[DIGITAL Business Africa] – Le Sénégal passe à la vitesse supérieure dans sa stratégie numérique. Le 23 mars, le gouvernement a officiellement lancé la phase opérationnelle des projets structurants du New Deal technologique, marquant une étape décisive un an après l’annonce de cette ambition de transformation digitale. L’objectif est clair : moderniser l’administration, renforcer la souveraineté numérique et améliorer concrètement l’accès des citoyens et des entreprises aux services publics.
Au cœur de ce dispositif figure une approche centrée sur l’expérience usager. La plateforme « e-Sénégal » s’impose comme un levier majeur de simplification administrative, en agrégeant sur un point d’entrée unique l’ensemble des démarches publiques. En réduisant les délais, les déplacements et les lourdeurs bureaucratiques, cette solution vise à instaurer une relation plus fluide et transparente entre l’État et ses usagers. Dans cette même dynamique, « e-Consulat » étend ses services à la diaspora, tandis que « SenTrésor » introduit un système unifié de paiement électronique pour les obligations financières envers l’État, allant des impôts aux services locaux.
Cette modernisation repose sur une infrastructure clé : une plateforme nationale d’interopérabilité permettant aux différentes administrations d’échanger des données en temps réel. En appliquant le principe du « once only », le Sénégal entend mettre fin à la redondance des procédures administratives, en évitant aux citoyens de fournir plusieurs fois les mêmes informations.
Au-delà des outils, c’est toute la gouvernance du numérique qui est repensée. La mise en place du Comité de gouvernance du numérique (GouvNum) traduit une volonté de coordination accrue des initiatives digitales de l’État, afin d’éviter la fragmentation observée par le passé. En parallèle, le Conseil national du numérique vient renforcer l’écosystème décisionnel en apportant une expertise stratégique sur les orientations technologiques.
L’ambition sénégalaise s’inscrit dans une vision de long terme, adossée au programme Sénégal 2050, avec un volume d’investissements estimé à près de 1 100 milliards FCFA sur la prochaine décennie. Une part importante de ces ressources est dédiée à la connectivité et à l’inclusion numérique, avec pour objectif de raccorder plus d’un million de citoyens dans les zones encore non couvertes, réduisant ainsi les inégalités d’accès à Internet.
Sur le plan des infrastructures, l’État accélère le déploiement de data centers souverains, notamment à Diamniadio et Orana, tout en renforçant significativement la bande passante nationale. Celle-ci devrait connaître une montée en puissance majeure, passant de 600 Mbps à 20 Gbps. En parallèle, la mise en place d’un cloud souverain vise à garantir l’hébergement local des données sensibles, dans un contexte où la cybersécurité devient un enjeu stratégique pour les États.
Le secteur privé n’est pas en reste. À travers le Start-up Act désormais en phase d’exécution, les autorités entendent structurer un écosystème d’innovation dynamique, capable de soutenir la croissance d’une économie numérique compétitive. Financement, accompagnement et cadre réglementaire adapté constituent les piliers de cette ambition entrepreneuriale.
Plus qu’une simple digitalisation des services, le New Deal technologique sénégalais s’apparente à une transformation structurelle de l’action publique. L’État amorce un passage d’un modèle administratif fragmenté à un système intégré, piloté par la donnée et orienté vers la performance. En enclenchant cette phase opérationnelle, le Sénégal se positionne ainsi comme l’un des acteurs africains les plus engagés dans la construction d’un écosystème numérique cohérent, au service du développement économique et de l’efficacité publique.
Par Loic SOUOP









