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Dr Hervé Tiwa : « Le citoyen aujourd’hui ne demande plus à l’État, il demande à la machine »

[Digital Business Africa] – Au salon EGOVA 2026, le directeur exécutif de Med. IA a alerté sur la transformation de l’accès à l’information à l’ère des assistants conversationnels et des deepfakes . Son plaidoyer : mieux maîtriser les données africaines pour développer des outils fiables, contextualisés et adaptés aux réalités du continent.
« Le citoyen aujourd’hui ne demande plus à l’État. Le citoyen demande à la machine. »
La formule du Dr Hervé Tiwa résume une mutation profonde de la relation entre les citoyens et les powers publics . Au cours du panel consacré à la réinvention de cette relation à l’ère des deepfakes et de l’information instantanée , organisé dans le cadre d’EGOVA 2026, le directeur exécutif de Med. IA a souligné l’urgence pour les administrations de repenser leur communication et leur présence dans l’environnement numérique.
Désormais, pour obtenir une réponse, comprendre une procédure ou rechercher une information, de nombreux utilisateurs se tournent vers les moteurs de recherche et les assistants d’intelligence artificielle . Une évolution qui place les systèmes numériques au cœur de la relation entre l’État et les citoyens.
Pour le Dr Hervé Tiwa, cette transformation s’inscrit dans un quotidien désormais dominé par le téléphone portable et les plateformes numériques. « Le premier outil que nous touchons au lever désormais, c’est le téléphone », observe-t-il.
L’intelligence artificielle s’intègre progressivement à ces usages, parfois sans que les utilisateurs en aient pleinement conscience. Les assistants conversationnels deviennent ainsi des intermédiaires capables d’influencer la manière dont les citoyens comprennent les politiques publiques, accèdent aux informations officielles et s’orientent dans leurs démarches.
Pour les administrations, l’enjeu est de rendre leurs informations accessibles sur ces nouveaux canaux, tout en veillant à leur exactitude . Car lorsque les citoyens interrogent une machine plutôt qu’un service public, la qualité de la réponse devient aussi une question de confiance institutionnelle.
Cette évolution comporte des risques . Les modèles d’IA peuvent générer des réponses inexactes, tandis que les deepfakes permettent de fabriquer des contenus audio ou vidéo susceptibles de tromper le public.
« *Ce n’est pas toujours fiable* », prévient le directeur exécutif de Med. IA, rappelant les limites des systèmes d’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, une fausse déclaration attribuée à une autorité, une procédure administrative mal expliquée ou une vidéo manipulée peuvent alimenter la désinformation et fragiliser la confiance envers les institutions. Les gouvernements doivent donc renforcer la fiabilité de leurs communications numériques, rendre les sources officielles facilement identifiables et développer des mécanismes de vérification adaptés à la rapidité de circulation de l’information.
La transformation numérique ne consiste donc pas seulement à être présent en ligne : elle suppose aussi de garantir une information exacte, accessible et vérifiable.
Au-delà de la désinformation, le Dr Hervé Tiwa a insisted sur la représentation insuffisante des contextes africains dans les données utilisées pour entraîner de nombreux modèles d’intelligence artificielle. Les langues locales , les références culturelles et les spécificités administratives risquent ainsi d’être mal comprises par des systèmes conçus à partir de données qui ne reflètent pas suffisamment les réalités du continent.
Son appel est sans équivoque : « Il faut domestiquer, contextualiser, endogénéiser les données. »
Pour les États africains, il s’agit de produire, structurer et valoriser leurs propres données afin de développer des outils capables de répondre aux besoins des populations. Une IA adaptée au Cameroun, par exemple, doit pouvoir tenir compte de ses langues, de ses procédures administratives et des réalités de ses territoires.
Cette démarche est essentielle pour éviter que les administrations africaines ne dépendent exclusivement de solutions conçues ailleurs , sans maîtrise suffisante de leur pertinence locale.
Le Dr Hervé Tiwa estime également que la maîtrise des données doit s’accompagner d’investissements dans les infrastructures de stockage et de traitement, notamment les centres de données (data centers) . « En contrôlant nos données, nous contrôlons également ce que nous y mettons », souligne-t-il.
Le développement d’infrastructures locales pourrait contribuer à mieux maîtriser les données stratégiques et à faciliter la création de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux besoins des administrations et des secteurs économiques. Le responsable de Med. IA évoque aussi la possibilité de micro-centres de données spécialisés, destinés à organiser les informations par domaine.
L’intervention du Dr Hervé Tiwa rappelle que la gouvernance électronique dépasse la simple dématérialisation des procédures. Elle implique de repenser la façon dont l’État informe, accompagne et protège les citoyens dans un espace numérique où l’intelligence artificielle occupe une place croissante.
Pour le Cameroun et les autres pays africains, le défi est double : garantir une information publique fiable et renforcer la maîtrise des données qui alimentent les technologies utilisées par les populations.
À l’ère de l’IA, la confiance des citoyens dépendra aussi de la capacité des États à faire entendre une information officielle crédible, contextualisée et accessible, là où les citoyens cherchent désormais leurs réponses : sur leurs écrans.
Par: Digital Business Africa
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