Le SAUNIA Lab en est le prolongement opérationnel, tout au long de l’année.

Notre ambition est de contribuer, avec les universités, les chercheurs et les entreprises technologiques africaines, à la conception de modèles d’intelligence artificielle prenant véritablement en compte nos langues, nos cultures, nos besoins économiques et nos enjeux sociaux. Nous ne cherchons pas simplement à reproduire les grandes plateformes internationales. Nous voulons identifier les domaines dans lesquels une expertise et des données africaines peuvent produire des solutions originales, pertinentes et évaluables.

C’est cette articulation entre excellence scientifique, coopération interuniversitaire, partenariats interinstitutionnels et résultats concrets, qui est la marque que SAUNIA veut développer pour en faire son identité. Le travail a déjà commencé. La réussite du prochain Salon en 2027 se jugera aussi à l’aune des avancées obtenues par les équipes de travail mise sur pieds à cette édition pionnière de 2026.

Propos recueillis par Beaugas ORAIN DJOYUM

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Par ailleurs, ne manquez pas la première édition du Salon de l’e-Gouvernance et de l’innovation digitale en Afrique (E-Gov’A), qui se tiendra du 14 au 16 octobre 2026 à Yaoundé, sous le haut patronage du Ministère camerounais des Postes et Télécommunications.

Organisé par l’association Smart Click Africa et Digital Business Africa, cet événement réunira décideurs publics, organismes de développement, institutions publiques, entreprises, experts et acteurs privés de l’Afrique autour du thème : « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless ».

Plus d’infos sur www.e-gov.africa et via mail [email protected].

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