L’expert en communication stratégique et spécialiste en entraînement des IA génératives insiste sur la collaboration entre l’Etat et le secteur privé pour développer un environnement numérique fort et crédible.
Digital Business Africa (DBA) : Pour quel usage les administrations peuvent-elles recourir à l’IA en communication ?
Lambert Fotso Tchamekwen : Je vais commencer par signaler que malheureusement de l’IA, on ne connaît qu’une faible partie, qui est la branche des IA dites génératives, que ce soit pour générer des textes, des photos ou des vidéos. Ce n’est pas le seul usage qu’on peut avoir de l’IA, même dans une administration. Il y a à côté ce qu’on appelle l’IA agent. C’est-à-dire qu’ un programmeur programme un agent IA, lui prescrit des tâches qu’il va exécuter, supervise et lui demande des comptes rendus. Ça c’est un agent purement programmé, c’est comme un robot, mais un robot invisible. Ça, l’IA peut le faire. L’IA peut aussi permettre de gérer de grandes quantités de données. Parce que lorsque vous avez collecté 1 milliard de données, il n’y a pas meilleur outil que l’IA pour en faire l’exploitation, la synthèse, ou en tirer le meilleur. Vraiment là, les administrations ont un outil formidable de travail.
DBA : Où placer la limite donc entre l’usage légitime de l’IA et la manipulation de l’opinion par l’État lui-même ?
Lambert Fotso Tchamekwen : Votre question est un peu problématique parce que c’est l’État qui fixe les limites. En fait, tout va se jouer au niveau de la législation. Parce que jusqu’à présent, le Cameroun n’a pas encore la batterie de textes qu’il faut pour encadrer l’usage de l’IA. Et je pense que l’État ne va pas le faire tout seul, il va le faire avec les milieux de recherche puisque ce sont les scientifiques qui vont souvent indiquer quelles sont les tendances vers où on va, quels sont les risques, quels sont les dangers. Et l’État va également travailler avec la société civile, c’est-à-dire la communauté des utilisateurs qui au quotidien sont confrontés à ce qu’on peut appeler les dangers entre guillemets de l’intelligence artificielle.
DBA : Parlant du cadre juridique proprement dit, à votre avis, quelle responsabilité pour les plateformes comme Facebook, TikTok ou WhatsApp où circule la plupart des deepfakes ?
Lambert Fotso Tchamekwen : Il faut déjà relever que ces plateformes n’ont pas été conçues en tenant compte des spécificités camerounaises ou africaines. Elles ont été conçues pour des environnements occidentaux et du coup la question de la responsabilité se pose plus de ce côté-là. Nous, nous subissons. Jusqu’à présent, les pays africains n’ont pas encore trouvé un mécanisme pour responsabiliser ces opérateurs par rapport à ce qui pourrait être créé comme dégâts dans nos environnements fragiles. Bon, il y a un cas pratique, celui de la Birmanie devenu Myanmar où il y a eu des affrontements interethniques qui ont été déclenchés sur Facebook. Je crois qu’au Pakistan, il y a eu également une histoire pareille entre la minorité hindou et la communauté musulmane où Facebook et WhatsApp ont eu un effet déclencheur et un effet amplificateur. Malheureusement, dans ces pays-là, comme dans les nôtres, on n’a pas encore le mécanisme pour mettre les grandes firmes internationales qui opèrent dans le secteur, face à leur responsabilité. Bon, l’idée quand même, au moment où on va y plancher, serait de les faire payer.
Propos recueillis par Ghislaine Deudjui










