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Dr Winfried Mfuh : « La souveraineté numérique commence par la maîtrise des données »

[DIGITAL Business Africa] – « Intelligence artificielle responsable au Cameroun : protéger le citoyen, encadrer les usages et bâtir la confiance numérique ». C’est sous ce thème que se tient, les 17 et 18 février 2026, dans la salle des conférences du ministère des Postes et Télécommunications, l’atelier d’imprégnation des administrations publiques sur les enjeux de l’intelligence artificielle (IA) au Cameroun.

Dans la continuité des réflexions sur la transformation numérique de l’action publique, la souveraineté des données s’impose comme l’un des enjeux structurants du développement de l’IA au Cameroun. Un message porté avec insistance par Winfried Mfuh, coordonnateur national du Programme d’accélération à la transformation numérique du Cameroun (PATNUC), devant les acteurs publics et institutionnels.

Pour le Dr Winfried Mfuh, le constat est sans appel :

« Les données représentent aujourd’hui une ressource stratégique, plus puissante que le pétrole ». À l’heure où les économies traditionnelles se réinventent, la donnée devient le carburant essentiel des systèmes d’intelligence artificielle. « Même les États-Unis craignent aujourd’hui l’IA », souligne-t-il, rappelant l’influence déterminante des données sur les processus électoraux et les équilibres démocratiques à l’échelle mondiale.

Cette réalité place la donnée au cœur des enjeux de souveraineté nationale. « Ce sont des outils extrêmement puissants. Si nous n’y prenons pas part, d’autres nous contrôleront », avertit-il. Selon lui, les paradigmes classiques de la sécurité sont désormais dépassés. « La défense ne se limite plus aux frontières physiques. Les capteurs et systèmes intelligents sont devenus plus efficaces que la présence humaine statique », explique-t-il, évoquant l’évolution rapide des technologies de défense et de surveillance fondées sur les données et les algorithmes.

Mais la souveraineté des données ne relève pas uniquement du champ sécuritaire. Elle constitue aussi un levier majeur d’innovation. « Exploiter les données publiques pour stimuler l’innovation montre à quel point les données sont puissantes », affirme-t-il. À l’inverse, l’incapacité à maîtriser cette ressource stratégique équivaut, selon lui, à un échec étatique : « Un pays qui ne peut ni innover, ni assurer sa sécurité, ni protéger les données personnelles échoue dans ses missions fondamentales ».

Au Cameroun, la situation est d’autant plus préoccupante que l’essentiel des données nationales échappe au contrôle local. « 90 % de nos données sont stockées hors du pays », alerte Winfried Mfuh. Cette dépendance expose le pays à des décisions extérieures, à des restrictions d’accès et à des usages biaisés. « Ils peuvent nous empêcher d’utiliser nos propres données, nous les retirer ou agir selon leurs propres intérêts », prévient-il.

Dès lors, la souveraineté numérique ne peut être dissociée du cadre juridique. « La souveraineté découle toujours du droit », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité de lois claires encadrant la production, le stockage, l’accès et l’exploitation des données générées au Cameroun. Où sont stockées ces données ? Qui y accède ? Et à quelles fins ? Autant de questions clés pour toute politique publique numérique cohérente.

Les enjeux sont aussi économiques. « Si vous ne contrôlez pas les données de vos citoyens, tout le monde devient vulnérable », souligne-t-il. Escroqueries, ingénierie sociale et cyberattaques prospèrent sur la faiblesse des dispositifs de protection. Plus encore, « si vos atouts économiques sont connus, ils peuvent être facilement captés ou détournés ».

Face à ces risques, le coordonnateur national du PATNUC identifie un défi stratégique majeur : la capacité du Cameroun à concevoir ses propres algorithmes. « Nous ne pouvons développer une IA fiable sans des données qui reflètent fidèlement notre réalité », insiste-t-il. Des données biaisées produisent des résultats erronés et compromettent toute ambition technologique.

Cette ambition passe nécessairement par la formation. « Toute innovation exige des compétences. Sans formation, nous perdons tout », martèle-t-il, appelant à une mobilisation des universités, des chercheurs et des institutions publiques.

Winfried Mfuh appelle à une prise de conscience collective : « Nous devons savoir à qui nous confions le pouvoir ». Pour le Cameroun, l’enjeu est clair : bâtir un écosystème numérique souverain et maîtrisé afin que la donnée et l’intelligence artificielle deviennent de véritables leviers de développement, et non des facteurs de vulnérabilité.

Par Digital Business Africa

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Par ailleurs, ne manquez pas la première édition du Salon de l’e-Gouvernance et de l’innovation digitale en Afrique (E-Gov’A), qui se tiendra du 14 au 16 mai 2026 à Yaoundé, sous le haut patronage du Ministère camerounais des Postes et Télécommunications.

Organisé par l’association Smart Click Africa et Digital Business Africa, cet événement réunira décideurs publics, organismes de développement, institutions publiques, entreprises, experts et acteurs privés de l’Afrique autour du thème : « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless ».

Plus d’infos sur www.e-gov.africa et via mail [email protected].

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