[Digital Business Africa] – Au cœur des échanges du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, la question de l’autonomie technologique a dominé les débats. Entre guerre informationnelle et nécessité d’une cyberdéfense mutualisée, le commissaire divisionnaire Papa Guèye a tracé les contours d’une stratégie continentale pour ne plus « subir » les révolutions technologiques.
Le numérique et l’intelligence artificielle (IA) ne sont plus de simples vecteurs de croissance économique, mais de véritables instruments de puissance qui redéfinissent les équilibres stratégiques mondiaux. Ce constat, posé avec fermeté par le commissaire de police divisionnaire Papa Guèye, directeur de l’École nationale de la cybersécurité, souligne une mutation profonde : l’IA a transformé les dynamiques de défense en comprimant le « temps stratégique ». Dans ce nouvel environnement, la vitesse d’exécution est devenue le facteur déterminant de la supériorité opérationnelle : « Celui qui agit le plus vite, frappe le plus juste et prend l’avantage », a-t-il affirmé, rappelant que la souveraineté numérique est désormais une réalité opérationnelle incontournable pour les États.
Pour le directeur de cet établissement à vocation sous-régionale, ces mutations technologiques accélèrent les logiques de confrontation et déplacent les champs d’affrontement traditionnels. La survie stratégique repose désormais sur une capacité d’anticipation accrue, laquelle doit s’appuyer sur la détection des « signaux faibles » et une compréhension fine des transformations de l’environnement sécuritaire, dépassant ainsi la simple gestion de crise réactive. Un enjeu majeur émerge dans cette course à la puissance : la domination informationnelle. Le contrôle et l’exploitation de l’information constituent aujourd’hui un champ de bataille à part entière, capable de stabiliser un État ou, au contraire, de le fragiliser de manière irréversible à travers la perception et l’influence.
Face à cette « guerre informationnelle », Papa Guèye préconise une transformation radicale des secteurs de la sécurité et de la défense. L’intégration de l’IA dans le renseignement et les dispositifs stratégiques n’est plus une option, car « ne pas anticiper, c’est déjà subir ». Pour structurer cette riposte, il plaide pour l’élaboration d’une véritable « doctrine africaine » reposant sur cinq piliers fondamentaux : la souveraineté algorithmique, la résilience, l’anticipation, la domination informationnelle et la mutualisation des ressources. Seule une approche collective permettra au continent de relever les défis posés par ces technologies de rupture.
Cette stratégie doit se traduire par des mesures concrètes : sécurisation des infrastructures critiques, développement des compétences locales et mise en place d’une cyberdéfense à l’échelle du continent. Le commissaire a insisté sur l’urgence de créer des structures dédiées à l’IA stratégique, avec une priorité accordée au renseignement dans des secteurs vitaux tels que l’énergie, les télécommunications et les processus électoraux.
En écho à cette analyse, Nabeelah Wada Aliyu, experte en stratégie Cloud chez Galaxy Backbone Limited (Nigéria), a pointé du doigt la dépendance persistante de l’Afrique. En important massivement des technologies et des cadres réglementaires exogènes, le continent limite son autonomie stratégique et fragilise sa capacité d’action. Selon elle, l’Afrique doit impérativement cesser d’être un simple marché d’importation pour devenir l’architecte de son futur numérique. Cela exige des investissements massifs dans les systèmes de données locaux et les infrastructures de stockage, tout en intégrant les impératifs de sécurité dès la conception des outils numériques.
Par Loic SOUOP








![Burundi : La Stratégie nationale de l’Intelligence artificielle validée [axes et objectifs]](https://www.digitalbusiness.africa/wp-content/uploads/2026/04/20260422_124842-696x409.jpg)
