Philippe Mingotaud : « A nos amis Africains, ne foncez pas tête baissée dans l’informatisation ! »  

(TIC Mag) – Philippe Mingotaud, le directeur de MTP-Editions, l’éditeur de la suite logicielle ServoCall et SerVisual Professionnels, réagi à une Interview de Patrick Ndjientcheu publiée sur TIC Mag et en profite pour présenter des solutions technologiques de pointe et pour donner son avis sur les défis qui interpellent l’Afrique en matière du numérique.

TIC Mag : A la suite de l’interview de Patrick NDJIENTCHEU, responsable des programmes chez DART Engineering, publiée sur TIC Mag qui affirmait que “la révolution numérique se fera par les applications mobiles”, vous n’êtes pas tout à fait d’accord. Pourquoi avez-vous des réserves face à cette déclaration ?

Philippe Mingotaud : La révolution numérique est un vaste sujet dont, pour bien faire, il faudrait commencer par préciser les contours, avant d’essayer d’anticiper son avenir.
D’abord, je ne sais pas si “révolution” est le mot qui convient. Je comprends pourquoi on l’utilise, mais je trouve qu’il est trop employé. Je préfère “transition” ou “mutation”. A chaque nouveauté technologique, on parle non pas d’un progrès ou d’une avancée mais d’une révolution. Si bien qu’avec le numérique, nous sommes en perpétuelle révolution. Si révolution numérique il y a, elle a eu lieu dans les années 80, au siècle dernier, avec l’apparition de l’informatique “grand public”. Que certains acteurs du moment aient été des visionnaires, c’est probable. Mais des révolutionnaires, c’est moins sûr. Les mots ont un sens et une histoire. Il ne faut pas leur enlever.

Quoi qu’il en soit, ce qu’on appelle “révolution numérique” est bien à l’origine d’une transformation en profondeur des sociétés. Elle perdure et s’accentue. Le numérique tel que nous le connaissons aujourd’hui est devenu essentiel au développement et à l’adaptabilité de l’espèce humaine à son environnement.

TIC Mag : Et concernant la question sur l’essor prochain du numérique, vous n’êtes pas d’accord que cela passera principalement par le développement des applications pour smartphones…

P.M. : Penser que les applications mobiles constituent la principale perspective du numérique aujourd’hui, me semble sur un plan global trop réducteur. M. NDJIENTCHEU n’a pas tort, s’il prend en compte certaines réalités africaines. Dans plusieurs pays africains où l’accès à Internet est peu fiable, où les réseaux électriques sont incertains, où les installations informatiques classiques font défaut, le parc des téléphones mobiles et la fiabilité des réseaux GSM et 3G/4G offrent des alternatives intéressantes pour favoriser l’essor du numérique. Mais, dans l’absolu, la taille des écrans des mobiles, la faible autonomie des batteries, la fragilité des composants et les performances relatives des processeurs utilisés restent pour le moment un frein à la suprématie des applicatifs pour mobiles face à des softs professionnels de plus en plus complexes, exigeants en ressource, demandant de l’expertise ainsi qu’une utilisation prolongée et une concentration soutenue de la part de celles et ceux qui s’en servent.

D’ailleurs, en y regardant de plus près, on ne peut pas dire que les usages des applications mobiles aient beaucoup évolué ces dernières années. Je vois davantage l’avenir des smartphones comme terminaux de consultation et d’émulation. Je crois beaucoup plus à l’introduction d’intelligence dans les machines, à ce qu’on appelle les composants dynamiques, aux objets intelligents de qualité, à la collaboration homme/machine. Mais, je peux me tromper. L’informatique a pris une telle importance dans tant de domaines qu’on ne peut pas tout connaître et qu’il faut savoir rester humble lorsqu’on en parle.

TIC Mag : Quelles sont les solutions de votre entreprise pour participer à l’essor du numérique en Afrique ?
P.M. :
L’informatisation de la société modifie radicalement les rapports humains, nos façons d’être, nos modes de pensée, nos rapports aux autres, notre approche de la connaissance. Tout cela est difficile à appréhender.
Si l’Afrique veut se distinguer en matière numérique, elle en a l’opportunité, en montrant qu’elle a ses propres ambitions, qu’elle sait faire preuve d’audace, mais en restant réaliste dans ses capacités et pragmatique dans ses prises de risque.

Nous disons à nos amis africains qui veulent informatiser leur cadre de vie : “Ne foncez pas tête baissée, regardez ce qui se fait ailleurs, ce qui marche et ce qui ne marche pas, ce qui est utile et ce qui est futile. C’est parfois une chance de pouvoir prendre le train en marche. Les plâtres sont essuyés, les savoir-faire et les outils sont maîtrisés, les coûts sont moins élevés, on a appris des expériences passées. Profitez-en.” Avec de la clairvoyance et du professionnalisme, l’essor du numérique et du progrès en Afrique a un bel avenir. Cela ne fait aucun doute.

Au plan technique, nous encourageons les sociétés qui font appel à nous à préférer pour leurs services une architecture Client / Serveur à l’installation de softs sur les smartphones de leurs clients et prospects. Nous leur proposons de travailler à partir de notre suite logicielle ServoCall et SerVisual Professionnels pour mettre en place des serveurs distants propriétaires que toute personne autorisée pourra interroger, de n’importe où, à tout moment, avec son téléphone portable ou son smartphone, quelle que soit sa marque, afin d’obtenir l’information ou le service dont il a besoin. C’est une solution fiable, pratique, rapide à mettre en place et économique puisqu’elle ne demande qu’un seul développement, celui résidant sur le serveur du fournisseur de moyens.

TIC Mag : Vous faites également la promotion des QR-Codes et des tags NFC que vous proposez à vos clients. De quoi s’agit-il ?

P.M. : Nous recommandons à nos partenaires africains, pour tout nouveau projet d’informatisation, de regarder du côté des QR-Codes, des tags NFC et depuis peu des balises Eddystone pour faire connaître aux populations concernées les services qui leur sont destinés. Ces trois technologies ont en commun le fait qu’on peut les utiliser sans rien ajouter à son smartphone et qu’elles complètent parfaitement les services rendus par nos logiciels.

Le téléphone portable et le smartphone sont les seuls terminaux que la plupart des gens acceptent de payer en priorité, d’emporter partout avec eux, sans jamais s’en séparer.  En ce sens, c’est un outil formidable sur lequel on doit s’appuyer pour informatiser la société et démocratiser l’accès à des services performants, mais sans pour autant le surcharger inutilement d’applications.

Lorsqu’elles se rendent dans une galerie marchande, on imagine bien que les personnes qui viennent y faire leurs courses ne vont pas télécharger une application mobile par enseigne. Avec une solution Client / serveur, les commerçants qui le souhaitent peuvent parfaitement, à tour de rôle, diriger leurs clients vers leurs nouveaux produits et vers leurs dernières promotions, simplement en entretenant des interactions par le biais d’interfaces Web.

TIC Mag : Concrètement, expliquez à nos internautes et lecteurs comment ces trois technologies  ( un QR-Code,  un Tag NFC, une balise Eddystone ). Et comment peuvent-elles servir à accélérer le déploiement du numérique en Afrique ?

P.M. : Le QR-Code est très répandu, tout le monde en a déjà vu un. C’est un code barre, mais en deux dimensions. Il permet d’encoder plus d’informations qu’un code barre classique. Voyez le QR-code ci-dessous réalisé avec notre module “SvsTrace” (téléchargeable gratuitement sur nos sites), il vous permet de recevoir simplement en le flashant une photo prise en temps réel par une simple Webcam. C’est un système de vidéosurveillance à la portée de tous, facile à mettre en place, accessible de n’importe où, à n’importe qui.  A-t-on besoin de télécharger un soft pour cela ? Non. Quiconque veut recevoir une photo à un “moment T”, de sa maison ou d’un autre lieu public ou privé, équipé d’une webcam reliée à un serveur, n’a besoin que de flasher un QR-Code et de valider la requête vocale, eMail ou SMS que le QR-Code flashé a générée pour lui.

La requête est  envoyée par le smartphone, voire par le téléphone filaire ou portable lorsqu’elle est vocale, puis réceptionnée, interprétée et traitée par le serveur qui retournera automatiquement et en temps réel l’information ou le service attendu au demandeur.

QR Code ServocallIci, il s’agit d’une vidéosurveillance d’une de nos salles machines, mais on aurait pu tout aussi bien interroger un serveur domotique ou robotique, un serveur de calcul scientifique, un serveur de géolocalisation,  etc.

Le tag NFC, lui, est une puce électronique également encodable qui délivre une information lorsque qu’on le scanne avec son smartphone. Il est moins répandu que le QR-Code bien qu’un système de lecture des tags NFC est inclus en natif sur tous les smartphones récents sous Androïd et Windows Phone et peut-être aussi sur le prochain iOS, c’est à vérifier. Comme le QR-Code, il permet de générer et d’envoyer automatiquement des requêtes eMails et SMS à un serveur depuis son smartphone. A la différence du QR-Code, scanner un tag NFC demande d’être à proximité.

Pour simplifier les choses, nous proposons à nos clients de regrouper QR-Code et tag NFC dans un même support. Ainsi, avec notre solution, que vous soyez près ou loin du support, quel que soit l’OS installé sur votre smartphone, vous avez immédiatement accès à l’information et/ou au service qui y sont associés.

TIC Mag : Qu’en est-il des balises Eddystone ?
P.M. : L
es balises “Bluetooth LE Eddystone” sont plus récentes et tout à fait étonnantes puisqu’elles sont capables d’envoyer automatiquement une URL sur les smartphones (pour le moment sous Androïd) de toutes les personnes passant dans leur champ d’action. Avec l’Eddystone, la personne ciblée reçoit directement sur son smartphone le moyen d’entrer en interaction avec un serveur Web d’identification et par répercussion avec le ou les serveurs qui détiennent les données dont elle a besoin. Actuellement, il y a deux conditions à son fonctionnement : Avoir le “Bluetooth LE” activé sur son smartphone et un navigateur “Chrome” compatible.
La fréquence des émissions et l’intensité du signal émis sont les deux paramètres sur lesquels on peut dès à présent agir. Mais, c’est une technologie qui va encore évoluer. Si on ne veut pas que son succès aille à l’encontre de son développement, on imagine qu’un “filtre” sera bientôt ajouté, afin d’éviter aux détenteurs de smartphones d’être submergés d’URL. Pour le moment, le principe et l’efficacité sont déjà validés.

Le but de l’Eddystone est d’associer un lieu à une information, mais aussi clairement de pouvoir connecter les smartphones avec n’importe quel objet communicant sans avoir à télécharger une application spécifique à chaque objet. C’est exactement ce que nous proposons déjà de notre côté depuis plusieurs années avec nos logiciels.

De manière générale, qu’il s’agisse d’un QR-Code, d’un tag NFC ou d’une balise Eddystone, ces trois technologies permettent de rendre le même service de façon différente et de faciliter la mise en relation puis l’interaction entre une personne et un serveur.

ServoCall

TIC Mag : Comment d’après-vous les gouvernements et autres acteurs privés africains devraient travailler pour accélérer la révolution numérique ?

P.M. : Je crois que les gouvernements savent ce qu’ils doivent faire et qu’ils le font au mieux, en fonction des réalités sociales et économiques de leur pays. Ils doivent continuer à faire ce que tous les gouvernements responsables ont toujours fait, quelles que soient les époques : favoriser les échanges commerciaux et culturels en local comme à l’international, pour donner toutes leurs chances au développement et à la créativité.

Il faut permettre l’accès des populations aux réseaux. Pas seulement aux réseaux télécoms, électriques, d’information, mais à tous les réseaux : réseaux routiers, de distribution, systèmes de soins, systèmes éducatifs et de formation, etc. et ce, sans laisser personne de côté.
C’est déjà beaucoup demander. L’avenir immédiat du numérique en Afrique est là, dans la gestion, la logistique, la planification. Le reste suivra.

Au plan purement informatique, les Etats doivent former des ingénieurs capables de synthétiser et de regrouper les besoins, de s’y retrouver dans les méandres des solutions logicielles existantes et surtout en mesure de séparer “le bon grain de l’ivraie”. Il faut, lorsque les développements sont sous-traités, qu’ils soient en mesure de les suivre et de se les approprier, de garder la main sur leurs sources afin de contribuer, au poste où ils sont, à préserver et à garantir l’autonomie et la souveraineté de leur secteur d’activité et de leur pays.

Enfin, il est bon, lorsqu’il le peut, qu’un Etat puisse montrer la voie à ses entreprises, dans le numérique comme dans d’autres domaines et qu’il conditionne ses aides au bon respect de ses orientations. Je pense par exemple au projet “Industrie 4.0” en Allemagne ou au projet “Graine” au Gabon. Ce sont ces types de projet que les Etats peuvent porter. Il y en a d’autres. Cela permet aux entreprises de concerter leurs efforts aux “écosystèmes”, de communiquer et de travailler ensemble sur les standards et sur l’interopérabilité, de répondre au plus près et de façon optimisée aux besoins exprimés.

TIC Mag : Quelle est, d’après-vous, la principale difficulté à surmonter par l’Afrique pour un essor réussi du numérique ?

P.M. : Tout ce qui  est technologiquement faisable, n’est pas humainement souhaitable. En numérique comme ailleurs, Il faut avoir le choix et maîtriser ses choix. C’est le même problème dans tous les secteurs porteurs d’innovation. Nous devons encourager entrepreneuriat, soutenir la recherche, mais sans pour autant nous laisser entraîner dans des directions que nous ne voulons pas prendre, qui ne servent pas l’intérêt général. Le secteur privé est dynamique, mais il est poussé par des impératifs économiques. Il n’investit que rarement à long terme et encore moins à perte. Il a absolument besoin de débouchés pour maintenir sa profitabilité et le modèle économique dont dépend sa survie. Les états doivent fixer le cap et encourager le secteur privé à aller de l’avant, tout en préservant les équilibres et la cohésion sociale.

La principale difficulté est de ne pas céder aux excès de la modernité et de s’intéresser aux progrès technologiques avec retenue et discernement.

Il faut être capable d’anticiper et de refuser les clivages opposant progrès technologique et progrès social. Avons-nous vraiment envie dans le futur de confier nos personnes âgées à des robots ? Avons-nous réellement envie de travailler au quotidien, équipé d’un casque de réalité mixte nous isolant du monde extérieur ?  Jusqu’à quel point, avons-nous envie de restreindre, d’échanger nos libertés individuelles contre de la vidéosurveillance, de la biométrie, la numérisation et le fichage de nos données personnelles ?

Les voitures sans chauffeur, les impressions 3D, les livraisons par drone pour ne prendre que ces trois exemples semblent très prometteurs et nous n’imaginons pas vouloir y renoncer. Mais à quel prix ? Quel est réellement l’impact du numérique sur l’organisation du travail et sur nos vies ? C’est d’autant plus difficile à dire que “pas grand monde” ne s’en préoccupe sérieusement. Nous avançons avec passion sans vraiment chercher à savoir où tout cela nous mènera. Je pense qu’il est grand temps d’y être plus attentif, d’autant que nous avons maintenant suffisamment de recul pour le faire.

Propos recueillis par Beaugas-Orain DJOYUM


Philippe Mingotaud est le directeur de MTP-Editions, l’éditeur de la suite logicielle ServoCall et SerVisual Professionnels. Basé en France, il propose à ceux qui veulent avoir plus d’infos sur les méthodologie de pilotage des matériels distants  à se rendre sur les sites web : www.servocall.com, www.servisual.com et www.serworker.com. Email : [email protected]

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