Pastor Ngoua N’Neme : « Nous voulons structurer l’entrepreneuriat des jeunes férus du numérique »

Dans cet entretien avec Beaugas-Orain Djoyum, c’est avec fierté que Pastor Ngoua N’Neme, le ministre de l’Économie numérique et de la Poste du Gabon, indique que le taux de pénétration du mobile au Gabon est d’environ 190%. Il explique comment après l’appropriation de la téléphonie mobile et de l’Internet mobile, le Gabon envisage de créer des contenus et encourager les jeunes à entrepreneuriat numérique. Rencontre.

Reseau Telecom Network : Comment un ministre en charge des TIC comme vous réagit et travaille quand il sait qu’il a un président de la République très actif dans le domaine des TIC et sur les réseaux sociaux ?

Pastor Ngoua N’Neme : (Rires) J’essaye de faire comme lui tout simplement. Je ne sais pas si vous visitez ses pages Facebook et autres. Il est toujours à jour et c’est ce que nous essayons de faire. Le président Ali Bongo est vraiment notre boussole. J’ai toujours la hantise qu’il m’interroge pour savoir : « Mais, vous, quelle est votre page Facebook ? Quelle est votre adresse web ? » Donc, nous faisons tout ce qu’il faut pour que ce ministère soit le reflet des ambitions du chef de l’État dans le domaine du numérique.

RTN : A l’occasion du 150ème anniversaire de l’UIT justement, le prix « TIC pour le Développement Durable » été décerné à Ali Bongo ainsi qu’à d’autres chefs d’Etat. Quelle signification représente ce prix pour vous ?

PNN : Je ne peux pas me substituer au jury de l’UIT qui a décerné ce prix au président Ali Bongo. J’y vois surtout la reconnaissance de sa vision et du travail qu’on fait ici sous son impulsion.

La reconnaissance de la vision du chef de l’Etat dans son projet d’introduire les TIC comme moteur et accélérateur du développement du Gabon. J’y vois aussi un hommage qui est rendu à l’ensemble des opérateurs du secteur pour tout ce qui a été fait jusque-là. Il faut savoir que le taux de pénétration du mobile au Gabon est d’environ 190% pour une population de 1,8 million d’habitants. Le taux de pénétration de l’Internet mobile au Gabon est de 86%, ce sont des chiffres qui sont appelés encore à évoluer. En 2014, les TIC représentent 5% de la richesse nationale, le chiffre d’affaires du secteur s’élève à 293 milliards de FCFA.

Ce prix vient donc couronner une vision et le travail qui est fait par les opérateurs, par l’administration et l’ensemble des parties prenantes du secteur.

RTN : C’est aussi une invite à plus d’ardeur au travail pour vous et les acteurs de la chaîne…

PNN : Tout à fait. C’est une invite à ne pas se reposer sur ses lauriers. Une invite à continuer à travailler vraiment pour que les TIC soient le moteur de changement de la vie au Gabon et d’œuvrer pour que nous ayons des contenus notamment dans les domaines qui touchent à la vie des gens comme la santé avec l’e-Santé, l’éducation avec l’e-Education, etc. Le passage aux technologies 3G et 4G permet désormais aux opérateurs d’offrir aux populations des services financiers à partir du mobile, c’est le mobile banking et le mobile money, ce qui est positif pour leur inclusion numérique et financière.

RTN : M. le ministre, vous avez rencontré les acteurs de l’écosystème numérique gabonais le 30 septembre 2015, à Libreville, pour réfléchir à la mise en place d’un Conseil national du numérique, qui devrait selon les experts présents à cette réunion, servir de cadre de réflexion, de concertation et de propositions. Quel sera l’objectif principal de ce Conseil national du numérique ?

PNN : Je voudrais d’abord vous dire que le chef de l’Etat a placé les TIC au cœur de son projet de transformation de la société gabonaise. En effet, les TIC ne sont pas seulement un levier de croissance, mais aussi des outils de transformation de la société. C’est ce qui a donné naissance au concept Plan Gabon numérique. Le Plan Gabon numérique résume l’ensemble des actions et des activités que nous devons développer pour faire du Gabon un pôle régional de services numériques à valeur ajoutée.

Pour faire cela, nous avons besoin de mettre tous les acteurs du secteur ensemble pour réfléchir sur les axes stratégiques, sur les actions les plus importantes à entreprendre et à développer pour atteindre cet objectif. L’Etat n’est pas le seul à pouvoir réaliser ces actions : il y a aussi la société civile et les entreprises. Nous pensons que la meilleure chose à faire c’est de réunir l’ensemble des acteurs du secteur au sein d’un organe inclusif : cet organe c’est le Conseil national du numérique.

RTN : Peut-on déjà avoir une idée sur la date de lancement de ce Conseil national du numérique ?

PNN : Nous sommes au stade de préparation du texte qui sera validé en Conseil des ministres selon les procédures en vigueur ; c’est ce décret qui va consacrer la création du Conseil national du numérique ; mais avant, suivant une procédure inclusive, l’avant-projet sera soumis à l’ensemble des parties prenantes du secteur au cours d’un atelier qui se tiendra lors du Salon de l’économie numérique et de l’innovation qui doit avoir lieu en décembre.

RTN : En 2014, le secteur des TIC représentait 5% du PIB avec 12 000 emplois pour un chiffre d’affaires global de près de 293 milliards de FCFA. Globalement, quels sont les chiffres attendus au terme de l’année 2015 ?

PNN : Notre ambition c’est d’aller toujours plus loin et de promouvoir l’utilisation la plus large et la plus étendue du numérique. Même si les chiffres ne sont pas acceptés par tout le monde, il faut noter que selon une étude de la Banque mondiale 10% d’utilisation du haut débit engendre deux points de croissance. Nous nous attelons donc à tout faire pour que l’usage du numérique imprègne l’ensemble des populations et des activités.

C’est dans ce contexte que les opérateurs pourront accroître leur activité et créer davantage de richesse. Le Gabon n’étant pas une économie planifiée, nous n’assignons pas d’objectifs chiffrés aux entreprises privées qui agissent suivant leurs intérêts.

De ce point de vue, les entreprises investissent et croient en l’avenir du secteur ; on peut donc s’attendre à une tenue correcte de l’activité en dépit de l’atonie générale induite par la baisse des cours du baril de pétrole qui est le principal produit d’exportation du Gabon et la principale source de recettes de l’Etat.

RTN : L’environnement réglementaire permet-il aux opérateurs télécoms et aux acteurs de l’économie numérique d’investir convenablement dans les TIC au Gabon ?

PNN : Absolument ! C’est ce que nous nous sommes attelés à faire en premier lieu ; dans le cadre du Plan Gabon numérique, nous avons stabilisé l’environnement institutionnel en assignant notamment aux acteurs publics des missions précises. L’Etat, en charge de l’essentiel, définit les objectifs stratégiques ; la régulation du secteur est assurée par une autorité administrative indépendante : l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes, ndlr) ; une agence, instituée maître d’ouvrage délégué de l’Etat, est chargée de la construction des infrastructures numériques (l’Aninf – Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences, ndlr) et une autre est chargée de leur gestion, c’est la SPIN (– Société de patrimoine des infrastructures numériques, ndlr).

Cet agencement institutionnel est porteur de stabilité et de prévisibilité, d’où sa réelle attractivité qui amène les opérateurs à réaliser leurs projets sans craindre que l’Etat leur dise ce qu’il y a à faire ou ce qui est bon pour eux, à part le respect de la loi. Donc, nous invitons les entreprises à venir investir au Gabon.

Ce cadre attractif va être renforcé par l’adoption de dispositions favorisant le partenariat public-privé dans le cadre de la loi PPP (Partenariat Public-Privé, ndlr).

RTN : Avec l’Etat qui définit la stratégie, l’Arcep le régulateur qui régule le marché, l’ANINF qui construit les infrastructures et la SPIN qui gère ces infrastructures, certains certes apprécient le schéma, mais que répondez-vous à ceux qui croiraient qu’il y a beaucoup d’acteurs dans la chaîne de décision ?

PNN : Dans l’organisation institutionnelle, j’ai commencé par vous dire que l’Etat est chargé de la mission régalienne. Il définit la norme et la stratégie. L’ANINF, le maître d’ouvrage délégué de l’Etat, construit les infrastructures pour le compte de l’Etat. L’Arcep, le régulateur, est là pour veiller sur le bon fonctionnement du marché : c’est elle le gendarme du marché des télécoms au Gabon. Il ne faut pas confondre les rôles des uns et des autres. La Spin intervient dans le cadre du modèle économique qui a été choisi : un modèle neutre pour les opérateurs.

Les infrastructures construites par l’Etat doivent être partagées par l’ensemble des opérateurs à l’occasion de leurs activités. Imaginez qu’un opérateur ait la propriété d’un câble sous-marin. Rien ne garantit que cet opérateur n’aille pas d’abord privilégier ses propres besoins. Le modèle qu’on a créé avec la Société de patrimoine des infrastructures numériques est un modèle qui consiste à faire en sorte qu’une fois une infrastructure est construite, sa gestion est rétrocédée à la SPIN. Nous l’avons fait pour le câble sous-marin ACE et le backbone en cours de construction dans le cadre du projet CAB4. Pour ces infrastructures, il y a une convention de rétrocession qui a été signée entre l’ANINF et la SPIN. La SPIN va donc pouvoir vendre les capacités à tous les opérateurs sans aucun parti pris et selon les besoins. C’est le modèle économique que nous avons choisi.

Aucun modèle n’est parfait, mais celui qui est appliqué au Gabon est d’une parfaite lisibilité qui prémunit en principe contre les conflits de compétence et les tentations hégémoniques.

En appliquant un principe bien connu des militaires, une mission, des hommes et des moyens le Gabon, ce n’est pas le trop plein, mais la clarté qui simplifie.

RTN : Dans certains pays africains, les agences ou structures sous tutelle du ministère en charge des TIC se plaignent souvent d’une ingérence du ministère dans leurs affaires courantes. Est-ce votre cas ici au Gabon ?

PNN : Je crois qu’il faut poser la question à l’ensemble de ces acteurs publics pour en avoir le cœur net. Non ! Ma philosophie c’est la loi.

C’est le respect des textes. La loi a bien délimité les compétences et l’on s’y tient. Et au quotidien, mon job est de faire appliquer la loi par chacun d’entre nous. L’Etat définit la stratégie que nous essayons de faire appliquer par l’ensemble des intervenants, chacun à sa place. Nous ne faisons pas autre chose.

RTN : Quel est à ce jour l’état du développement de la fibre optique au Gabon ?

PNN : Pour comprendre l’état du développent de la fibre optique au Gabon, il faut revenir sur l’ambition du chef de l’Etat qui est de construire au Gabon des infrastructures de rang mondial qui positionnent le Gabon comme un hub sous-régional des services numériques. Nous ne pouvons pas atteindre cet objectif si nous n’avons pas les infrastructures appropriées.

La première chose que l’Etat a faite est donc de lancer à l’échelle du pays un vaste programme de construction d’un réseau national en fibre optique qui comprend également le projet CAB 4, le Central African Backbone project qui vise à interconnecter l’ensemble des pays de la sous-région.

Le CAB 4 est divisé en deux phases au Gabon. La première phase est en cours d’exécution et va de Libreville à Franceville jusqu’à la frontière avec le Congo sur un linéaire d’à peu près 1100 km. D’après le constructeur, à la fin du mois d’octobre, nous devons être à près de 520 km de fibre optique posée. La construction de la deuxième phase prévue sur un linéaire d’à peu près 600 km, de Boue aux frontières Gabon – Guinée Équatoriale et Gabon – Cameroun, va bientôt commencer. Enfin, il y a la phase de raccordement aux capitales provinciales et départementales qui relève du backbone national. Quand le projet sera terminé, c’est environ 6000 km de fibre optique qui seront déployés.

RTN : Il y a aussi à travers le projet CAB4 la volonté d’interconnecter les villes de la zone Afrique centrale. Où en sommes-nous aujourd’hui et quelles sont les ambitions ?

PNN : C’est l’ambition du projet CAB4 d’interconnecter les pays de la zone Cémac ; cela passe par l’interconnexion des villes. Par exemple, c’est à Lekoko à la frontière avec le Congo que l’interconnexion avec le Gabon va se faire. Cette interconnexion va permettre aussi aux pays, comme le Gabon, qui disposent de capacités installées supérieures à leurs de les vendre aux pays qui en ont besoin.

RTN : Dans un précédent entretien, vous nous expliquiez que le Gabon était en train de mettre en place un incubateur de soutien aux jeunes qui leur offrira un environnement favorable en termes d’infrastructures et d’accompagnement. Où en sommes-nous avec ce projet ?

PNN : Ce projet d’incubateur a pris beaucoup de place dans les activités que nous menons ici au ministère. Vous imaginez bien que la fibre optique va améliorer la connectivité et apporter beaucoup de capacités. Après, il faudrait passer à la deuxième phase du développement de l’économie numérique, c’est-à-dire les contenus. Et parmi les choses que nous voulons faire, il y a le développement de l’entrepreneuriat des jeunes férus du numérique qu’il faut les structurer. C’est la raison d’être de l’incubateur. Ce projet a intéressé la Banque mondiale et nous sommes en train de finaliser les études pour le mettre en route au mois de novembre.

RTN : L’incubateur mettra-t-il des financements à la disposition des jeunes porteurs de projet ?

PNN : Ce qui est important ce ne sont pas les financements, mais le fait que l’incubateur va proposer un cadre d’encadrement pour les jeunes développeurs, un cadre pour concrétiser leurs idées, renforcer leur capacité. Il ne faudrait pas voir cela en termes de financement ou de montant à donner aux jeunes. Mais, l’ensemble des financements que la Banque mondiale prévoit d’allouer à ce projet est d’environ 11 millions de dollars ; l’étude mettra en évidence les concours qu’on peut apporter et comment aux incubés. Il s’agit d’incuber à la fois entre 10 et 15 entrepreneurs. Il faudrait noter qu’il y a l’incubateur, mais aussi l’accélérateur. En réalité, le projet prévoit de prendre en charge bien plus de jeunes à travers un Open Space que nous prévoyons de loger à l’Institut national des postes et des TIC.

Propos receuillis par Beaugas-Orain Djoyum

Source : reseautelecom.com

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