[DIGITAL Business Africa] – La science peut-elle devenir le véritable moteur de la renaissance africaine au XXIe siècle ? C’est autour de cette interrogation stratégique que la ville de Yaoundé a accueilli une importante conférence internationale consacrée au rôle des mathématiques dans la transformation du continent africain. Organisée par The Pondi Foundation, cette rencontre a réuni universitaires, chercheurs, décideurs publics et acteurs du secteur privé autour d’une conviction commune : l’Afrique ne pourra durablement se développer sans une appropriation profonde des sciences et des technologies.
Placée sous le thème des mathématiques comme levier de développement, la conférence a mis en lumière la nécessité pour les États africains de repenser leurs modèles de croissance en s’appuyant davantage sur la recherche scientifique, l’innovation et la production locale des savoirs.
Parmi les figures majeures de cette rencontre figurait Abdon Atangana, considéré comme l’un des mathématiciens africains les plus influents au monde dans le domaine des mathématiques appliquées. Reconnu à l’échelle internationale pour ses travaux sur la modélisation des phénomènes complexes, le chercheur camerounais a rappelé que les mathématiques ne constituent pas uniquement une discipline académique, mais un outil stratégique de transformation économique, industrielle et technologique.
Selon lui, le Cameroun et plus largement l’Afrique doivent désormais adopter une nouvelle « équation du développement » fondée sur la science. « Aucune société ne peut résoudre les inconnues de son avenir sans intégrer dans son système les variables essentielles que sont les mathématiques, la physique, la chimie et la recherche scientifique », a-t-il déclaré devant un auditoire fortement mobilisé.
Le scientifique a également insisté sur la nécessité de valoriser davantage les chercheurs et académiciens africains afin de créer des modèles inspirants pour la jeunesse. À ses yeux, le patriotisme moderne doit être nourri par les avancées scientifiques nationales. « Les jeunes développeront davantage de fierté nationale lorsqu’ils verront que des formules mathématiques, des théories physiques ou des innovations majeures ont été conçues par des Camerounais », a soutenu le mathématicien.
Initialement annoncé parmi les intervenants, Faustin-Archange Touadéra n’a finalement pas pris part aux échanges. Sa participation revêtait toutefois une forte portée symbolique. Mathématicien de formation et titulaire de deux doctorats, le président centrafricain incarne pour plusieurs participants une convergence rare entre expertise scientifique et exercice du pouvoir politique.
Pour Jean Emmanuel Pondi, président de The Pondi Foundation, cette conférence répondait à une réflexion fondamentale : comment permettre à l’Afrique d’assurer elle-même sa propre transformation ?
Le chercheur estime que le développement du continent ne peut plus être analysé uniquement à travers des indicateurs économiques classiques comme le Produit intérieur brut (PIB) ou le Produit national brut (PNB). Selon lui, les mathématiques constituent le socle de toutes les sciences et représentent un instrument stratégique de souveraineté.
« La maîtrise des mathématiques appliquées permettrait aux peuples africains de concevoir eux-mêmes les mécanismes de leur développement, conformément à leurs intérêts stratégiques et non selon des modèles extérieurs qui leur seraient imposés », a-t-il expliqué.
Le Pr Jean Emmanuel Pondi s’est par ailleurs félicité de la qualité des experts mobilisés ainsi que de l’intérêt suscité par cette rencontre scientifique. Selon lui, les réflexions développées durant cette seule après-midi de travaux sont susceptibles de transformer durablement la perception des enjeux liés au développement africain, en replaçant la science au cœur des politiques publiques et des stratégies de souveraineté.
Les différents panels ont permis d’explorer les multiples applications des mathématiques dans les domaines de l’innovation technologique, de la gouvernance, de l’industrie, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité ou encore de la transformation économique. Les participants ont également insisté sur l’urgence de renforcer la formation scientifique des jeunes Africains afin de préparer les compétences nécessaires aux économies numériques émergentes.
Au-delà des débats académiques, la conférence a surtout mis en évidence la nécessité de bâtir des passerelles plus solides entre universités, centres de recherche, gouvernements et entreprises privées. L’ambition affichée est de créer un véritable écosystème africain de l’innovation scientifique capable d’accompagner les mutations technologiques mondiales.
Dans un contexte marqué par l’accélération de l’intelligence artificielle, de la souveraineté numérique et des transformations industrielles, plusieurs intervenants ont estimé que l’Afrique ne pourra jouer un rôle stratégique sur la scène mondiale sans un investissement massif dans les disciplines scientifiques fondamentales.
À Yaoundé, le message porté par les chercheurs et experts réunis par The Pondi Foundation apparaît ainsi clair : la renaissance africaine passera aussi par les mathématiques.
Par Digital Business Africa








