[DIGITAL Business Africa] – À peine élue à la présidence de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), Nathalie Roy affiche déjà ses ambitions sur le terrain numérique. La présidente de l’Assemblée nationale du Québec entend notamment mobiliser les parlementaires francophones autour de la découvrabilité des contenus en français et de l’encadrement législatif des grandes plateformes numériques.
Au cours de la conférence de presse organisée après son élection, la nouvelle présidente de l’APF a été interrogée sur les mesures qu’elle comptait promouvoir pour accompagner les parlements francophones confrontés aux difficultés de connexion et d’accès aux outils numériques.
Avec franchise, Nathalie Roy a reconnu que ces difficultés ne sont pas propres aux pays africains. « Au Québec aussi, on a parfois du mal à être connecté au numérique. Ça arrive aussi », a-t-elle déclaré.
Pour Nathalie Roy, l’un des chantiers prioritaires consistera à favoriser la création d’un corpus de contenus francophones suffisamment structuré pour être identifié, indexé et proposé aux internautes par les moteurs de recherche, les plateformes numériques et, désormais, les outils d’intelligence artificielle. « Il y a cette demande de créer un corpus pour la découvrabilité, afin de nous assurer que l’on puisse trouver nos contenus sur nos plateformes et sur le Web », a expliqué la nouvelle présidente de l’APF.
Dans un environnement dominé par les algorithmes de recommandation et les grandes plateformes internationales, la simple publication d’un contenu ne garantit donc plus sa visibilité.
« C’est devenu une nécessité. Plusieurs pays à travers le monde commencent déjà à vouloir s’assurer d’avoir une présence, notamment sur les plateformes numériques », a souligné Nathalie Roy.
Cette orientation figure parmi les trois priorités annoncées pour sa présidence, aux côtés du développement de l’espace économique francophone et du renforcement de la Francophonie parlementaire.
Au-delà de la production et de l’indexation des contenus francophones, Nathalie Roy souhaite que les parlements membres de l’APF travaillent sur des réponses législatives susceptibles d’imposer davantage de responsabilités aux grandes entreprises technologiques. « Nous voulons surtout tenter d’avoir des lois pour forcer ces géants du Web à nous respecter et faire en sorte que l’on puisse trouver nos contenus », a-t-elle affirmé.
La nouvelle présidente de l’APF a rappelé que plusieurs gouvernements, notamment ceux du Québec, du Canada et de la France, ont déjà engagé des réflexions ou adopté des initiatives dans ce domaine. Nathalie Roy a toutefois tenu à distinguer clairement deux problématiques : d’une part, la réglementation des plateformes et la visibilité des contenus francophones ; d’autre part, le déploiement des infrastructures de télécommunications permettant aux populations et aux institutions d’accéder à Internet.
Sur ce second volet, elle reconnaît que les capacités d’intervention de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie demeurent limitées. « Votre question est aussi de savoir ce que nous allons faire pour que l’on puisse avoir Internet chez nous. Cela, je le laisse à vos gouvernements respectifs », a-t-elle répondu.
Elle a pris l’exemple de son propre territoire, dont l’immensité complique également le déploiement universel des réseaux numériques. « Le Québec est une nation immense en superficie. Nous sommes en train d’essayer de brancher tout le monde et nous devons parfois payer pour avoir des satellites afin que les populations puissent être connectées », a-t-elle expliqué.
La nouvelle présidente fixe ainsi une frontière précise entre le rôle des gouvernements et celui de l’APF. L’organisation interparlementaire n’a pas vocation à installer des câbles, des antennes ou des satellites.
Elle peut, en revanche, faciliter le partage d’expériences, encourager l’élaboration de législations adaptées et favoriser une réponse commune des parlements francophones face au pouvoir des plateformes numériques.
Cette orientation pourrait notamment conduire les parlementaires à travailler sur la responsabilité des plateformes, la protection et la valorisation des contenus locaux, la diversité linguistique en ligne, la constitution de corpus francophones pour l’intelligence artificielle et la rémunération des créateurs.
Le cap de sa présidence apparaît ainsi clairement : l’APF ne pourra probablement pas connecter elle-même les territoires francophones à Internet, mais elle veut contribuer à construire les règles qui permettront aux contenus en français d’être trouvés, valorisés et respectés par les géants du numérique.
Par Digital Business Africa









