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Tecno lance une campagne mondiale de la meilleure photographie

[Digital Business Africa] – La marque chinoise de téléphones portables, TECNO Mobile a annoncé le lancement de la campagne mondiale de la meilleure photographie #CAMON12#CtheWorld Best Photography, qui vise à créer une occasion pour tous les amateurs de la photographie. Le meilleur travail photographique vaudra à son auteur de figurer dans le magazine National Geographic, la référence en termes d’influence et d’autorité dans le monde de la photographie. Cette campagne s’inscrit dans le cadre du lancement de la nouvelle série de smartphones CAMON 12.

« La campagne de la meilleure photographie #CAMON12#CtheWorld est un concours international de haut niveau qui dépasse les frontières et les ethnies nationales, et vise à encourager les photographes et les particuliers à explorer les possibilités offertes par la photographie à partir d’un téléphone mobile et à profiter pleinement des joies que procure ce type de photographie », explique Tecno dans un communiqué.

Les participants peuvent soumettre leurs meilleures photos sur le site Web de TECNO Mobile – bbs.TECNO-Mobile.com/index_new – du 10 septembre au 29 octobre (Minuit heure de Chine) 2019. Tous les passionnés de photographie, qu’ils utilisent ou non des smartphones TECNO Mobiles, sont invités à soumettre leurs photos réalisées à l’aide d’un téléphone portable, sans restriction de date de prise ou de modèle de téléphone utilisé. Chaque participant se limitera à un maximum de 30 œuvres – une photo, un storyboard 3×3 ou un fichier vidéo étant considéré comme une œuvre unique.

A partir de toutes les photos téléchargées sur le mur Facebook de TECNO Mobile, la liste des lauréats sera publiée le 1er novembre sur le site Web de TECNO Mobile et les 3 photos qui auront obtenu le plus grand nombre de likes seront présélectionnées. Les 3 photographes correspondants bénéficieront d’une formation auprès d’un photographe professionnel et auront l’occasion de prendre une nouvelle série de photos avec le CAMON 12 Series. Le photographe professionnel sélectionnera le meilleur instantané qu’il recommandera en vue de sa publication dans National Geographic.

Ecrit par Jephté TCHEMEDIE

Récupérer l’argent d’un mort de son compte MTN Mobile Money : Alain Nono explique comment [Vidéo]

[Digital Business Africa] – Votre plateforme web d’informations stratégiques sur les TIC, les Télécoms et le Numérique, Digital Business Africa, a organisé en collaboration avec la Fondation Inter-Progress la première édition d’Innovation 4 Human. L’événement s’est tenu du 18 au 22 février 2019 au Palais des Congrès de Yaoundé dans le pavillon numérique de Promote 2019, le salon international de l’investissement. 

Alain Nono, le Directeur de MTN Mobile Money (Cameroun), a été panéliste à la conférence Innovation 4 Human modérée par Beaugas Orain Djoyum, DG de ICT Media STRATEGIES et DP de Digital Business Africa, à Yaoundé le 20 février 2019. C’était sur le thème : «Monnaie électronique et régulation en Afrique centrale : quels défis ?».

Etaient également présents à ce panel, Patrick Kengne, le PDG de Wouri TV ; Jean-Jacques Massima-Landji, le Représentant de l’UIT pour l’Afrique Centrale et Madagascar et Valentin Mbozo’o,  le directeur général du GIMAC (le Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale).

Alain Nono a expliqué au cours de cette conférence que la réglementation en matière de paiement mobile en Afrique centrale est plus restrictive que celle de l’Afrique de l’Ouest. Notamment en matière d’identification des abonnés. Aussi, il a expliqué comment retirer l’argent d’un mort retenu dans son compte MTn Mobile Money. Digital Business Africa vous présente dans cette vidéo les grandes séquences de son intervention.

Récupérer l’argent d’un mort de son compte MTN Mobile Money : Alain Nono explique comment [Vidéo]

La réglementation en matière de paiement mobile en Afrique centrale est plus restrictive que celle de l’Afrique de l’Ouest. En Afrique de l’Ouest, si vous avez un compte dont le montant n’atteint pas 200 000 francs Cfa, vous n’êtes pas obligés de vous faire identifier de la même façon qu’en Afrique centrale.Alain Nono

Alain Nono : « Lorsqu’une personne décède, même si cette personne n’a pas écrit son testament qui justifie ce qu’il faut faire de cet argent, les ayants-droits viennent à Mtn avec un document de justice confirmant et prouvant leur qualité d’ayants-droits et sont identifiés. Ils ont le choix de récupérer cet argent ou de transférer cela sur leur compte à eux.

Après un certain temps, si l’argent n’est pas réclamé, il est reversé à la banque. Nous avons un compte de compensation dans une banque où ces fonds sont reversés jusqu’à réclamation ».

Alain Nono : « (…) La réglementation en matière de paiement mobile en Afrique centrale est plus restrictive que celle de l’Afrique de l’Ouest. En Afrique de l’Ouest, si vous avez un compte dont le montant n’atteint pas 200 000 francs Cfa, vous n’êtes pas obligés de vous faire identifier de la même façon qu’en Afrique centrale. Chez nous, nous avons une réglementation très rigoureuse quel que soit le montant que vous avez dans votre compte de paiement mobile. Ce qui permet de sécuriser le client (…) ».

Innovation 4 Human

D’après Beaugas Orain Djoyum, Innovation 4 Human à Promote 2019 consistait à animer le pavillon numérique de Promote avec un accent sur les Conférences thématiques, ateliers et débats sur des thèmes collés à l’accélération du développement numérique au Cameroun. 

Le thème général d’Innovation 4 Human était « Accélérer le développement d’un Cameroun numérique ». L’objectif général étant de créer un cadre de rencontres professionnelles entre entreprises, de regrouper des experts sur des thématiques importantes du numérique avec un accent sur les retours d’expériences et bonnes pratiques, de proposer des solutions adaptées aux entreprises entamant leur transformation numérique, de découvrir des services et solutions innovantes adaptées aux entreprises, de partager les enjeux, opportunités et innovations du numérique.

Par Digital Business Africa 

Promote 2019 : Revivre en vidéos les conférences Innovation for Human

Cet article fait partie du Dossier spécial : Promote 2019 : Revivre en vidéos les conférences Innovation 4 Human. Lire également et voir les interventions des autres panélistes.

CM14 de l’OMC à Yaoundé et commerce électronique : le Brésil, principal opposant au moratoire permanent voulu par Washington

[Digital Business Africa] – Lors de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026, le Brésil s’est imposé comme le principal contrepoids aux exigences américaines visant à rendre permanent le moratoire sur les transmissions électroniques. Alors que les États-Unis défendaient une prorogation illimitée pour protéger leurs géants numériques, Brasilia a plaidé pour une approche plus prudente, axée sur le développement et la souveraineté fiscale des pays en développement.

Alors qu’un compromis minimal semblait possible dimanche, le Brésil a bloqué le texte relatif au moratoire pour protester contre les exigences américaines et l’absence de progrès sur l’agriculture. Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, a déclaré :

« L’agriculture est le secteur qui a vu le moins de progrès en 30 ans d’existence de l’OMC. Nous ne pouvons pas permettre que cela continue. »

Une position fondée sur le développement

Dans sa communication officielle aux membres de l’OMC, une semaine avant la CM14, le Brésil a rappelé que la fracture numérique persiste et que les disparités sont aggravées par la transformation technologique en cours. Pour Brasília, il est essentiel de disposer de nouvelles analyses empiriques sur l’impact du moratoire :

  • sur la marge de manœuvre industrielle,
  • sur les écosystèmes d’innovation,
  • sur les recettes fiscales,
  • et sur le développement des industries numériques et créatives nationales.

Une prorogation limitée, pas permanente

Le Brésil s’est dit favorable à une prorogation temporaire du moratoire jusqu’à la prochaine ministérielle, mais a rejeté l’idée d’une extension permanente. Il insiste sur la nécessité de ne pas inclure le contenu numérique dans le champ du moratoire, afin de préserver la possibilité pour les États de taxer certains services numériques si nécessaire.

D’où sa proposition : « Nous convenons en outre de maintenir la pratique actuelle consistant à ne pas imposer de droits de douane sur les transmissions électroniques jusqu’à notre prochaine session, tout en réaffirmant qu’il est important de poursuivre la réflexion sur les effets de cette pratique sur la marge de manœuvre politique et les capacités budgétaires des pays en développement et des pays les moins avancés Membres. À cet égard, nous demandons aussi instamment à ce que les discussions au sein de l’OMC sur l’élaboration d’un cadre réglementaire équilibré et axé sur le développement applicable au commerce numérique progressent, de même que celles sur les moyens de faire en sorte que les avantages de l’économie numérique soient plus largement partagés et que les pays en développement et pays les moins avancés Membres soient davantage en mesure de participer au commerce numérique et d’en tirer parti. »

Une proposition institutionnelle

Brasilia a, par ailleurs, proposé la création d’un Comité du commerce numérique et des technologies émergentes au sein de l’OMC. Ce comité aurait pour mandat :

  • d’institutionnaliser le programme de travail sur le commerce électronique,
  • de promouvoir l’industrialisation numérique,
  • de favoriser une participation inclusive des pays en développement,
  • et de combler les fractures numériques persistantes.

« Le Brésil est d’avis que l’établissement d’un comité du commerce numérique et des technologies émergentes pourrait assurer la stabilité institutionnelle des travaux qui ont été menés jusqu’à présent dans le cadre du Programme de travail; ce comité pourrait servir d’enceinte de dialogue et de coopération sur les politiques liées au commerce électronique, le commerce numérique et les technologies émergentes, en mettant l’accent sur la dimension développement », proposait le pays de Lula DA Silva.

Un contrepoids aux États‑Unis

En s’opposant à Washington, le Brésil a défendu une vision équilibrée et axée sur le développement, refusant que l’OMC verrouille définitivement un moratoire qui profite surtout aux multinationales américaines. Cette position a contribué à l’échec des négociations à Yaoundé, mais elle reflète une volonté de replacer les intérêts des pays en développement au cœur des discussions sur la gouvernance numérique mondiale.

Le Brésil n’est donc pas contre le moratoire, mais contre sa pérennité. Il veut un cadre institutionnel qui tienne compte des réalités fiscales et industrielles des pays en développement, et refuse de céder aux pressions américaines visant à sanctuariser l’exemption de droits de douane sur les transmissions électroniques.

Par Beaugas Orain DJOYUM

CM14 de l’OMC à Yaoundé : un échec retentissant sur le moratoire du commerce électronique

[Digital Business Africa] – Les discussions de haut niveau de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tenues à Yaoundé, se sont achevées ce lundi à 2 h du matin sans avancées majeures, après deux longues sessions ministérielles. La 14e Conférence ministérielle (CM14) a été marquée par l’incapacité des 166 membres à prolonger le moratoire qui, depuis 1998, exemptait les transmissions électroniques transfrontalières de droits de douane. Les participants ont convenu de poursuivre les discussions à Genève, selon un calendrier précis mais non communiqué.

Ce moratoire, considéré comme un pilier du commerce électronique mondial, expire demain, le 31 mars 2026, conformément à la décision prise lors de la CM13. Faute d’accord à Yaoundé sur sa prorogation, une situation particulière s’impose. Si cela ne signifie pas que des tarifs seront imposés immédiatement, l’échec constitue un revers majeur pour les pays développés et les États-Unis en particulier, qui plaidaient pour sa pérennisation et menaçaient de quitter l’OMC ou de proclamer sa mort en cas de non-renouvellement.

Avant le début de la CM14, l’ambassadeur américain Joseph Barloon affirmait que le maintien du moratoire donnerait aux États-Unis la confiance nécessaire pour « rester pleinement engagés » dans l’OMC. Un autre diplomate américain, cité par Reuters, prévenait : « Si Jamieson Greer (20e représentant au commerce des États-Unis) quitte Yaoundé sans moratoire, les proclamations américaines sur la mort de l’OMC seront encore plus fortes. »

En plaidant pour un prolongement permanent du moratoire, les États-Unis protègent en effet leur hégémonie numérique. Cela permet à leurs entreprises de diffuser leurs services sans barrières tarifaires, ce qui affaiblit les capacités fiscales des pays en développement. Donald Trump, fidèle à sa posture protectionniste et transactionnelle, considère que tout affaiblissement du moratoire constitue une attaque contre les intérêts économiques américains. D’où les menaces de retrait ou de proclamer la « mort de l’OMC » en cas de non-prorogation.

Réponse de la DG de l’OMC

Interrogée par Digital Business Africa sur l’interprétation de ces menaces, alors que le moratoire n’a pas été prorogé, la directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala a relativisé :

« Les membres prennent souvent des positions tranchées avant une ministérielle. C’est l’art de la négociation, n’est-ce pas ? Parfois, chacun campe sur ses positions et l’idée est de trouver un terrain d’entente. Parfois nous réussissons, parfois non. Dans ce cas, nous étions presque parvenus à un compromis. Les membres avaient identifié une zone d’atterrissage différente de celle que nous utilisions auparavant et non une reconduction automatique. Il reste encore quelques membres à convaincre, dont les États-Unis, présents et ayant exprimé leur volonté de continuer à négocier. »

Implications pour les pays en développement

Faute d’accord à Yaoundé, les pays en développement peuvent désormais exiger et percevoir des droits de douane sur les transmissions électroniques. Cela pourrait renflouer les caisses de ces États en quête permanente d’élargissement de l’assiette fiscale.

Depuis 1998, le moratoire interdisait aux membres de l’OMC d’imposer des droits de douane sur les flux numériques transfrontaliers. Son expiration ouvre la voie à des discussions sur la fiscalité numérique internationale, notamment pour les pays africains en quête de souveraineté budgétaire.

Retour historique : Seattle 1999 et Doha 2001

Ngozi Okonjo-Iweala rappelle que ce n’est pas la première fois que le moratoire expire. En 1999, lors de la Conférence ministérielle de Seattle, les membres n’avaient pas réussi à s’accorder sur sa prorogation. Le moratoire avait donc temporairement expiré avant d’être rétabli deux ans plus tard, à Doha, en 2001. Cette séquence illustre que l’absence de prorogation ne conduit pas automatiquement à l’imposition de droits de douane, mais crée une zone d’incertitude.

Et si les droits de douane étaient appliqués…

Si des droits de douane venaient à être appliqués dans certains pays en voie de développement, ils concerneraient exclusivement les transmissions électroniques transfrontalières — c’est-à-dire les flux de données numériques qui franchissent les frontières via Internet.

La taxation pourrait prendre deux formes : soit par l’intermédiaire des opérateurs télécoms (FAI), qui seraient chargés de mesurer et de facturer le volume de données importées, soit par les grandes plateformes numériques (Netflix, Microsoft, Google, AWS, etc., voir illustration ci-dessous), qui devraient déclarer la valeur des contenus transmis et en répercuter la charge sur les utilisateurs finaux.

CM14 de l’OMC à Yaoundé : un échec retentissant sur le moratoire du commerce électronique
Les plateformes numériques susceptibles de retenir les droits de douane en cas de non-prorogation du moratoire sur les transmissions électroniques

Dans les deux cas, il s’agirait de cibler le canal de transmission électronique et non le contenu numérique lui-même.

Mais les défis techniques et politiques seraient considérables : distinguer les flux transfrontaliers des flux domestiques, assurer la traçabilité sans compromettre la neutralité du Net, éviter une hausse excessive des coûts pour les consommateurs et les PME locales, tout en gérant les tensions diplomatiques avec les États-Unis.

Autrement dit, la taxation des transmissions électroniques ne serait pas une simple mesure fiscale, mais un choix stratégique engageant la souveraineté numérique et l’équilibre des relations commerciales internationales.

La barrière du Brésil et de l’Inde face aux États-Unis

Les États-Unis souhaitaient rendre permanent le moratoire, mais plusieurs pays en développement, notamment l’Inde, s’y sont opposés, craignant une perte de recettes fiscales. Le Brésil, de son côté, ne voulait pas aller au-delà d’une extension de deux ans.

Alors qu’un compromis minimal semblait possible dimanche, le Brésil a bloqué le texte relatif au moratoire pour protester contre les exigences américaines et l’absence de progrès sur l’agriculture. Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, a déclaré : « L’agriculture est le secteur qui a vu le moins de progrès en 30 ans d’existence de l’OMC. Nous ne pouvons pas permettre que cela continue. »

Une semaine avant la CM14, le Brésil avait clairement indiqué qu’il était favorable à la prorogation du moratoire jusqu’à la prochaine session de la CM, « tout en maintenant la pratique de longue date consistant à ne pas l’étendre au contenu numérique et en ménageant un délai supplémentaire pour poursuivre l’examen des incidences économiques et budgétaires du moratoire ».

Côté Inde, Abhijit Das, expert en commerce international, chef du Centre principal d’études sur l’OMC et officier responsable de la CNUCED en Inde, a expliqué à Digital Business Africa les raisons de l’opposition de l’Inde :

« La position de l’Inde est que nous nous opposerons au moratoire pour la simple raison qu’il constitue un obstacle à la capacité des gouvernements à générer des recettes. N’oubliez pas qu’il s’agit des droits de douane. L’Inde en subit les conséquences négatives. De nombreux autres pays en développement en subissent les conséquences négatives. Rendre ce moratoire permanent obligerait donc les pays en développement à renoncer à une source de recettes très importante à l’avenir », explique Abhijit Das.

Un climat de tensions et de désaccords

Depuis près de trois décennies, chaque conférence ministérielle de l’OMC a renouvelé le moratoire. Son expiration à Yaoundé marque une rupture. Même si Ngozi Okonjo-Iweala relativise en rappelant qu’il avait déjà été suspendu en 1999 avant d’être rétabli en 2001.

Au-delà du commerce électronique, les ministres n’ont pas réussi à faire avancer la réforme de l’OMC. L’organisation, fragilisée par les blocages politiques et la montée du protectionnisme, peine à se réinventer.

Lors de la conférence de presse, Ngozi Okonjo-Iweala a reconnu la déception générale : « Nous avons travaillé dur… Nous avons simplement manqué de temps. »

Le patron de la Chambre de commerce internationale, John Denton, a exprimé son inquiétude : « L’échec des membres de l’OMC à parvenir à un accord politique concret à Yaoundé est particulièrement préoccupant à un moment de réelle tension pour l’économie mondiale. » Pour sa part, le secrétaire britannique au Commerce, Peter Kyle, a parlé d’un « revers majeur pour le commerce mondial ».

Yaoundé, théâtre d’un blocage mondial

Yaoundé devait incarner un nouveau souffle pour la coopération commerciale mondiale. Elle restera dans l’histoire comme le théâtre d’un blocage majeur : absence d’accord sur le moratoire relatif au commerce électronique, absence de progrès en matière d’agriculture et de réforme de l’OMC.

Pour l’Afrique, l’événement revêt une portée doublement symbolique : non seulement le continent accueille pour la deuxième fois une conférence ministérielle de l’OMC, mais il se retrouve aussi au cœur des fractures du commerce mondial, entre les ambitions fiscales des pays en développement et la défense des intérêts numériques des grandes puissances.

Au terme de quatre jours de débats intenses, les 120 délégations sur les 166 membres de l’OMC – dont 80 ministres – quittent Yaoundé avec un sentiment d’inachevé, le regard désormais tourné vers Genève pour la poursuite des négociations, et vers Washington, dont la réaction pèsera probablement sur l’avenir du commerce électronique.

Reste désormais à scruter la suite des négociations à Genève, ainsi que la réaction des États-Unis et de Donald Trump, qui voient dans cet échec un revers stratégique et une menace directe pour l’hégémonie numérique américaine…

Par Beaugas Orain DJOYUM

Encadré: Différence entre transmissions électroniques et contenu numérique

Catégorie Définition Exemples concrets Couverture par le moratoire OMC au 31 mars 2026
Transmissions électroniques Flux de données transfrontaliers qui passent par Internet ou des réseaux numériques, sans support physique. – Téléchargement d’un logiciel depuis un serveur étranger- Streaming d’un film ou d’une chanson- Transmission d’un e-book- Mise à jour logicielle- Documents électroniques envoyés par email ✅ Oui — le moratoire interdit d’imposer des droits de douane sur ces flux de données
Contenu numérique Le bien ou service numérique lui-même, une fois transmis et consommé localement. – Le film téléchargé ou regardé en streaming- La musique achetée en ligne- Le logiciel installé- Le jeu vidéo ou l’application mobile- L’e-book lu sur une tablette ❌ Non — le moratoire ne couvre pas le contenu, les États peuvent appliquer TVA ou taxes locales

 

Pour comprendre le moratoire:

Le moratoire de l’OMC ne protège que le canal de transmission (les flux de données transfrontaliers).

Les pays gardent la liberté de taxer le contenu numérique (films, logiciels, musique, etc.) par des impôts intérieurs (TVA, taxes sur les services numériques).

Le Brésil, l’Inde et certains pays en développement insistent sur cette distinction pour éviter que le moratoire ne devienne une exonération fiscale permanente au profit des grandes plateformes numériques mondiales.

Après le 31 mars 2026, faute d’accord sur la prorogation du moratoire, les pays membres de l’OMC peuvent à la fois imposer des droits de douane sur les transmissions électroniques et appliquer la TVA ou des taxes locales sur les contenus numériques.

Lire aussi:

Moratoire sur l’e-commerce à l’OMC : Donald Trump pousse, l’Inde bloque. Yaoundé devient le ring du commerce mondial

OMC, commerce électronique et CM14 à Yaoundé : comment le Cameroun peut réconcilier développement, fiscalité numérique et accords plurilatéraux

Matthew Wilson [Barbade] à la CM14 de l’OMC à Yaoundé : « Nous souhaitons un programme de travail ambitieux sur le commerce électronique » 

[Digital Business Africa] – L’ambassadeur de la Barbade auprès de l’OMC, des Nations unies et d’autres organisations internationales à Genève, en Suisse a pris part à la 14e conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé. Dans cet entretien avec Digital Business Africa, Matthew Wilson donne son avis la CM14 et les décisions qui sont prises en vue développer le commerce électronique pour tous les pays.

Digital Business Africa : Quelle importance accordée vous à cet événement ?

Matthew Wilson : Je suis ravi d’être ici au Cameroun, qui accueille la 14e Conférence ministérielle de l’OMC. C’est un événement majeur, car il offre aux ministres du Commerce du monde entier l’occasion de se réunir et de discuter de questions importantes liées au commerce, au développement et au multilatéralisme. Il est donc particulièrement important et impressionnant qu’un pays en développement comme le Cameroun, membre des États ACP, accueille cette conférence de grande envergure. Je suis ici pour représenter la Barbade et coordonner le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique afin de veiller à ce que nos intérêts soient pris en compte lors des discussions qui se tiennent ici au Cameroun.

Digital Business Africa : Quel est votre regard sur le commerce électronique en ce moment ?

Matthew Wilson : Le commerce électronique est extrêmement important. C’est un moyen de commercialiser vos biens et services. C’est aussi un moyen d’aider les entrepreneurs, les jeunes hommes et femmes, à prospérer grâce au commerce en leur fournissant les outils numériques nécessaires pour mieux produire, consommer plus intelligemment et exporter vers le monde entier tout ce que vous produisez ici, vos produits exceptionnels, vos denrées alimentaires, etc.

Le commerce électronique est donc une plateforme formidable pour rapprocher le Cameroun du reste du monde et faire découvrir l’excellence camerounaise au monde entier.

Digital Business Africa : Cette thématique reste préoccupante au niveau de l’OMC, quelle est la position de votre pays à ce sujet ?

Matthew Wilson : Nous sommes actuellement en pleine discussion et négociation à l’OMC concernant le moratoire sur le commerce électronique. La Barbade reconnaît l’intérêt du maintien du moratoire et, à l’instar de nombreux autres États d’Afrique et des Caraïbes, a déposé un document auprès de l’OMC demandant sa poursuite. Nous souhaitons un programme de travail ambitieux sur le commerce électronique, axé sur le développement. Nous sommes heureux de voir comment cela se concrétise ici à Yaoundé. Le maintien du moratoire est essentiel.

Digital Business Africa : Pourquoi est-il important de le maintenir ?

Matthew Wilson : Il est important, car il offre aux jeunes entrepreneurs, notamment, la possibilité d’acquérir les compétences, les capacités et la confiance nécessaires pour investir et commercialiser des produits numériques. L’absence de taxes douanières à la frontière est un facteur crucial pour le développement de ces industries, de ces secteurs, en particulier pour les jeunes.

Digital Business Africa : Que représente d’après vous cet accord provisoire de l’OMC sur le commerce électronique signé par 66 membres ?

Matthew Wilson : Eh bien, il s’agit de ce que l’on appelle un accord plurilatéral au sein de l’OMC. Cela signifie qu’un groupe de pays souhaitant investir dans la négociation d’un accord dans un domaine particulier est libre de le faire. Cela signifie toutefois qu’il s’agit d’un sous-ensemble des membres de l’OMC, mais tous les membres de l’OMC peuvent bénéficier des règles et réglementations négociées dans le cadre de ces accords plurilatéraux.

Bien que la Barbade ne fasse pas partie de cet accord plurilatéral, nous en comprenons l’importance et nous soutenons ces pays afin qu’ils puissent le mettre en œuvre efficacement.

Il est primordial, à mon avis, de protéger les données personnelles. Comme vous le savez, les données représentent un pouvoir considérable, et la confiance est essentielle pour les citoyens.

Il est donc indispensable de mettre en place une réglementation de sécurité appropriée, des mécanismes adéquats et de veiller à ce que chacun comprenne l’utilisation qui sera faite de ses données.

Comme je l’ai dit, il s’agit d’une forme de contrat, d’une relation de confiance entre le gouvernement et les citoyens qui confient leurs données. La Barbade est un petit pays, certes, mais qui abrite une jeunesse incroyablement innovante, désireuse d’investir dans le numérique. Elle souhaite participer à la création, à l’utilisation et à la consommation des technologies numériques. Elle aspire à pouvoir vendre ses biens et services au-delà des frontières de la Barbade.

Discuter des enjeux du commerce électronique et du numérique, y compris de l’intelligence artificielle et de son potentiel pour un commerce plus intelligent et avoir accès à l’information et aux données est un aspect essentiel du travail que nous menons ici à l’OMC.

Ces discussions sont donc cruciales pour tous les pays, mais particulièrement pour les petits pays en développement, comme ceux des Caraïbes et du continent africain.

Digital Business Africa : Quelle est la relation entre la Barbade et l’Afrique ?

Matthew Wilson : Nous mettons tout en œuvre pour approfondir les relations entre les Caraïbes et l’Afrique. La Première ministre, Mme Amor Mottley, a fait de ce renforcement des liens commerciaux, culturels et humains une priorité de son gouvernement.

Au cours des dix dernières années, nous avons ouvert deux ambassades en Afrique, au Ghana et au Kenya, et nous avons multiplié les échanges culturels et commerciaux entre la Barbade et de nombreux pays africains. Nous souhaitons que cela se poursuive. Nous vous considérons comme un membre de notre famille caribéenne.

Propos recueillis par Ghislaine Deudjui et Jean Materne Zambo

Robert Staiger à la CM14 : «  L’ Afrique représente – 0,5 % des investissements mondiaux en capital-risque dans l’IA ».

[Digital Business Africa]- Joint par courrier électronique, l’économiste en chef de l’OMC a répondu aux questions de DIGITAL Business Africa sur les prévisions de l’OMC en matière de commerce mondiale. Selon le rapport de l’organisation, on pourrait assister à un ralentisement de la croisance du commerce mondial en 2026, assorti d’une baisse des investissements liés à l’IA. Robert Staiger évoque aussi les freins au blocage de la ZLECAf.

Digital Business Africa: Bonjour, monsieur Staiger. Hier, vous avez formulé des prévisions concernant le commerce mondial et les investissements liés à l’IA. Vous estimez désormais que ces investissements pourraient diminuer d’ici 2026. Quels sont les facteurs qui vous amènent à cette conclusion ?

Robert Staiger: Notre rapport indique que les investissements dans les produits liés à l’IA ont été un moteur majeur de la croissance du commerce mondial en 2025. Nous ne disons pas que les investissements liés à l’IA diminueront nécessairement en 2026.

Mais nos prévisions de base supposent que la croissance de ces investissements se modérera quelque peu en 2026 par rapport à l’essor observé en 2025, ce qui contribuera à la modération de la croissance du commerce mondial par rapport à 2025 que nous prévoyons dans notre scénario de base pour 2026.

Digital Business Africa: Malgré son faible taux d’investissement dans l’IA, l’Afrique profite de l’essor mondial de cette technologie. Comment expliquer cela ? Comment le continent peut-il rivaliser avec les États-Unis ou la Chine en matière d’investissement dans l’IA ?

Robert Staiger: Notre rapport indique que le commerce africain bénéficie effectivement de l’essor mondial de l’IA. De nombreux biens essentiels à l’IA, tels que les semi-conducteurs et les puces, étant largement exemptés des nouveaux droits de douane, la forte hausse mondiale des investissements technologiques a contribué à maintenir une demande soutenue pour les matières premières et les minerais africains, composants essentiels de ces chaînes de valeur technologiques.

Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour permettre à l’Afrique de gagner en importance dans la chaîne de valeur de l’IA pour le commerce de marchandises. Comme le souligne notre rapport, l’Afrique représente actuellement moins de 0,5 % des investissements mondiaux en capital-risque dans l’IA.

On observe des signes de progrès dans le secteur des services numériques : les pays africains ont enregistré une forte croissance des services informatiques, les entreprises du monde entier ayant adopté les outils d’IA et ayant besoin de davantage de capacités de traitement des données et de support logiciel.

Investir dans les infrastructures permettant à l’Afrique de tirer pleinement parti de ces avantages comparatifs dans les produits liés à l’IA l’aidera à profiter de la croissance continue des investissements dans ce domaine.

Digital Business Africa: Nous savons que le commerce électronique s’accompagne souvent de fraudes en ligne telles que le vol de données personnelles, les fausses publicités ou les escroqueries… Quel est le coût de ces fraudes pour le commerce mondial ? Et comment l’OMC protège-t-elle les acteurs du commerce électronique ?

Robert Staiger: Ces questions sont intéressantes et importantes, mais notre rapport ne les aborde pas car il porte sur d’autres sujets ; je n’ai donc pas d’éléments particuliers à apporter à ce sujet sur la base de notre rapport.

Digital Business Africa: En l’absence d’un accord unanime entre tous les membres sur le moratoire sur le commerce électronique, pensez-vous que l’accord entre les 66 membres puisse être considéré comme une alternative ?

Robert Staiger: Bien que ce soit une question intéressante, je ne suis pas vraiment en mesure de répondre à ce genre d’hypothèses.

Digital Business Africa: Pour conclure cet entretien, évoquons la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine. À votre avis, il s’agit d’un marché précieux pour les Africains. Pourquoi sa mise en œuvre est-elle si longue ? L’OMC peut-elle soutenir les États africains dans la mise en œuvre effective de cette zone de libre-échange ?

Robert Staiger: Les grands projets d’intégration commerciale prennent du temps car ils ne se limitent pas à la signature d’un accord ; ils nécessitent également une coordination douanière, des règles d’origine, des infrastructures, des systèmes de paiement, une logistique efficace, une harmonisation réglementaire et un suivi politique rigoureux.

Cela est particulièrement vrai pour un projet continental aussi ambitieux que la ZLECAf. Cela étant dit, même si l’OMC ne peut pas mettre en œuvre la ZLECAf pour ses membres, elle peut les aider dans leurs efforts en la matière grâce à une assistance technique, un soutien à la facilitation des échanges, des données, la transparence, le renforcement des capacités et un dialogue politique.

 

Propos recueillis par Jean Materne Zambo 

Accord historique à Yaoundé : l’OMC pose les fondations de la révolution du commerce électronique – Décryptage des chiffres clés et des piliers du nouvel ordre numérique mondial

[Digital Business Africa] – La 14e Conférence ministérielle de l’OMC (MC14), tenue à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026, restera un tournant majeur dans la gouvernance mondiale du numérique.
Soixante-six membres de l’OMC, représentant près de 70 % du commerce mondial, ont adopté ce 28 mars 2026 des arrangements intérimaires ouvrant la voie à la mise en œuvre du tout premier Accord multilatéral sur le commerce électronique.

Cette avancée historique intervient alors que, selon le rapport de l’OMC, « le monde n’est qu’à 8,5 % du chemin vers une intégration numérique complète » .
L’adoption de l’Accord sur le commerce électronique (AoE) marque donc une rupture stratégique.

Un accord attendu, aux bénéfices économiques massifs

Selon les travaux de la Division de la Recherche économique et des Statistiques de l’OMC, l’absence d’accord coûte cher à l’économie mondiale.
Le rapport de l’OMC souligne que « chaque année de retard laisse 159 milliards USD de commerce sur la table » .

Avec l’entrée en vigueur de l’AoE :

  • Les 66 participants devraient voir leur PIB augmenter de 0,43 % et leur commerce de 0,97 %.
  • À l’échelle mondiale, l’impact est estimé à 0,14 % de PIB et 0,58 % de commerce supplémentaire.
  • Si l’accord était adopté par les 166 Membres de l’OMC, les gains seraient multipliés par 4, atteignant 8,7 trillions USD d’ici 2040.

Le rapport précise :
« Si tous les Membres de l’OMC rejoignaient l’AoE, le commerce mondial augmenterait de 2,3 % et le PIB de 0,51 % » .

Pourquoi cet accord change la donne ?

L’AoE couvre 11,5 des 28 domaines clés de l’intégration numérique mondiale, notamment :

  • les transactions électroniques,
  • les signatures et authentifications numériques,
  • les contrats électroniques,
  • la facturation électronique,
  • la protection des consommateurs en ligne,
  • la cybersécurité,
  • l’interdiction des droits de douane sur les transmissions électroniques.

Le document rappelle que « l’AoE dispose d’une forte couverture dans les domaines liés à l’habilitation du commerce électronique » .

Même s’il ne couvre pas encore les flux transfrontaliers de données ni la localisation des données, il constitue la première base mondiale de règles numériques.

Un accord inclusif : un enjeu majeur pour l’Afrique

L’Afrique est au cœur des enjeux de cet accord. Le rapport de l’OMC est clair : les plus grands gagnants potentiels sont les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire faible.

Selon les simulations :

  • Les pays à faible revenu pourraient voir leur PIB augmenter de 2,5 % et leurs exportations de 4,5 %.
  • Les pays à revenu intermédiaire inférieur gagneraient 1,3 % du PIB et 4 % des exportations.
  • L’Afrique, dans un scénario d’adhésion totale, enregistrerait 1,5 % de PIB supplémentaire, 3,7 % de commerce, et 11,4 % de croissance des services numériques.

Le rapport note :
« Les gains seraient les plus importants en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine ».

MC14 à Yaoundé : un symbole fort pour le continent

Le choix de la CM14 de l’OMC à Yaoundé pour cette adoption n’est pas anodin. L’Afrique, longtemps spectatrice des grandes négociations numériques, devient désormais un acteur stratégique.

La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, l’a rappelé :
« Les économies participantes démontrent que le système commercial multilatéral peut répondre aux nouveaux défis. »

Les 66 Membres ont également réaffirmé leur volonté d’intégrer l’accord dans le cadre juridique de l’OMC et d’encourager les autres pays à les rejoindre.

Des bénéfices concrets pour les PME africaines

L’accord ouvre des opportunités majeures :

  • réduction des coûts de conformité,
  • facilitation des paiements électroniques,
  • harmonisation des règles,
  • accès élargi aux marchés mondiaux,
  • renforcement de la confiance numérique.

Le communiqué souligne que l’AoE « débloquera de nouvelles opportunités pour les micro, petites et moyennes entreprises ».

Un message clair : l’Afrique doit rejoindre le mouvement

Le rapport de l’OMC met en garde :
« Il existe des coûts d’opportunité importants à ne pas participer à l’AoE » .

Les pays africains non participants risquent :

  • une perte de compétitivité,
  • un recul dans les chaînes de valeur numériques,
  • un risque de marginalisation réglementaire.

À l’inverse, une participation active permettrait :

  • d’accélérer la transformation numérique,
  • d’attirer des investissements,
  • de renforcer l’intégration continentale (ZLECAf),
  • de soutenir l’essor des startups africaines.

Yaoundé 2026, point de départ d’une nouvelle ère

La MC14 marque un moment fondateur.

Pour la première fois, le monde se dote d’un cadre commun pour le commerce numérique.
Et c’est en Afrique, à Yaoundé, que cette étape historique a été franchie.

L’enjeu désormais : faire en sorte que l’Afrique ne soit pas seulement le lieu de l’annonce, mais aussi l’un des principaux bénéficiaires de cette révolution numérique mondiale.

Digital Business Africa continuera de suivre de près les étapes de ratification, les implications pour les États africains et les opportunités pour les entreprises du continent.

 

Par Beaugas Orain DJOYUM

Encadrés :

 

Les chiffres clés du futur Accord sur le commerce électronique de l’OMC

  1. Un niveau d’intégration numérique encore très faible
  • Le monde n’a atteint que 8,5 % de son potentiel d’intégration numérique.
  • Citation :

    « existing digital trade integration and openness is in its early stages, only 8.5% of the way towards what might be considered full integration ».

  1. Un impact économique immédiat si l’AoE est mis en œuvre
  • Pour les 71 Membres soutenant l’accord :
    +0.43 % de PIB et +0.97 % de commerce.
  • À l’échelle mondiale :
    +0.14 % de PIB et +0.58 % de commerce.
  • Citation : « Immediate adoption of the AoE… is projected to raise their GDP by 0.43% and trade by 0.97%… with global GDP increasing by 0.14% and global trade by 0.58%. »

  1. Le coût du retard : 159 milliards USD par an
  • Chaque année sans mise en œuvre = 159 milliards USD de commerce perdu.
  • Cumul jusqu’en 2040 : 2,4 trillions USD.
  • Citation :

    « every year the agreement… is delayed leads to foregone trade of USD 159 Billion (with a cumulative total of USD 2.4 trillion until 2040). »

 

  1. Un potentiel quadruplé si tous les Membres de l’OMC rejoignent l’accord
  • Avec 166 Membres :
    +0.51 % de PIB mondial, +2.3 % de commerce,
    soit 8,7 trillions USD d’ici 2040.
  • Citation :

    « if the AoE were to be extended to all WTO Member States… global GDP would rise by 0.51% and trade by 2.3%, or USD 8.7 trillion by 2040. »

 

  1. Les plus grands gagnants : l’Afrique et l’Asie du Sud
  • Pour les pays à faible revenu :
    +2.5 % de PIB, +4.5 % d’exportations.
  • Pour les pays à revenu intermédiaire inférieur :
    +1.3 % de PIB, +4 % d’exportations.
  • Citation :

    « In low-income economies real GDP and real exports would go up by 2.5% and 4.5%… in lower-middle income economies, GDP would go up by 1.3% and exports by 4%. »

 

  1. Un effet amplifié par la transformation numérique et l’IA
  • Sans la tendance actuelle de digitalisation, l’impact serait plus faible :
    0.10 % au lieu de 0.14 % de PIB mondial.
  • Citation :

    « Without this technological trend… the projected impact… would be of 0.10% instead of 0.14%. »

 

  1. Un accord qui renforce surtout les services numériques
  • Les services numériques sont les plus sensibles à la baisse des coûts :
    –0.65 % de coûts (AoE71) et –1.97 % (AoE166).
  • Citation :

    « The average trade cost reductions… are highest for digitally deliverable services (-0.65%). »

 

  1. Un risque réel pour les pays non participants
  • Les économies non membres subissent des pertes liées au trade diversion.
  • Citation :

    « Minor reductions in GDP and trade would arise in… economies which… do not participate… primarily due to trade diversion. »

 

  1. L’Afrique : la région qui gagne le plus dans un scénario AoE166
  • +1.5 % de PIB, +3.7 % de commerce,
    +11.4 % pour les services numériques.
  • Citation :

    « Africa would experience the largest economic gains… GDP increase by 1.5%, trade by 3.7% and digitally deliverable services by 11.4%. »

 

  1. Un message clair : plus la participation est large, plus les gains sont élevés
  • According to WTO, :

    « Wider membership supports not only larger gains all round but also wider gains for lower income economies. »

Les 10 piliers du nouvel Accord de l’OMC sur le commerce électronique

  1. Reconnaissance juridique complète du numérique

Le document insiste sur la nécessité d’un cadre légal moderne :

« The E-Commerce Agreement encourages the adoption of legal frameworks that recognize electronic transactions and treat electronic and paper-based information as legal equivalents. »

Cela couvre :

  • transactions électroniques,
  • e-signatures,
  • e-authentication,
  • e-contracts,
  • e-invoicing.
  1. Facilitation du commerce : vers un commerce sans papier

L’accord promeut :

  • la dématérialisation des documents,
  • l’interopérabilité des systèmes,
  • l’usage d’un guichet unique pour les procédures douanières.

« The E-Commerce Agreement promotes the use, exchange and acceptance of electronic trade documents… »

  1. Interdiction des droits de douane sur les transmissions électroniques

Un engagement majeur pour la prévisibilité du commerce numérique :

« The E-Commerce Agreement prohibits the imposition of customs duties on electronic transmissions… »

  1. Ouverture des données publiques

L’accord encourage la mise à disposition des données gouvernementales pour stimuler l’innovation :

« The E-Commerce Agreement facilitates public access to government data… »

  1. Protection du consommateur en ligne

Les États doivent mettre en place des lois contre les pratiques trompeuses et garantir des mécanismes de recours :

« The E-Commerce Agreement requires parties to put in place legal frameworks that protect online consumers… »

  1. Lutte contre le spam

L’accord impose des mesures pour limiter les messages commerciaux non sollicités :

« measures to minimize unsolicited commercial electronic messages… »

 

  1. Protection des données personnelles

Un engagement fort pour la confiance numérique :

« The E-Commerce Agreement locks in a commitment… to provide for the protection of personal data… »

  1. Cybersécurité renforcée

L’accord encourage la coopération internationale et le renforcement des capacités nationales :

« facilitates cooperation, the development of national cybersecurity capabilities… »

  1. Inclusion, développement et renforcement des capacités

Un volet essentiel pour les pays en développement et les PMA :

« Inclusion is at the heart of this E-Commerce Agreement… through implementation periods, needs assessments, capacity building and technical assistance. »

Le Capacity Building Framework (CBF) soutient :

  • l’évaluation des besoins,
  • l’assistance technique,
  • le renforcement des infrastructures numériques.
  1. Modernisation des règles sur les télécommunications

L’accord actualise les règles de l’OMC pour refléter les évolutions technologiques :

« modernize global trade rules governing telecommunications… »

Bonus : Mécanisme de révision continue

L’accord prévoit une mise à jour régulière pour rester pertinent :

« sets out a pathway for parties to periodically review commitments… »

 

Par Beaugas Orain DJOYUM

 

CM14 : Les prévisions de l’OMC sur le commerce mondial et les investissements liés à l’ IA pour l’avenir

[DIGITAL Business Africa] – L’impact de l’intelligence artificielle sur l’économie mondiale n’est plus à démontrer. Lors de sa conférence de presse ce 28 mars 2026 dans le cadre de la CM14 à Yaoundé, Robert Staiger, économiste en chef de l’ OMC, a fait des projections sur le commerce  et l’IA. Il a indiqué que le commerce des services commerciaux a connu une hausse de 5,3 % en 2025. Cela en raison du boom des investissements dans les biens et services liés à l’IA.

2025 a été une année charnière pour l’intelligence artificielle. Pour la première fois, les financements alloués aux startups spécialisées en IA et en apprentissage automatique ont représenté la majorité de la valeur totale des transactions de capital-risque à l’échelle mondiale.

Les investissements alloués aux startups dédiées à l’IA ont atteint 270,2 milliards de dollars, soit 52,7 % des 512,6 milliards de dollars investis par les sociétés de capital-risque, selon un rapport de BestBrokers basé sur les données de PitchBook, CB Insights et Liquidity.

Au nombre des levées les plus spectaculaires de 2025 figure l’investissement record de 40 milliards de dollars réalisé par SoftBank dans OpenAI (dépassé depuis par celui de 50 milliards de dollars d’Amazon dans le cadre du dernier financement à 110 milliards de dollars du spécialiste IA). Un montant largement supérieur aux 14,3 milliards  de dollars injectés par Meta dans Scale AI.

Les investissements liés à l’IA sont divers. Notamment l’investissement dans les centres de données, qui hébergent l’infrastructure informatique spécifique nécessaire pour entraîner, déployer et fournir des applications et des services d’IA.

Cela s’accompagne généralement de coûts de construction des installations physiques, ainsi que des dépenses en technologies de l’information et autres équipements électriques nécessaires à leur fonctionnement, dont les serveurs et les équipements réseau.

Selon l’économiste de l’OMC, les investissements liés à l’IA devraient diminuer en 2026. Ce qui ralentirait la croissance du commerce mondial. La cause. La principale cause est selon l’économiste le conflit au Moyen-Orient. Mais tout n’est pas perdu.

« Les perspectives pourraient toutefois s’améliorer si le conflit s’achève rapidement et le boom des dépenses liées à l’IA se poursuit. si le conflit est de courte durée et si les dépenses liées à l’IA restent élevées tout au long de 2026 et en 2027, auquel cas le taux de croissance du commerce des marchandises pourrait être relevé de 0,5 point de pourcentage et ainsi atteindre 2,4 % cette année et 2,7 % l’année prochaine », a dit Robert StAiger.

Mais si le conflit perdure, on pourrait assister à la chute de la croissance du commerce des services commerciaux à 4,8 % en 2026.

De manière générale, le commerce des marchandises et des services progressera de 2,7 % en 2026, contre 4,7 % en 2025. La croissance du PIB mondial devrait diminuer légèrement, tombant de 2,9 % en 2025 à 2,8 % en 2026 et 2027.

Par Jean Materne Zambo

Ibrahim Kalil Konaté à la CM14 : « La question du commerce électronique doit être une opportunité »

Ibrahim Kalil Konaté est le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat de la Côte d’Ivoire, et chef de la délégation de son pays à la Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé au Cameroun. Dans cette réaction à lui arrachée par Digital Business Africa, il affirme la solidarité de la Côte d’Ivoire au groupe africain.

La question du commerce électronique doit être une opportunité pour les pays en développement et bien entendu l’ensemble des pays membres de l’OMC. Nous attendons une réforme qui donne une nouvelle dynamique à l’OMC. Mon pays la Côte d’Ivoire appuie les déclarations du groupe africain. Nous avons travaillé et nous pensons que les résultats attendus seront à la hauteur des objectifs que les pays visent.

Propos recueillis par Assongmo Necdem

 

 

Gaudencia Mohaba Mesu, à la CM14 : « Nos jeunes entrepreneurs ont déjà développé un grand niveau »

Gaudencia Mohaba Mesu est le Vice-Premier ministre de la Guinée Equatoriale, en charge du ministère du Commerce, de la Promotion des entreprises et de l’Industrie. En tant que chef de la délégation de son pays à la Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, il présente l’importance des échanges bilatéraux entre pays voisins.

Quelle est pour vous l’importance de venir à la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun ?

Etant donné que le Cameroun est un pays frère, un pays voisin de la République de Guinée Equatoriale, ça a été une opportunité pour nous de venir ici présenter nos dispositions, et surtout notre appui au gouvernement de la République de Cameroun.

En matière d’échanges commerciaux, au lieu d’aller vers des pays tiers, il faut commencer entre les 2 pays. Pour nous, entre la République de Guinée Equatoriale et la République du Cameroun, le commerce est trop important. Il y a moins de 3 mois, notre vice-président était au Cameroun pour présenter les bonnes dispositions des entreprises et de l’Etat de Guinée Equatoriale. Nous avons au Cameroun la banque nationale de Guinée équatoriale. Et chez nous, il y a l’entreprise camerounaise Tradex. Nous avons le marché commun de Yoyo-Yolanda pour le gaz entre la République Guinée Equatoriale et le Cameroun qu’il faut exploiter de manière conjointe. Il y a des opportunités importantes pour les 2 pays, pour l’Afrique centrale et pour le continent. C’est ça l’OMC, c’est-à-dire, les échanges commerciaux bilatéraux. C’est donc une opportunité pour le continent africain et l’Afrique Centrale de développer le commerce intra-africain.

Les échanges multilatéraux sont aussi importants. Donc la Conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun est une grande opportunité pour le continent africain, surtout pour l’Afrique Centrale, de développer les commerces entre les différents pays.

Avec quoi la Guinée Equatoriale arrive à cette Conférence ministérielle de l’OMC ?

Tout d’abord nous avons le pétrole, les systèmes pétroliers et surtout le gaz, pour échanger avec nos partenaires. Mais nous avons aussi au niveau des petites entreprises, il y a déjà le secteur industriel. Donc nos jeunes entrepreneurs ont déjà développé un grand niveau pour le marché national. Mais il faut trouver des marchés pour échanger.

Propos recueillis par Assongmo Necdem

 

À la CM14, 66 pays adoptent l’accord de l’OMC sur l’e-commerce qui vise 8 700 milliards $ d’ici 2040

[DIGITAL Business Africa] – En attente d’un consensus sur le moratoire de l’e-commerce, un accord stratégique est pris ce 28 mars 2026. Il est l’œuvre de 66 membres de l’Organisation mondiale du Commerce. Ces membres qui représentent environ 70 % du commerce mondial ont adopté une stratégie pour la mise en œuvre de l’accord de l’OMC sur le commerce électronique par le biais de dispositions transitoires.

Cet accord vise à établir des règles mondiales pour le numérique, incluant des dispositions transitoires cruciales. Notamment les délais d’adaptation pour les pays en développement, un moratoire sur les droits de douane de transmission électronique, et un cadre de facilitation (signatures, facturation), les règles sur le transfert de données et la protection de la vie privée et la protection du code source et la lutte contre les barrières au commerce numérique.

Si l’accord sur le commerce électronique est mis en œuvre par tous les membres de l’OMC, il devrait accroître le PIB mondial de 8 700 milliards de dollars américains d’ici à 2040, selon l’ OMC. les pays à revenu faible et intermédiaire quant à eux devraient en tirer le plus grand profit.

La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a rappelé le rôle crucial de l’E-commerce dans l’économie mondiale

« Le commerce numérique représente un formidable levier de croissance économique et de création d’emplois. En progressant dans la mise en œuvre de l’Accord sur le commerce électronique, les économies participantes contribuent à l’établissement d’un cadre réglementaire commun susceptible de réduire les coûts et de créer de nouvelles opportunités.

Elles démontrent également que le système commercial multilatéral peut s’adapter, et s’adapte déjà, aux nouveaux défis et à l’évolution de la conjoncture économique.

La poursuite de cette coopération est essentielle pour garantir que le commerce numérique demeure ouvert et prévisible, et que ses avantages soient partagés par toutes les économies, quel que soit leur niveau de développement ».

Comme le Japon, Singapour, les Philippines, le Canada, le Costa Rica, l’Union européenne entre autres, l’Australie salue et accord. Le ministre adjoint australien des Affaires étrangères et du Commerce, Matt Thistlethwaite, a déclaré :

« L’Australie est fière de jouer un rôle de premier plan, aux côtés de Singapour et du Japon, dans la mise en œuvre du premier ensemble de règles commerciales numériques à portée mondiale. Les dispositions que nous annonçons aujourd’hui apporteront des avantages concrets à nos entreprises et à nos consommateurs, et permettront aux pays en développement de profiter pleinement des retombées de l’économie numérique. »

De manière claire, cet accord n’inclut pas les États-Unis, l’ Inde et les pays hostiles à la levée du moratoire sur le commerce électronique. Il s’agit donc d’un accord hors OMC selon des sources de l’organisation. Une sorte de zone de libre échange entre les signataires.

Par Jean Materne Zambo

CM14 in Yaoundé: A strong commitment to fair and sustainable global trad

[Digital Business Africa]– During the 14th Ministerial Conference of the World Trade Organization(MC14/WTO), Australia reaffirms its support for developing countries through sustainable fisheries funding

As highlighted by Matt Thistlethwaite, empowering developing and least-developed countries with the right tools and resources is key to effectively implementing global trade agreements.

     A shared vision:

  • Protect marine resources
  • Support local economies
  • Strengthen international cooperation

Cameroon once again stands at the heart of global economic dialogue

By Digital Business Africa

SOFIA SCASSERA : « L’OMC réduit la marge de manœuvre politique à l’ère du numérique »

[Digital Business Africa] – Lors de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se tient actuellement au Palais des Congrès de Yaoundé, les débats sur les règles du commerce numérique s’intensifient. Parmi les voix les plus critiques, celle de Sofía Scasserra, spécialiste de l’économie numérique, du travail et du développement, s’inquiète des conséquences à long terme des négociations en cours à l’OMC.

Dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique et l’influence croissante de l’intelligence artificielle, Mme Scasserra prévient que l’approche réglementaire de l’OMC pourrait restreindre considérablement la souveraineté nationale. « L’OMC… réduit la marge de manœuvre politique des pays et libéralise encore davantage. C’est un régime réglementaire où la libéralisation est la norme, ce qui est problématique car il ne laisse aucune marge de manœuvre politique,” a-t-elle déclaré.

Selon elle, les négociations en cours risquent de limiter la capacité des pays en particulier ceux du Sud à façonner leurs propres économies numériques. « Cette conférence cherche à libéraliser et à réduire la capacité des pays à réglementer leur propre économie numérique, » a-t-elle ajouté, pointant du doigt un déséquilibre structurel inhérent à la gouvernance du commerce mondial.

Au-delà des règles commerciales, Scasserra inscrit le débat dans le contexte plus large des mutations technologiques induites par l’intelligence artificielle. À mesure que les systèmes d’IA deviennent essentiels aux chaînes de production et aux infrastructures économiques, le manque de flexibilité réglementaire pourrait exposer les pays à de nouveaux risques systémiques. « Nous sommes déjà en train de déréglementer une économie numérique dont nous savons qu’elle est problématique et qu’elle doit être réglementée », a-t-elle souligné.

Alors que des juridictions comme l’Union européenne développent activement des cadres réglementaires pour l’IA et les plateformes numériques, Scasserra relève un paradoxe au niveau multilatéral. « Partout dans le monde, on réglemente, et voilà qu’on veut imposer une législation internationale qui empêchera les pays de réglementer », a-t-elle averti.

Une préoccupation majeure réside dans la dépendance croissante aux infrastructures technologiques étrangères. À mesure que les économies intègrent l’IA dans la logistique, les systèmes énergétiques et les processus industriels, le recours à des modèles externes souvent développés par de grandes entreprises américaines comme OpenAI pourrait accentuer cette dépendance numérique. « Vous fondez vos modèles sur des systèmes qui ne sont pas ancrés dans vos propres économies… ce qui crée un biais, mais aussi une dépendance technologique », a expliqué Scasserra.

Elle a ensuite souligné les risques systémiques associés à cette dépendance : « Si ces systèmes cessent de fonctionner… vos propres systèmes s’effondreront. Cela signifie que votre économie dépend d’acteurs extérieurs. » Pour les pays en développement, cela soulève non seulement des préoccupations économiques, mais aussi des questions de résilience et de souveraineté dans une économie mondiale de plus en plus pilotée par l’IA. La question de la répartition des richesses est tout aussi centrale dans sa critique. Dans le cadre actuel en particulier avec le moratoire sur les droits de douane pour les transmissions électroniques les avantages semblent se concentrer entre les mains d’une poignée de géants mondiaux de la technologie. « Ce système n’a fait qu’accroître la richesse de quelques grandes entreprises technologiques… sans la redistribuer », a-t-elle affirmé.

Pour Scasserra, la solution réside dans le rétablissement d’une plus grande flexibilité politique. « Il est temps de redistribuer les richesses, et nous pouvons le faire grâce aux taxes et aux droits de douane. Nous avons besoin d’une marge de manœuvre politique pour décider quels biens et secteurs numériques nous voulons protéger », a-t-elle conclu. Surtout, elle a précisé que cela n’impliquait pas l’imposition généralisée de droits de douane, mais plutôt la possibilité pour les pays de faire des choix stratégiques en accord avec leurs priorités de développement.

Alors que les discussions se poursuivent à Yaoundé, son intervention souligne une question cruciale pour les membres de l’OMC : comment concilier la volonté de libéraliser le commerce numérique mondial et la nécessité d’une autonomie réglementaire nationale à l’ère des mutations technologiques rapides ? Pour de nombreuses économies en développement, l’issue de la MC14 pourrait bien déterminer si elles pourront pleinement tirer parti du numérique, ou simplement s’y adapter.

Par DIGITAL BUSINESS AFRICA

Niger : Le Chef de l’Etat, Abdourahamane Tiani, lance la carte d’identité biométrique AES

[DIGITAL Business Africa ] – C’est fait ! La carte d’identité biométrique AES est officiellement lancée au Niger. Le président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, a procédé lui-même à son enrôlement biométrique ce vendredi 27 mars 2026.

C’était au cours d’une cérémonie à laquelle ont pris part plusieurs personnalités, dont le Général de Division Mohamed Toumba, le ministre d’État, ministre de l’Intérieur, le Général de Brigade Ibroh Amadou Bacharou.

Cette initiative vise à moderniser l’identification des citoyens, àrenforcer la sécurité et à améliorer les services publics. La phase pilote débutera à Niamey. Son déploiement sera progressif dans tout le pays et dans les représentations diplomatiques à l’étranger.

Le dispositif technique dédié à la production de nouveaux passeports AES et cartes d’identité biométriques est réalisé à 85 %, selon le ministère de l’Intérieur après une visite sur les sites du projet.

Le directeur général de Alitassal Aljadeed, Abdul Mohymen Arrgaii, à son tour, a expliqué que cette initiative constitue un pilier fondamental de la construction d’une infrastructure numérique souveraine pour l’Etat ». Tant elle « soutiendra le développement des services publics, renforcera la sécurité des identités et sera conforme aux normes internationales en matière de gestion de l’identité numérique ».

Le nouveau document d’identification « jette également les bases de la prochaine phase du système de documents souverains et de la création notamment le projet de passeport électronique biométrique qui sera bientôt finalisé, ce qui renforcera la position de la République du Niger dans le système de voyage international et parachèvera le développement d’identité numérique de la nation », a-t-il indiqué.

La carte d’identité biométrique sera délivrée à partir de 15 ans, valable cinq ans. Pour s’en procurer, le citoyen dpit se munir des documents tels que l’extrait d’acte de naissance et le certificat de nationalité. Le programme comprend également la production prochaine de passeports biométriques AES.

Par Jean Materne Zambo

Abhijit Das à la CM14 de l’OMC à Yaoundé : « L’Inde s’oppose au moratoire sur l’e‑commerce, parce qu’il limite la capacité des États à générer des recettes »

[Digital Business Africa]- Expert en commerce international, Abhijit Das est le chef du Centre principal d’études sur l’OMC. Il est officier responsable de la CNUCED en Inde, Services indiens d’audit et de comptabilité. Il explique les raisons pour lesquelles les pays en développement sont opposés au moratoire sur les transmissions électroniques. Il s’agit du moratoire de l’Organisation Mondiale du Commerce sur l’imposition des droits de douane sur un grand nombre de biens numériques.

Digital Business Africa : Quels sont les enjeux de cette présence 14ème Conférence de l’OMC sur la vie du moratoire sur les transmissions électroniques ?

Abhijit Das : Aujourd’hui, lors de la 14ème Conférence ministérielle, une question importante qui se pose aux membres del’OMC  concerne ce qu’on appelle le moratoire temporaire sur les droits de douane applicables aux transmissions électroniques. Les options qui s’offrent aux membres sont les suivantes. Ils peuvent décider de ne pas prolonger le moratoire temporaire. Une deuxième possibilité serait de prolonger le moratoire jusqu’à la prochaine conférence ministérielle, comme cela a été fait par le passé.

Et la troisième option, celle sur laquelle les États-Unis insistent, consiste à instaurer un moratoire permanent sur les droits de douane applicables aux transmissions électroniques. Comment cette question a-t-elle surgi ? Son histoire est très intéressante. En 1998, l’OMC célébrait les 50 ans du système commercial multilatéral et le président américain, Bill Clinton, devait assister à la réunion ministérielle de l’OMC à Genève.

Les États-Unis ont déclaré que si le président Clinton se rendait à la réunion de l’OMC, il devait en revenir avec quelque chose pour l’industrie américaine. Et ce que les États-Unis ont exigé, c’était un moratoire sur les droits de douane applicables aux transmissions électroniques. Or, cette question n’a pas fait l’objet de débats, ni n’a été beaucoup discutée. Elle n’a été abordée que lors d’une seule réunion en février 1998.

Et de nombreux doutes habitaient l’esprit des gens, ainsi que celui des pays, quant à la portée du moratoire, à sa définition et à ce qu’il couvrirait. Mais ignorant tous ces doutes soulevés par de nombreux pays, les États-Unis, grâce à leur pouvoir de négociation, ont réussi à faire passer cette décision en force lors de la Conférence ministérielle de Genève de 1998.

Digital Business Africa : Il y avait quand même du positif dans l’implémentation du moratoire ?

Abhijit Das : Le seul point positif était qu’il ne s’agissait pas d’un moratoire permanent. Il s’agissait plutôt d’un moratoire temporaire de 2 ans, dont le renouvellement devait être examiné lors d’une conférence ministérielle ultérieure. Or, si vous examinez le libellé du moratoire, celui-ci prévoit qu’il s’applique aux droits de douane sur les transmissions électroniques. Nous devons donc garder à l’esprit deux choses. La mesure dont la mise en œuvre est empêchée consiste à appliquer un droit de douane sur quoi exactement en ce qui concerne les transmissions électroniques ? À l’heure actuelle, les transmissions électroniques sont-elles des marchandises ? Les services sont-ils inclus ? Nous ne le savons pas.

Mais si l’on se concentre sur le mot « droits de douane », alors les droits de douane ne s’appliquent qu’aux marchandises, ils ne s’appliquent pas aux services. Ainsi, ce qui a été convenu en 1998, à strictement parler, ne devrait s’appliquer qu’aux marchandises. Et puisque nous parlons de transmission électronique numérique, il s’agit peut-être de marchandises livrées par voie numérique. Qu’est-ce qu’un bien livré par voie numérique ? Disons des livres téléchargés, des films téléchargés. Donc, à proprement parler, cela devrait correspondre au champ d’application de ce qui a été convenu en 1998. Or, ce que l’on tente actuellement lors de cette conférence ministérielle, c’est de rendre le moratoire permanent. C’est-à-dire que nous ne revenions pas à chaque conférence ministérielle pour continuer à le prolonger. Les États-Unis souhaitent le rendre permanent et veulent que les services fournis par voie numérique soient également couverts par le moratoire.

Digital Business Africa : L’Inde a déjà affiché son opposition au maintien de ce moratoire…

Abhijit Das : La position de l’Inde est que nous nous opposerons au moratoire pour la simple raison qu’il constitue un obstacle à la capacité des gouvernements à générer des recettes. N’oubliez pas qu’il s’agit des droits de douane. L’Inde en subit les conséquences négatives. De nombreux autres pays en développement en subissent les conséquences négatives. Rendre ce moratoire permanent obligerait donc les pays en développement à renoncer à une source de recettes très importante à l’avenir. C’est la raison pour laquelle l’Inde et quelques autres pays en développement s’opposent à ce moratoire. Ils ne veulent pas que le moratoire devienne permanent. Ils veulent que le moratoire soit totalement levé.

Digital Business Africa : Cela signifie que désormais, les biens matériels ne priment plus sur les données numériques ?

Abhijit Das : Exactement. C’est donc pour cela que les transmissions électroniques seront très importantes et que ce sera la source de revenus à l’avenir. L’OMC devrait-elle donc empêcher ses membres de générer des revenus à l’avenir ? Je dirais que non. Mais les États-Unis veulent promouvoir les intérêts de leurs géants technologiques de la Silicon Valley. Les grandes entreprises technologiques de la Silicon Valley ne veulent pas payer d’impôts. Elles utilisent l’OMC comme un moyen de promouvoir leurs intérêts commerciaux. Qui seront les gagnants d’un moratoire permanent ? Juste une poignée de grandes entreprises technologiques aux États-Unis.

Digital Business Africa : Qui seront les perdants du prolongement de ce moratoire sur les transmissions électroniques ?

Abhijit Das : Le très grand nombre de pays en développement qui seront contraints d’abandonner. L’instrument politique visant à générer des recettes sur les transmissions numériques à l’avenir signifie que nous en sommes là.

Digital Business Africa : Sommes-nous vraiment sûrs qu’à l’issue de cette conférence, nous aurons la décision sur la fin ou la continuité du moratoire des transmissions électroniques ?

Abhijit Das : Mettre fin au moratoire. Voyez-vous, la décision de prolonger le moratoire doit être prise par consensus. Mais la décision d’y mettre fin ne doit pas nécessairement être prise par consensus. Si tous les pays, ou même si un seul pays dit qu’il ne souhaite pas prolonger le moratoire, la décision, le moratoire prendra fin lors de cette réunion ministérielle. Les États-Unis souhaitent un moratoire permanent. Alors que la plupart des pays s’opposent à un moratoire permanent, de nombreux pays s’opposent à un moratoire permanent. Ce qui pourrait se produire, c’est une nouvelle prolongation temporaire de 2 ans supplémentaires. C’est une possibilité comme dans le passé.

Digital Business Africa : Qu’attendez-vous de cette 14ème Conférence ministérielle de l’OMC ?

Abhijit Das : Mon espoir dans cette conférence, concernant le moratoire sur les transmissions électroniques c’est que ces tentatives n’aboutissent pas et que la Conférence de Yaoundé reste dans la mémoire des générations futures comme cette conférence où le multilatéralisme a pris le dessus sur les tentatives d’une poignée de pays riches et puissants, visant à la transformer en une organisation.

Entretien avec Valgadine TONGA

 

WTO MC14 in Yaoundé: Developing Countries Push Back Against E-Commerce Moratorium

[Digital Business Africa] – As the global spotlight turns to the conference center of Yaoundé for the 14th Ministerial Conference of the World Trade Organization (WTO MC14), tensions are once again surfacing around one of the most contentious issues in global digital trade: the e-commerce moratorium.

On the sidelines of the high-level negotiations, representatives from developing countries are voicing firm opposition to the continuation of the long-standing moratorium on customs duties applied to electronic transmissions. For these economies, the stakes are not merely technical they are structural and fiscal.

«« Our position in the e-commerce negotiations is very clear: we refuse the moratorium because it is harmful and directly impacts developing countries »,emphasized Rahmat MAULANA SIDIK from INDONASIA. The argument reflects a growing sentiment among Global South nations that the current framework disproportionately benefits digital giants headquartered in advanced economies.»

«At the heart of the dispute lies a critical concern: taxation. Governments in developing countries argue that the moratorium prevents them from collecting much-needed revenue from cross-border digital services, often dominated by platforms based in the United States, such as Amazon. “Our governments cannot effectively tax e-commerce platforms operating online but based abroad,” the delegate added, highlighting a structural imbalance in the global digital economy.»

For countries like Indonesia and many across Africa, the inability to levy tariffs on digital imports is increasingly seen as a constraint on economic sovereignty and domestic resource mobilization. This comes at a time when digital consumption is accelerating rapidly across emerging markets, further amplifying the potential revenue gap.

«Beyond taxation, the broader issue of fairness in digital trade governance is also at stake. “In these negotiations at the WTO in Cameroon, developing countries must make their voices heard. The moratorium must be reformed so that it works for developing economies,” the delegate insisted.»

This pushback signals a potential shift in the balance of power within WTO negotiations, as developing nations seek to reshape global digital trade rules to better reflect their economic realities. The outcome of these discussions in Yaoundé could therefore mark a turning point—not only for the future of the e-commerce moratorium but also for the broader architecture of digital trade governance.

As MC14 unfolds, the debate underscores a deeper divide: between those advocating for the free flow of digital trade and those calling for a more equitable distribution of its benefits. For Africa and other developing regions, the question is no longer whether to participate in the digital economybut under what rules.

By Loic SOUOP

John Bescec : « Si le moratoire sur les transmissions électroniques est interrompu, il sera très difficile de poursuivre la croissance numérique »

 [Digital Business Africa]- Yaoundé, capitale politique du Cameroun, accueille depuis le 26 mars 2026, la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC (CM14). Les Etats, les organisations de la société civile et les experts débattent des réformes de l’OMC. L’un des sujets qui divisent jusqu’à présent est celui relatif au renouvellement ou non du moratoire sur les transmissions électroniques. Dans cet entretien avec Digital Business Africa, le Canadien John Bescec, Président de la CCI, (Commission mondiale des douanes et de la facilitation du commerce) et Directeur des questions douanières et commerciales chez Microsoft, livre le point de vue du Canada.

Digital Business Africa : La grosse question attendue à ce rendez-vous mondial de l’OMC, c’est le moratoire sur les transmissions électroniques. Quelle est votre attente à ce sujet ?

John Bescec : Mon attente concernant le moratoire est, en premier lieu, que nous le rendions permanent afin de ne pas avoir à le rouvrir tous les deux ans, ni à le renouveler. De nombreuses études ont été menées dans différents pays sur la manière dont cela pourrait aider les pays en développement à se connecter aux marchés internationaux car, tout est désormais numérique. Vous avez un produit, mais vous devez être connecté au marché international. Et si les pays imposent des droits de douane, il deviendra plus coûteux pour les petites entreprises et les entrepreneurs de pouvoir se permettre d’étendre leurs marchés en dehors de leur propre juridiction. Je vois donc dans le moratoire, une excellente opportunité de pouvoir réduire les coûts, de collecter davantage de recettes grâce à la TVA, grâce aux impôts, et le pays en bénéficiera également. Si le droit de douane a été appliqué, il n’existe cependant aucun processus pour le percevoir. Cela deviendrait très administratif et les pays devraient embaucher beaucoup plus de personnel pour effectuer ce travail, afin de percevoir très peu d’argent. Donc ce ne serait pas dans l’intérêt des pays d’y mettre un terme. De nombreux pays le comprennent, et j’espère que les chiffres qu’ils ont examinés suffisent à les convaincre que leur économie peut croître plus vite et être plus forte si le moratoire sur les droits de douane se poursuit. S’il est interrompu, il sera très difficile de poursuivre la croissance numérique car, elle deviendra plus coûteuse.

Digital Business Africa : Quelle est la position de votre pays le Canada sur la question du maintien ou non du moratoire ?

 John Bescec : Le Canada est d’accord pour le moratoire. Le Canada plaide pour le renouvellement du moratoire, pour le pérenniser afin de ne plus avoir à en parler. Les preuves sont là, les chiffres montrent la croissance, surtout pour l’Afrique, pour les économies en développement. Donc, cela n’aurait vraiment aucun sens si le moratoire était supprimé. Du point de vue des entreprises, j’attends de nous que nous maintenions le moratoire moral afin de ne pas avoir à créer de nouvelles procédures de perception des droits de douane. Car c’est beaucoup trop coûteux. Percevoir 1 dollar et devoir en dépenser 2. Cela n’aurait aucun sens.

 Digital Business Africa : Est-ce à dire que l’introduction de nouvelles procédures ferait-elle saigner le portefeuille électronique du client ?

John Bescec : Effectivement. Parce que maintenant, si vous achetez et téléchargez un film, par exemple, vous payez le film et la TVA. Si vous ne payiez pas la TVA, vous devriez la payer. Comment le déclareriez-vous à la douane ? Quand ? Qui le déclarerait ? Le client le déclarerait-il ? Quelqu’un chez lui ? Comment feraient-ils ? Diraient-ils : « D’accord, tous les films que nous regardons ici à Yaoundé doivent passer par une autre société ? » Nous allons créer une autre société et elle vous vendra le film ? Cela rendra le prix plus élevé. Plus on ajoute de procédures, plus on coûte cher, plus on dépense de l’argent avec un moratoire. Actuellement, lorsque vous envoyez un SMS à l’étranger, qui va payer ? La personne qui reçoit votre message. Lorsque vous passez un appel téléphonique à l’étranger, est-ce que la personne va payer ? Tout est numérique.

Digital Business Africa : L’OMC va-t-elle progresser sur la question des réformes, notamment sur le plan disciplinaire ?

John Bescec : Le monde a changé, le monde des affaires a changé, donc les règles doivent aussi changer. J’espère qu’ils pourront élaborer un plan pour mener à bien la réforme. Pas seulement des paroles, mais des actes. Et les pays, s’ils sont membres de l’OMC, ils doivent respecter les règles. Si un pays ne respecte pas les règles, il doit y avoir des conséquences. Qu’il soit grand ou petit, peu importe. L’OMC est le moteur de la croissance qui favorise la stabilité. L’instabilité est un problème pour les entreprises, car elle rend très difficile l’investissement dans un pays. Lorsqu’un pays ne respecte pas les règles, on se dit que c’est trop risqué.

Digital Business Africa : Les récentes décisions du président Trump sur les tarifs douaniers créent plutôt de l’instabilité dans le monde et l’OMC ne réagit visiblement pas…

John Bescec : L’OMC contribue à instaurer cette stabilité dans le monde. C’est le message que j’espère voir passer à cette conférence. C’est vrai que lorsqu’il y a un risque, lorsqu’il y a de l’incertitude, lorsqu’un pays ne respecte pas ses engagements, c’est un problème pour une entreprise qui essaie de faire des affaires dans ce pays-là. Car, comme le pensent les entreprises, si un pays ne respecte pas les règles de l’OMC, pourquoi accepterait-il les activités commerciales qui s’y déroulent ?

Je ne dis pas qu’il faut punir, je dis simplement qu’il faut aider. S’ils acceptent certaines règles, s’ils ont besoin d’aide, s’ils ont besoin de renforcement des capacités, il faut les aider. Mais s’ils disent non, nous ne les suivrons pas. Mais face aux attitudes contraires au commerce internationale, il faut des conséquences car d’autres pays pourront faire la même chose. Par exemple, le Canada est grand géographiquement, petit en termes de population, petit du point de vue commercial. Et nous, nous dépendons des règles existantes. Et si les règles ne sont pas respectées, alors il devient très difficile de faire des affaires.

Digital Business Africa : Vous êtes en Afrique, précisément en terre camerounaise. Le Cameroun a-t-il le potentiel de challenger les autres économies du monde ?

John Bescec : C’est ma première fois au Cameroun, et de ce que j’ai vu, je répondrai par oui. Il y a beaucoup d’opportunités, beaucoup de jeunes qui ont tellement d’idées commerciales et je pense qu’ils ont besoin d’aide pour que ces idées puissent se connecter aux marchés extérieurs. Je pense que le gouvernement a un rôle à jouer pour les aider et je pense que les pays qui veulent faire des affaires au Cameroun ont également un rôle à jouer pour les aider. Parce que, selon moi, il le faut. On ne cherche pas seulement à vendre au Cameroun, il faut pouvoir importer du Cameroun. Parce que le commerce est bidirectionnel, il n’est pas à sens unique. Pour qu’il y ait un bénéfice, il faut un partenariat. Et je pense qu’il y a une formidable opportunité de développer et de renforcer ce partenariat. J’espère que cette session à l’OMC ouvrira le marché. J’étais à un atelier hier et tellement de personnes veulent savoir comment développer leur activité. Et je pense que ces échanges permettent de découvrir quel est votre produit, quel est votre service. Les services sont un excellent moyen d’ouvrir des portes sur le marché international. Et je pense qu’il y a énormément de talent ici. Je pense que c’est une formidable opportunité.

Entretien avec Valgadine TONGA

 

 

 

 

 

 

CM14 : Le potentiel de croissance du commerce électronique ivoirien estimé à 5,5 milliards de dollars en 2025

[DIGITAL Business Africa] – Ibrahim Kalil Konaté suit de près les discussions autour du commerce électronique, point d’achoppement de la 14ᵉ conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a pris part ce 26 mars 2026 à une table ronde organisée par l’Organisation mondiale du Commerce et la Banque mondiale. Ce cadre d’échanges était dédié au commerce électronique.

Une occasion pour l’ancien patron du numérique de la Côte d’Ivoire de sortir les muscles du commerce électronique national. Lequel est estimé, selon lui, à 5,5 milliards de dollars en 2025.

Ibrahim Kalil Konaté n’a pas manqué de relever des acquis en Côte d’Ivoire, notamment l’amélioration du cadre réglementaire et institutionnel de protection des consommateurs, la pleine mise en œuvre des réglementations sur la signature électronique, l’adoption d’un cadre équilibré de sécurisation des droits et obligations des plateformes intermédiaires.

À en croire le membre du gouvernement ivoirien, le pays a entrepris, depuis plusieurs années, des actions de « haute » portée, dont la mise en place d’un organe dédié à la gouvernance du secteur du commerce électronique et l’adoption d’une stratégie nationale de commerce électronique.

Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a multiplié les rencontres avec ses homologues en marge de cette table ronde. Ibrahim Kalil Konaté s’est par exemple entretenu avec la ministre du Commerce Ghanéenne, Elizabeth Ojuzu, avec qui il a abordé les défis liés au commerce transfrontalier, notamment la fluidité du transport des marchandises entre les deux pays.

Par Jean Materne Zambo

Mekulu Mvondo prend la tête de la Blockchain Association of Cameroon (BAC) et pose les bases de la souveraineté numérique du Cameroun

[Digital Business Africa] – Alors que la convergence entre la blockchain et l’intelligence artificielle redessine les équilibres économiques mondiaux, le Cameroun se dote d’une stratégie ambitieuse pour ne plus être un simple consommateur de technologies, mais devenir un acteur de sa souveraineté numérique.

La Blockchain Association of Cameroon (BAC) vient de publier une étude stratégique et d’annoncer une gouvernance renforcée pour porter cette vision sur la période 2026-2029.

Dans un contexte marqué par l’adoption du GENIUS Act aux États-Unis, la montée en puissance de la tokenisation des actifs du monde réel (RWA) et l’essor d’une IA souveraine en Afrique, le Cameroun entend prendre sa place.

La BAC, à travers une étude prospective intitulée « Étude Stratégique sur la Convergence de la Blockchain, des DLT et de l’Intelligence Artificielle au Cameroun : Perspectives et Roadmap 2026-2029 », pose un diagnostic sans complaisance et propose six axes stratégiques pour transformer l’essai.

Mais surtout, la BAC s’organise désormais autour d’une figure emblématique de la digitalisation des services publics au Cameroun, le DG de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo Akame. Décryptage de Digital Business Africa qui a consulté des documents internes de la BAC.

Une nouvelle gouvernance pour porter l’ambition

La nouvelle dynamique de la BAC s’incarne dans une évolution statutaire majeure. Lors d’une session extraordinaire tenue le 3 mars 2026, le Conseil des Membres d’Honneur de la BAC a décidé de passer d’une présidence honorifique à une présidence exécutive. Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo Akame a été désigné pour conduire cette nouvelle phase, succédant au Dr Henri Tafou, désormais conseiller général de la « Société savante » de l’association.

Dans sa lettre de prise de fonction du 20 mars 2026, le nouveau président exécutif insiste sur l’urgence opérationnelle :

« Ma présidence sera placée sous le signe de l’efficacité opérationnelle. Le passage d’une présidence honorifique à une présidence exécutive traduit notre volonté collective de ne plus seulement observer les mutations mondiales, mais de les piloter au profit du Cameroun. »

L’étude 2026-2029 : un diagnostic mondial et local

L’étude de la BAC, qui servira de document de référence pour le cycle stratégique 2026-2029, analyse en entonnoir les forces macro-économiques mondiales, les ambitions continentales de l’Union africaine et le cadre institutionnel camerounais (SND30, Stratégie nationale IA, Plan directeur d’industrialisation).

Parmi les grandes tendances identifiées :

La convergence IA / DLT : L’intelligence artificielle agit désormais comme l’agent décisionnel des systèmes distribués, tandis que la blockchain apporte la traçabilité et la confiance nécessaires à des algorithmes souvent opaques.

La tokenisation des actifs : Les bons du Trésor américain tokenisés représentent entre 7 et 9 milliards de dollars début 2026, preuve de l’institutionnalisation accélérée de ces technologies.

Le partenariat UA-Google (février 2026) : Signé le 17 février 2026, cet accord vise à former 3 millions d’étudiants et d’enseignants d’ici 2030 et à développer une IA responsable conforme aux normes africaines.

Au niveau national, l’étude souligne des avancées significatives : la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle (SNIA) 2040, qui prévoit une contribution de l’IA à hauteur de 0,8 à 1,2 % du PIB et la création de plus de 12 000 emplois directs, ou encore le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH), doté de 1 500 milliards de FCFA, où la blockchain pourrait jouer un rôle clé dans la traçabilité et la sécurisation des titres fonciers.

Six axes stratégiques pour 2026-2029

Fort de ce diagnostic, la BAC propose une feuille de route structurée autour de six piliers :

  1. Plaidoyer pour un sandbox réglementaire : L’association entend se positionner comme l’interlocuteur technique de la COBAC et de la BEAC pour expérimenter des solutions de tokenisation sécurisées, dans le respect des équilibres monétaires de la zone CEMAC.
  2. Technologie au service de la souveraineté alimentaire (DLT x PIISAH) : Développer des registres distribués pour la traçabilité des filières (cacao, bois, coton) et automatiser les paiements des agriculteurs, en partenariat avec les ministères techniques et la Banque des PME.
  3. IA souveraine et éthique : Soutenir la SNIA en promouvant l’utilisation de la blockchain pour certifier l’intégrité des jeux de données utilisés pour l’entraînement du futur « GPT Cameroun ».
  4. Certification de masse et exportation de services : Lancer un programme de certification « Blockchain & AI Readiness » pour les administrations et le secteur privé, avec pour objectif de former 10 000 experts par an.
  5. Pôle d’excellence sous-régional en R&D : Travailler à la création du plus grand centre de recherche et développement d’Afrique centrale dédié à la blockchain et à l’IA.
  6. Souveraineté financière et levier de la commande publique : Faire de l’État le premier utilisateur des solutions portées par la BAC, en s’appuyant sur la digitalisation des marchés publics (plateforme COLEPS v2) et sur les dispositifs de marchés réservés aux startups locales.

Un appel à la collaboration multidimensionnelle

Dans son message du 20 mars 2026 à la communauté camerounaise du numérique, le nouveau président exécutif de la BAC lance un appel solennel à l’ensemble des forces vives de la nation et au-delà :

– Au secteur public : « Nous sommes vos partenaires pour sécuriser la commande publique et moderniser l’administration. »

– Au secteur privé : « La blockchain est votre outil de compétitivité. Ensemble, créons des solutions “Made in Cameroon” »

– Aux partenaires internationaux et à la diaspora : « Le Cameroun est le hub naturel de l’Afrique centrale. Nous vous offrons un environnement de co-création éthique et innovant. »

« La transformation structurelle de notre économie sera souveraine ou elle ne sera pas, » conclut Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo Akame. « L’avenir est décentralisé. Bâtissons-le ensemble. »

Cameroun : exportateur de technologies souveraines

Alors que le Cameroun s’apprête à accueillir des événements majeurs, tels que e-Gov’A 2026, le salon de l’e-Gov et de l’innovation digitale en Afrique qui se tiendra du 14 au 16 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé sur le thème : « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless », la BAC s’impose comme un acteur central de la réflexion et de l’action sur les technologies de confiance.

En combinant le plaidoyer institutionnel, le développement du capital humain et des projets concrets d’intérêt public, la BAC entend faire du Cameroun non seulement un simple consommateur, mais aussi un exportateur de technologies souveraines d’ici 2029.

Par Beaugas Orain DJOYUM

Chris Southworth  à la CM14 : « C’est dans notre intérêt d’être collaboratifs, mais nous devons améliorer les règles »

[Digital Business Africa] – Chris Southworth est le Secrétaire général de la Chambre de commerce internationale du Royaume-Uni (ICC UK). C’est un expert reconnu en politique commerciale et en commerce numérique. Il est cofondateur du Centre britannique pour le commerce numérique et l’innovation, représentant de l’ICC auprès du Commonwealth et membre du Conseil mondial de l’ICC. Il est à Yaoundé, au Cameroun, pour la CM14. 

Dans cet entretien avec Digital Business Africa, il ressort que divers problèmes freinent le commerce international. Pour lui, l’OMC et chaque pays doivent œuvrer à la mise à jour de l’institution chargée de réglementer le commerce mondial.

Digital Business Africa : La 14e conférence ministérielle (CM14) représente-t-elle un tournant pour l’avenir de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ?

Chris Southworth: Oui. C’est un moment de croissance pour l’Organisation mondiale et le système multilatéral du commerce. La vérité est que le commerce a libéré un milliard de personnes de la pauvreté. Nous vivons au 21e siècle avec la technologie moderne. Les règles de l’OMC ne reflètent pas le monde dans lequel nous vivons, ni les consommateurs, ni le commerce, mais surtout le commerce. L’ordre économique mondial évolue, ce qui crée des tensions géopolitiques. Mais il y a aussi des changements démographiques, notamment en Afrique. La base de production et de consommation a changé dramatiquement au cours de ce temps.

C’est un moment très important pour tous les gouvernements, qui doivent s’unir autour de l’idée de mettre à jour le système. La meilleure façon de le comprendre, c’est de le comparer à un ordinateur. L’OMC  est le système d’opérations pour le commerce mondial. Quand vous utilisez votre ordinateur et que vous recevez un message de mise à jour, vous cliquez dessus, puis vous rebootez votre ordinateur. Nous n’avons pas fait cela à l’OMC.

Cela a créé un blocage sur lequel nous ne pouvons pas avancer. Nous ne résolvons pas les problèmes du passé. C’est ici, au Cameroun, que nous pouvons résoudre ce problème et trouver un modèle de route pour faire évoluer et moderniser le système de commerce.

Digital Business Africa : Quels sont les autres problèmes qui, d’après vous, minent le fonctionnement de l’OMC ?

Chris Southworth : Malgré la libération de 1 milliard d’habitants de la pauvreté, principalement dans les pays du Sud, ce qui est génial, il y a eu un énorme backslash politique dans les pays du Nord du monde, parce que les standards de vie ont fortement diminué au cours des 10 à 15 dernières années.

C’est pourquoi vous voyez maintenant de grandes tendances politiques. Regardez l’Amérique, regardez l’Europe en particulier : il y a très peu de soutien politique au multilatéralisme. Les gens veulent être unilatéraux et protéger leurs propres bases de vote, les consommateurs et l’économie. Nous avons besoin de croissance. Nous devons être compétitifs. Nous devons élever les standards de vie. L’Organisation mondiale du commerce s’occupe d’établir des normes.

Dans une partie du monde, cela a bénéficié. Dans l’autre, ce n’a pas été le cas. Maintenant, il s’agit de créer un champ de jeu plus élevé. C’est l’un des problèmes. Un constat aussi : les économies qui étaient petites sont désormais plus grandes que celles de l’époque.

Regardez l’Inde : elle est plus grande que la France. La Chine est actuellement numéro 2. Elle n’était pas numéro 2 il y a 20 ans. Le système ne reflète pas ces changements.  Beaucoup de pays sont désormais développés.

Cela crée beaucoup de frictions dans le système quant à la manière de s’assurer que le développement se fasse de manière équitable pour tout le monde. Le troisième problème est lié au changement de l’ordre économique mondial. Les pouvoirs les plus puissants du monde sont désormais complètement différents.

Il y a un grand changement de pouvoir du Royaume-Uni vers l’Ouest et de grands blocs de pays. L’Afrique est l’une d’entre elles. L’influence de l’Afrique est beaucoup plus grande qu’il y a 20 ans. C’était exactement la même chose en Asie. Les acteurs du système mondial sont donc très différents de ceux du passé.

Il n’y a plus seulement le G7. C’est beaucoup plus complexe. Cela crée beaucoup de frictions pendant que ce changement se déroule. Ce n’est pas que le changement soit mauvais, mais c’est un changement et le système de l’OMC ne le reflète pas.

Digital Business Africa : Quelle place occupe le numérique dans le système de l’OMC ?

Chris Southworth: L’influence numérique est cruciale. Ce n’est pas un projet technique. Le système de commerce n’a pas vraiment changé depuis 200 ans. Les documents que les entreprises remplissent lorsqu’elles doivent croiser les frontières, ou lorsqu’elles échangent des finances, sont exactement les mêmes documents qu’il y a 200 ans. C’est tout en papier. Il y a 4 milliards de morceaux de papier qui circulent dans le système. C’est énormément bureaucratique. C’est lent, inefficace et cher.

Et bien sûr, nous utilisons toutes les technologies modernes. Le système lui-même n’est pas simplement adéquat aux besoins de l’entreprise moderne dans le monde actuel. C’est le problème critique du numérique. Cela signifie qu’il faut effectuer une transition majeure du papier à l’économie digitale, où nous savons que les entreprises ne transitent pas en 2 à 3 mois, mais en 1 heure, 1 minute. C’est un changement drastique vers un moyen plus simple et plus rapide.

Nous savons que les bénéfices pour tout le monde, en particulier pour les petites entreprises, sont énormes en termes d’efficacité, de croissance et d’accès aux financements. Ce sont de grands problèmes que nous voulons résoudre. Et bien sûr, la solution la plus évidente, c’est de digitaliser le système de commerce.

Mais nous devons bouger beaucoup plus vite que nous ne le faisons actuellement. Actuellement, c’est trop lent ; cela ne répond pas aux besoins de l’entreprise. Nous voulons tous être compétitifs. Nous devons être agiles dans le monde actuel, où nous sommes confrontés à des tarifs, des contrôles d’exportation et des sanctions. Le système est très compliqué.

Digital Business Africa : Quel est votre avis sur la digitalisation des entreprises dans le monde ?

Chris Southworth: La digitalisation permet aux entreprises de bouger plus vite, de transiter plus vite, d’accéder à plus d’argent de travail et d’être plus liquides qu’elles ne le sont sur papier, où tout l’argent est coincé dans la chaîne d’exportation. La digitalisation est une solution majeure. C’est pourquoi c’est si important. Mais nous devons le faire de sorte que tout le monde en bénéficie. Il ne peut pas être seulement les grandes économies. Nous devons le faire avec tout le monde.

C’est dans notre intérêt d’être collaboratifs, mais nous devons améliorer les règles. Nous devons mettre en place l’infrastructure numérique dont nous avons besoin partout, et non seulement dans certaines régions du monde. Sinon, les gens seront laissés derrière, ce qui est l’exact opposé de ce que nous voulons tous obtenir.

Nous voulons élever les standards de vie, développer les économies et être plus résilients dans un environnement moderne. Et la digitalisation est la solution à 100 %.

Digital Business Africa : Quels sont les risques pour la croissance mondiale en cas de ralentissement des progrès ?

Chris Southworth: C’est un bon moment pour y réfléchir. Par exemple, l’Europe est incroyablement instable sur le plan politique. D’un point de vue business, la stabilité et la prévisibilité sont tout. Sans stabilité, l’investissement ne se produit pas, ce qui ne conduit ni à des emplois, ni à la croissance ni à la prospérité.

Plus l’environnement politique est instable, plus il est difficile pour les entreprises de se développer. Mais si nous ne grandissons pas, la pression sur les gouvernements pour accroître la croissance est intense. Cela signifie que le logement, les services publics et les emplois, pas seulement dans certains endroits du pays, mais dans tous les endroits, vont changer de plus en plus souvent.

C’est plus compliqué politiquement. Cela rend tout plus difficile pour l’entreprise d’investir. Finalement, cela signifie l’inflation, la hausse des coûts, plus de complexité et cela affecte aussi les consommateurs. Si les consommateurs paient un coût plus élevé, les entreprises supportent davantage de complexité et de coûts. Nous, tous, perdons, et ce n’est pas dans notre intérêt.

Nous devons travailler avec les politiciens pour améliorer la stabilité politique. La croissance est fondamentale pour que nous puissions concourir et grandir en même temps, tout en restant stables et prospères.

Propos recueillis par Ghislaine DEUDJUI

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[DIGITAL Business Africa] – Lever le moratoire sur les transmissions électroniques. La question est sur toutes les lèvres à la 14ᵉ conférence ministérielle (CM14) qui se tient à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026.

Lors de la conférence de presse de ce 26 mars 2026, Sofia Scassera, specialist on the digital economy, labour and development, a livré ses impressions sur ce qu’elle qualifie de relique du passé.

« Il y a trente ans, lorsque cette organisation a accepté de suspendre les droits de douane sur les transmissions électroniques, Internet était une curiosité. Les smartphones n’existaient pas. Le streaming n’existait pas.

Les plateformes numériques n’étaient pas des empires pesant des milliards de dollars qui façonnent les marchés du travail, les recettes fiscales et la politique industrielle à travers le monde. Le monde a changé au point d’être méconnaissable. Le moratoire, lui, est resté le même. Et c’est précisément là le problème ».

Il y a trente ans, les utilisateurs n’étaient pas dépendants des GAFAM (Google, Apple, Facebook/Meta, Amazon, Microsoft). Il y a trente ans, les modèles de langages n’exploitaient  pas (pour la plupart) gratuitement les données des internautes pour maximiser les bénéfices.

« Le secteur des géants de la tech est devenu le plus rentable de l’histoire. Cinq entreprises technologiques américaines affichent aujourd’hui une capitalisation boursière supérieure à celle de la plupart des économies mondiales réunies. Les services numériques ont supplanté les biens physiques comme principal moteur du commerce mondial », a indiqué Sofia Scassera.

Meta Ads, avec Facebook et Instagram, offre un ciblage précis grâce aux données sociales et démographiques des utilisateurs. Google par exemple utilise l’IA pour améliorer ses algorithmes de recherche et ses publicités ciblées, tandis qu’Amazon optimise ses chaînes logistiques avec des systèmes prédictifs (solutions informatiques utilisant l’intelligence artificielle, des statistiques et des données historiques pour anticiper des événements, comportements ou tendances futurs).

Résultat : Mark Zuckerberg de Meta, Larry Page de Google et Jeff Bezos d’Amazon figurent dans le quinté des plus grosses fortunes. Le leader mondial du commerce en ligne domine le marché. Meta, avec ses plateformes Facebook, Instagram et WhatsApp, totalise environ 3,35 milliards d’utilisateurs actifs quotidiennement,

Sofia Scassera plaint les pays en développement.

« Ils attendent toujours. Pas d’industrialisation numérique. Pas d’industrie des semi-conducteurs. Pas d’infrastructure cloud. Quasi aucune plateforme numérique compétitive n’a été mise en place dans les pays du Sud. Les promesses de l’économie du savoir ne se sont jamais concrétisées pour les populations qui en avaient le plus besoin ».

Selon elle, le moratoire doit prendre fin à la CM14, non pas parce que des membres de l’OMC sont contre le commerce numérique, mais parce qu’ils aspirent à un monde où les fruits de la numérisation – la productivité, la connectivité, la richesse – sont partagés. Où un pays d’Afrique de l’Ouest ou d’Amérique du Sud a le même droit de construire son avenir numérique que la Silicon Valley a dû construire le sien.

Par Jean Materne Zambo

Coopération : L’éducation numérique, le développement de l’IA rapprochent le Burundi et les USA

[DIGITAL Business Africa] – Les enjeux sur l’avenir des enfants sont au centre des discussions à Washington. « Fostering the Future Together », c’est le thème de la Coalition mondiale pour l’enfance. La Première Dame du Burundi, Angeline Ndayishimiye, et son homologue Melania Trump des USA se sont retrouvées en marge des travaux ce 25 mars 2026.

Les deux personnalités ont échangé sur l’éducation numérique, le développement de l’IA ainsi que la sécurité des plus jeunes dans un monde de plus en plus connecté. Lors des discussions, Melania Trump a insisté sur l’importance cruciale de protéger la prochaine génération, soulignant que la sécurité des enfants demeure une priorité essentielle face aux défis technologiques actuels.

Angeline Ndayishimiye, quant à elle, a réaffirmé l’engagement du Burundi à promouvoir des initiatives favorisant le bien-être et l’épanouissement des enfants, en particulier à travers un accès accru à l’éducation et aux outils numériques.

Le projet de loi relatif à la sécurité en ligne des enfants (Kids Online Safety Act) a été présenté à la Chambre des représentants le 3 mars 2026. Cette loi, si elle est adoptée, permettra de protéger les enfants et les adolescents en ligne, de responsabiliser les parents et de renforcer les familles, et à d’autres fins.

Le projet avait été adopté par le Sénat en juillet 2024. Il a été renvoyé à la commission de l’Énergie et du Commerce, ainsi qu’à la commission judiciaire, pour une durée qui serait ultérieurement fixée par le président de la Chambre, afin d’examiner les dispositions relevant de la compétence de chaque commission.

Le Burundi s’est doté, le 16 mars 2022, d’une loi sur la prévention et la répression de la cybercriminalité. Celle-ci ne prévoit aucune disposition spécifique concernant la protection des enfants mineurs. Cette lacune juridique soulève la question de la protection effective des droits des enfants dans l’environnement numérique, alors même qu’ils constituent une catégorie nécessitant.

Malgré ces textes, certains Burundais estiment que le cadre juridique burundais reste incomplet et insuffisant pour encadrer l’usage d’Internet par les mineurs. D’où l’urgence de doter le Burundi d’un cadre juridique moderne et spécifique.

Lequel assurera une protection des mineurs en ligne, en complément des mesures éducatives et de sensibilisation pour garantir que le monde virtuel reste un espace de sécurité, d’apprentissage et de respect pour chaque enfant.

Par Jean Materne Zambo