Dorothée Danedjo : “J’ai eu l’honneur de travailler à Mozilla Corporation”

TIC Mag présente cette semaine les cinq femmes camerounaises sélectionnées pour participer au programme TechWomen qui s’est déroulé aux Etats-Unis pendant quelques semaines. Mordue par le virus des TIC depuis 2011, Dorothée Danedjo fait partie de ces cinq Camerounaises ayant participé au programme TechWomen du 29 septembre 2014 au 5 novembre 2014. Elle se présente aux lecteurs de TIC Mag et partage avec nous son expérience et ses passions.

Qui est Dorothée Danedjo ?

Dorothée Danedjo Fouba est une journaliste multimédia, ingénieure éducateur aux médias et bloggeuse sur les TIC. Journaliste de formation, Dorothée travaille au ministère de la Communication au Cameroun (Inspection générale) et est consultante en communication digitale  pour le Centre pour le développement des bonnes pratiques en  santé. Elle gère depuis 2011 www.dorotheedanedjo.com, un blog spécialisé  sur les questions informatiques et l’utilisation de la technologie pour la communication et les médias sociaux. Elle s’efforce de rendre ces outils plus accessibles aux professionnels, tout en partageant les meilleures techniques et outils multimédia pour les journalistes du monde numérique.

En outre, Dorothée participe à l’organisation du BarCamp Cameroon, une organisation de la société civile web et TIC qui réunit des personnes intéressées par les questions web et informatiques. Elle forme régulièrement les femmes ingénieurs et les jeunes camerounais avec le concours d’Ingenieris Cameroun et enseigne la communication numérique à l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC-UY2). Dorothée a remporté quatre prix internationaux pour son travail dans les TIC: Best African ICT Blog 2012&2013 (Meilleur Blog sur les TIC en Afrique 2012), African FOSS Reporter Award 2012 and Finalist 2010 (Prix du meilleur Reportage Africain sur les logiciels libres et Open Source ). Après le programme  TechWomen, elle est déjà en lice comme finaliste de l’African Story Challenge 2014, Business and Technology Cycle (Concours histoires d’Afrique, catégorie Business et technologie).

Dorothée est titulaire d’un Master II Professionnel en Ingénierie d’éducation aux medias, d’une maitrise professionnelle en communication et d’un DSTIC (Licence en journalisme).

Vous étiez il y a quelques semaines aux Etats-Unis dans le cadre du programme TechWomen. Comment y êtes-vous arrivée ?

Par voie de concours en ligne. En fait, sur environ 1800 candidatures, j’ai été retenue dans la liste finale de 78 Techwomen Emerging Leaders pour l’année 2014, des femmes issues de 16 pays du monde. En réalité, l’US Department of State en partenariat avec International Institute for Education organise chaque année une compétition de femmes qui s’illustrent dans le domaine des Sciences, des Technologies, de l’Ingénierie et des Mathématiques.

Il fallait démontrer que l’on a une certaine assise nationale voire internationale non seulement dans les TIC appliquées à nos domaines professionnels respectifs, mais également, prouver que nous participons au quotidien à des activités de leadership, d’entreprenariat, de formation et d’encouragement des initiatives des femmes dans le monde. Dans mon cas particulier, mon activisme au sein des communautés web et IT du pays ont été d’un grand atout.

A cela, il faut ajouter mon investissement dans les formations aux outils et logiciels libres et open source à travers mon blog et des événements ponctuels et particulièrement ma pratique du journalisme multimédia et mes nombreux awards.

Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Le programme Techwomen est un programme de mentorat, de formation et d’appui aux initiatives des femmes en technologie. Concrètement après les étapes de finales et demi-finale, les Techwomen Emerging Leaders retenues sont placées dans des compagnies de la Californie précisément à la Silicon Valley et à la San Francisco Bay area pour travailler sous l’encadrement d’autres Techwomen, cette fois-là, des Techwomen Professionnal Mentors et des Techwomen Cultural Mentor.

Dans mon cas précis, j’ai eu l’honneur de travailler à Mozilla Corporation, le géant du web libre et open source dans des équipes de management des Communautés Mozilla du Monde entier. Mon travail était également focalisé sur le nouveau produit de Mozilla, la plateforme The Open standard destiné aux journalistes, blogueurs et communicants à travers le monde. J’ai également eu à me familiariser avec de nouveaux outils web, mais aussi à me perfectionner en webmarketing. Au-delà des produits très connus de Mozilla que sont le navigateur Mozilla Firefox et l’outil de gestion de courrier électronique qu’est Mozilla Thunderbird, l’on se rend compte qu’il existe une multitude de produits Mozilla tout aussi intéressants les uns que les autres.

Il était aussi question pour moi de me former davantage en leadership, entreprenariat et innovation au travers de conférences diverses organisées par les entreprises de la Silicon Valley et de la San Francisco Bay area et des officiels de Techwomen program. Pendant tout ce temps, j’ai eu la grâce de connaitre deux femmes dynamiques et merveilleuses: Larissa Shapiro, ma Professional Mentor et Elizabeth Noonan, ma Cultural Mentor qui, il faut le souligner, travaillent toutes les deux à Mozilla Corporation, contrairement aux deux mentors des autres techwomen qui étaient d’entreprises différentes. 

Quelles sont les visites, activités ou rencontres qui vous ont le plus marqué aux Etats-Unis dans ce cadre ?

Pendant mon séjour aux Etats-Unis dans le cadre de ce programme, j’ai pu assister à des conférences et des événements à Twitter, Google, Facebook, LinkedIn, Symantec, Junipers Network, Citrix, Meera Kaul Foundation, Mozilla Corporation…J’ai été surtout marquée par l’honneur qui m’a été fait par l’US Department of State d’envoyer à chacune de mes sorties professionnelles soit pour des présentations soit pour des interviews, une équipe de professionnel de media pour rendre compte de mes activités à la Silicon Valley et à la San Francisco Bay Area.

J’ai été aussi agréablement surprise de recevoir dans une liste restreinte de Techwomen des invitations gratuites pour des évènements très couteux et très courus comme TwitterFlight…Il faut le reconnaitre tout le monde n’avait pas le même privilège. Mais, il faut aussi préciser que tout n’était pas que boulot, il y avait aussi de la distraction et des attractions au rendez-vous… J’ai été dans des théâtres et musées, j’ai participé à des soirées dansantes et relaxantes, effectué des excursions et pique-nique et surtout j’ai effectué le déplacement de Los Angeles pour visiter Hollywood et ses places célèbres et New York pour voir la Statue de la Liberté de plus près.

Dorothée Danedjo : "Sincèrement, comment ne pas fonctionner avec les TIC à l'heure actuelle? "
Dorothée Danedjo : “Sincèrement, comment ne pas fonctionner avec les TIC à l’heure actuelle? “

Forte de cette expérience, pourquoi les Africains devraient-ils davantage s’intéresser aux TIC et aux technologies ?

Sincèrement, comment ne pas fonctionner avec les TIC ou les technologies à l’heure actuelle? Impossible. Je vais prendre un exemple simple et dans un domaine que nous Africains comprenons le mieux: la préservation et la promotion de l’héritage culturel et la religion. De plus en plus les Africains se déplacent loin de leur contrée d’origine, vivent dans des cultures différentes des leurs, font des mariages mixtes, mais ont le devoir de préserver et promouvoir leurs culture et langue.

Si nous ne nous lançons pas dans la création des logiciels, des applications ou des sites web d’apprentissage et de vulgarisation de nos langues et traditions, nous sommes voués à la perdition. En réalité, tous les autres peuples se sont inspirés des traditions et cultures ancestrales pour se développer et la technologie leur est utile à ces usages. Au-delà de l’aspect culturel, même le vendeur de manioc au Cameroun peut réussir à réaliser un meilleur chiffre d’affaires en utilisant les TIC et les nouvelles technologies pour se faire non seulement un bon réseau de distribution du manioc, mais également en mettant en place une bonne stratégie de webmarketing autour. Cessons de nous leurrer, que chacun essaie de réfléchir par rapport à son domaine d’activités d’excellence et voit comment utiliser les technologies pour mieux développer le continent.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes et aux femmes qui exercent dans le domaine de la technologie ou qui souhaiteraient s’y lancer ?

Première chose: Curiosité. Deuxième chose: Observation et apprentissage. Troisième chose: Innovation et créativité. Quatrième chose: Travail et Marketing. Cinquième chose: Humilité, écoute et ajustement. Si l’on suit ce procédé, l’on est sûr de réussir dans tous les domaines d’activités professionnels. Ma touche personnelle serait de les envoyer tous les jours sur les moteurs de recherche, dans le but de trouver les tutoriels qui conviennent au sujet auquel elles s’intéressent. Sans travail, il n’y a pas de succès possible.

Propos recueillis par B-O.D.


Ce qu’elle disait quelques semaines avant sur le blog de TechWomen

Pourquoi avez-vous postulé pour TechWomen?

J’ai postulé pour ce programme afin d’avoir une expérience internationale autre que dans les continents africains et européens. Je pense qu’il pourrait être intéressant de partager les expériences individuelles avec chacune des TechWomen sélectionnées. Se confronter et travailler avec les autres femmes du domaine des Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques va m’aider à être plus compétitive et plus outillée que je le suis maintenant. À la fin de ce programme, j’espère devenir un bon leader/manager, et pouvoir mieux encourager les jeunes filles et femmes dans ces domaines dans mon pays.

Qu’avez-vous hâte de vivre aux États-Unis?

Plus précisément, j’ai besoin d’apprendre comment les communications numériques et innovantes se produisent et se construisent dans les entreprises américaines. La gestion des médias sociaux, le webjournalisme, le journalisme de données (datajournalisme) et l’informatique pour l’éducation sont des domaines fascinants ou je souhaite augmenter ma connaissance. Je pense que l’apprentissage par la pratique dans certaines structures américaines peut m’aider à être plus professionnelle que je le suis en réalité.

Tout au long de votre carrière, qu’est-ce qui vous a le plus inspiré?

Jésus-Christ est la source d’inspiration dans ma vie, dans toutes les choses que je fais ou entreprends. Cependant, dans ma carrière, les personnes qui m’ont le plus inspirées que je connaisse sont les membres de ma famille (père, mère et frères). Ils sont très déterminés quand ils ont un projet. Ce sont des gens que vous voulez avoir avec vous dans les bons et mauvais moments. J’ai une reconnaissance spéciale pour mon jeune frère Gaétan Izane Fouba, qui m’a aidé à me spécialiser dans les technologies nouvelles.

Prochaine TechWoman : Christelle Tayou

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