Ghana : Les déchets électroniques contaminent les œufs consommés

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Ghana : Les déchets électroniques contaminent les œufs consommés
Une vendeuse d’œufs à Agbogbloshie au Ghana. Crédit photo : Martin Holzknecht, Arnika.

[Digital Business Africa] – Au Ghana, plus précisément à Agbogbloshie, banlieue de la capitale ghanéenne, consommer des œufs de poules est devenu dangereux pour la santé des populations. C’est ce qu’indique un rapport d’étude publié ce 24 avril 2019 en Suède par les ONG Ipen et BAN (Basel Action Network).

L’étude conclue que les œufs provenant de poules qui picorent dans le dépotoir ghanéen où sont acheminés et démantelés depuis des décennies des tonnes de vieux ordinateurs, d’écrans et de téléviseurs présentent des concentrations de dioxines très élevés et très dangereux pour la santé humaine.

Les chercheurs ayant mené cette étude déclarent avoir  trouvé les plus fortes concentrations de dioxines bromées et chlorées – certaines des substances chimiques les plus dangereuses sur terre – mesurées dans des œufs de poule retrouvés à Agbogbloshie. Ici, les 80 000 personnes qui y vivent subsistent principalement en récupérant et en vendant des câbles de cuivre et d’autres métaux extraits à partir de déchets électroniques.

Ghana : Les déchets électroniques contaminent les œufs consommés

Le processus consistant à briser et à brûler le boîtier en plastique et les câbles pour extraire les métaux, libère des produits chimiques dangereux contenus dans les plastiques, tels que les retardateurs de flamme bromés, et crée des produits chimiques hautement toxiques tels que les dioxines et les furannes bromés et chlorés, rappelle les auteurs de l’étude.

Les résultats de l’analyse des œufs au Ghana effectués par les chercheurs montrent qu’un adulte ne mangeant qu’un œuf provenant d’un poulet en liberté dans le parc à ferrailles et le bidonville d’Agbogbloshie dépasserait de 220 fois la dose journalière tolérable (DJA) fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour les dioxines chlorées. L’étude indique qu’au Ghana, la consommation quotidienne typique d’œufs par personne est inférieure à un œuf par jour. Toutefois, même en consommant 2,5 grammes par œuf par jour, le TDI de l’EFSA serait plus de 15 fois supérieur.

Ces œufs contenaient également de très fortes teneurs en retardants de flamme à base de PBDE et de SCCP, le produit chimique de coupage des métaux et de transformation du PVC, ainsi que des teneurs relativement élevées comme le pentachlorobenzène et l’hexachlorobenzène.

Les déchets électroniques européens déversés illégalement

Ipen et BAN précisent qu’en Afrique, les déchets électroniques européens sont déversés illégalement au Ghana, au Nigeria et en Tanzanie.

Ghana : Les déchets électroniques déversés. Crédit photo : Martin Holzknecht, Arnika.

Les auteurs du rapport indiquent que l’exportation des déchets électroniques et des produits chimiques toxiques qu’ils contiennent pourrait être empêchée par un accord ayant des restrictions plus strictes en matière de déchets dangereux dans la Convention de Stockholm, connu sous le nom de faible teneur en POP (LPCL).

Pour eux, les déchets de POP, tels que définis par la LPCL, ne peuvent pas être exportés vers des pays ne disposant pas d’une infrastructure avancée pour les détruire. L’adoption des nouveaux niveaux stricts proposés par l’IPEN mettrait fin à ce commerce toxique. Les chercheurs demandent également l’inscription des dioxines bromés dans la Convention de Stockholm.

L’Europe doit lutter contre ses déchets électroniques toxiques plutôt que de les acheminer vers des pays en développement, tels que le Ghana, où des produits chimiques dangereux contaminent les populations (en particulier les plus vulnérables) et l’environnement, en raison de la mauvaise gestion et des pratiques d’élimination sans discernement existantes. Les pays africains ne devraient plus être utilisés comme dépotoirs de déchets électroniques, car nous n’avons pas la capacité technologique nécessaire pour traiter les déchets contenant des niveaux élevés de polluants organiques persistants “, propose dans cette étude Sam Adu-Kumi de l’Agence de protection de l’environnement du Ghana et ancien président de la Conférence de la Parties à la Convention de Stockholm.

La solution Renovo de SGS

Face au manque en Afrique de mécanismes de contrôle efficace de la qualité des appareils électroniques importés de l’Europe, face au manque des moyens, ressources et/ou outils pour recourir à des enquêteurs portuaires et à des techniques de suivi GPS, face au manque des techniques de destruction de ces déchets électroniques en respectant les normes environnementales et de santé, comme le propose les experts, SGS a donc mis en place ce programme RENOVO aujourd’hui en cours de mise en œuvre au Ghana (depuis en août 2018) et en Côte d’Ivoire depuis novembre 2018.

D’après SGS, une fois en Afrique, brûler, détruire ou mener ces déchets électroniques à la décharge ne signifie ni plus ni moins que mettre de côté un problème dont devront s’occuper les générations futures. Car, explique le groupe suisse, plus de 1 000 substances présentes dans les déchets électroniques sont libérées dans l’écosystème, notamment le plomb, le cadmium et le mercure et constituent une menace tant pour les pays africains que pour leurs habitants, compte tenu des graves problèmes que cela pourrait causer en matière de santé et d’environnement, aussi bien aujourd’hui que demain.

SGS Renovo propose aux pays africains de concevoir, de planifier et de mettre en place un système autofinancé de gestion des déchets à grande échelle pour les pays. Cela passe par la collecte d’une écotaxe anticipée.  Le service couvre toutes les étapes : de la production à la récupération, du recyclage à l’élimination durable des déchets.

Dans ce programme, SGS se propose également de former et d’encadrer le personnel local nécessaire pour traiter tous les types de déchets (appareils électriques et électroniques, pneus usagés et véhicules arrivés en fin de vie).

Ce qui permet par ricochet la création de nouveaux emplois, mais également la création d’un nouveau secteur générateur de recettes et d’une base solide permettant d’accroître la sensibilisation aux comportements écologiques et au recyclage. « Le tout, pour donner lieu à une croissance significative », explique le groupe.

Par Laurent Adjovi, Digital Business Africa

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