[Digital Business Africa] – Le gouvernement tchadien intensifie sa stratégie de transformation numérique en faisant de la modernisation du cadre réglementaire une priorité nationale. Face à l’évolution rapide des technologies et à la multiplication des usages digitaux, les autorités entendent renforcer l’encadrement juridique du secteur afin de prévenir les dérives, sécuriser les usages et consolider la souveraineté numérique du pays.
C’est dans cette dynamique qu’un comité de 34 membres a été officiellement installé à N’Djamena, le lundi 27 avril, par le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation de l’administration, Haliki Choua Mahamat. Cette instance a pour mission d’actualiser l’ensemble des textes encadrant le numérique, devenus insuffisamment adaptés aux profondes mutations technologiques observées ces dernières années.
Lors de la cérémonie d’installation, le ministre a souligné que les textes actuellement en vigueur sont devenus obsolètes face à la vitesse de transformation du secteur numérique. Selon lui, les réglementations existantes ne permettent plus de répondre efficacement aux défis liés à la cybersécurité, à la protection des données personnelles, à la gouvernance de l’Internet ou encore à l’encadrement de l’intelligence artificielle. Le comité dispose ainsi d’un délai de 45 jours pour proposer des textes modernisés, concrets et directement applicables.
La mission consistera notamment à harmoniser les dispositions existantes en s’appuyant sur les travaux déjà menés par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). L’objectif est de doter le Tchad d’un cadre juridique plus cohérent, plus robuste et davantage aligné sur les exigences actuelles de l’économie numérique mondiale.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis plusieurs mois. Quelques temps auparavant, Boukar Michel, ancien ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation de l’administration publique, avait annoncé l’élaboration d’un Code du numérique pour le Tchad. Ce futur texte doit intégrer les normes internationales en matière de cybersécurité, de protection des données, de gouvernance de l’Internet et de régulation des plateformes numériques, afin de positionner le pays sur les standards mondiaux.
En octobre 2025, l’Assemblée nationale tchadienne avait déjà franchi une étape importante en ratifiant une ordonnance modifiant la loi de 2014 sur la régulation des communications électroniques et des activités postales. Cette réforme visait à moderniser le cadre juridique du secteur, à favoriser une meilleure concurrence entre les opérateurs, à améliorer la couverture des réseaux sur l’ensemble du territoire et à renforcer la souveraineté numérique nationale.
Ces efforts interviennent dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique et l’émergence de nouvelles technologies aux impacts multiples. L’intelligence artificielle, par exemple, s’impose progressivement dans les usages administratifs, économiques et sociaux, mais elle soulève également des défis majeurs. En l’absence de règles claires, elle peut favoriser la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, la production de contenus trompeurs comme les deepfakes, ou encore faciliter des arnaques numériques de plus en plus sophistiquées.
D’autres innovations comme le cloud computing, la blockchain ou encore l’essor des plateformes numériques renforcent également les enjeux de cybersécurité et de protection des données personnelles. Le vide juridique actuel peut ainsi exposer davantage les citoyens, les entreprises et les institutions aux cyberattaques, à la fraude numérique et à l’exploitation abusive des données sensibles.
Pour le Tchad, l’enjeu dépasse donc la simple réforme administrative. Il s’agit de bâtir un véritable socle de confiance numérique capable d’accompagner durablement la transformation de l’État, l’inclusion digitale des populations et la compétitivité économique du pays. Dans un contexte africain où la souveraineté numérique devient un enjeu stratégique majeur, N’Djamena veut clairement éviter que l’innovation technologique ne se transforme en facteur de vulnérabilité institutionnelle. La refonte du cadre juridique apparaît ainsi comme une étape indispensable pour faire du numérique un véritable levier de développement durable.
Par Loïc SOUOP








