Minette Libom Li Likeng : « Bientôt, une Sandbox règlementaire pour permettre aux entreprises innovantes de tester leurs produits et services »

[DIGITAL Business Africa] – La première édition des journées scientifiques sur l’économique numérique s’est ouverte ce jeudi 06 juin 2024 à l’hôtel Mont FEBE de Yaoundé sur le thème : « Transformations du système financier par les innovations digitales : enjeux et perspectives pour le Cameroun ».

Digital Business Africa vous propose le discours de la ministre des Postes et des Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, à cet événement organisé par le Comité National économique et financier du Cameroun.

Pour elle, la surveillance et la régulation adaptative sont cruciales pour soutenir l’innovation. D’où ce projet de Sandbox qui permettra aux jeunes innovateurs de tester la conformité aux normes de leurs projets.

“Monsieur le Ministre des Finances ;

Monsieur l’Ambassadeur des Etats Unis ;

Monsieur le Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (UNCDF) ;

Monsieur le Secrétaire Général du Comité National Economique et Financier (CNEF) ;

Distingués invités ;

Mesdames et Messieurs.

C’est pour moi un insigne honneur de coprésider ce jour, aux côtés du Ministre des finances, la cérémonie d’ouverture de la première édition des journées scientifiques du Comité National économique et financier, consacrées à l’économie numérique, et placée sous le thème : « Transformation du système financier par les innovations digitales, enjeux et perspectives pour le Cameroun ».

Cette rencontre se veut un cadre d’analyse des impacts des innovations digitales sur notre système financier, avec un accent particulier sur l’Intelligence Artificielle et l’Open Banking, technologies qui constituent aujourd’hui des vecteurs essentiels de compétitivité et d’innovation, capables de redéfinir les contours des économies.

Aussi s’agira-t-il pendant deux jours d’explorer les vastes opportunités offertes par ces technologies, et de proposer des stratégies efficaces permettant non seulement d’adresser les défis technologiques et opérationnels dans ce domaine, mais également d’en assurer une adoption fluide et sécurisée, maximisant ainsi les bénéfices pour tous les utilisateurs et parties prenantes

Je voudrais donc avant de poursuivre mon propos exprimer la profonde gratitude de mon département ministériel au Secrétaire Général du Comité National Economique et Financier, et tout spécialement à Monsieur le Ministre des Finances, pour cette initiative qui, parce qu’elle vise la transition numérique du secteur monétaire camerounais, permettra de réaliser de réelles avancées dans l’accélération de la transformation digitale de l’économie et de la société, et par conséquent, du développement de l’économie numérique telle que prescrite par le Chef de l’Etat.

Distingués invités

Mesdames et messieurs

L’économie numérique n’est plus une tendance émergente, mais une réalité incontournable qui façonne la nouvelle architecture mondiale des affaires, des finances et au-delà.

À l’ère de la transformation digitale, nous observons une interconnexion croissante entre la technologie et les services financiers, favorisée par des avancées notables dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, le big data, et la blockchain.

Ces innovations redéfinissent non seulement les modèles d’affaires mais aussi la manière dont les institutions financières opèrent à l’échelle mondiale. Dans le secteur financier notamment, elles englobent l’utilisation de technologies avancées, pour améliorer et transformer les services financiers.

Et dans ce cadre, les deux des avancées les plus significatives dans ce domaine sont : l’intelligence artificielle et l’Open Banking.

Appliquée au secteur financier, l’IA est souvent utilisée pour la gestion des risques, la détection de fraudes, l’automatisation des processus, et l’analyse de données volumineuses pour une prise de décision éclairée, des prédictions précises et la personnalisation des services aux clients.

L’Open Banking quant à elle, est utilisée pour stimuler l’innovation et améliorer l’expérience utilisateur en permettant aux clients de bénéficier de services personnalisés et de gérer leurs finances plus efficacement à travers diverses plateformes.

A titre d’exemples :

  • la célébre Banque JPMorgan Chase Utilise un programme basé sur l’IA, COiN, pour analyser les documents légaux et extraire des données pertinentes, réduisant ainsi le temps de travail qui était auparavant de 360 000 heures par an à quelques secondes.
  • HSBC autre illustre banque, a déployé l’IA pour améliorer la détection de la fraude en analysant les comportements de transaction des clients et en identifiant des activités inhabituelles qui pourraient indiquer des fraudes, améliorant ainsi la sécurité et la confiance des clients.
  • Pour finir, l’Union Européenne à travers la Directive sur les Services de Paiement a favorisé l’émergence de l’Open Banking, obligent les banques à ouvrir leurs APIs (application programming interface) à des tiers. Cela a encouragé l’innovation et augmenté la compétition, permettant aux consommateurs européens d’accéder à une variété de services financiers intégrés et sécurisés.

Ces exemples montrent comment l’intelligence artificielle et l’Open Banking ont, non seulement amélioré l’efficacité des opérations bancaires et financières, mais également transformé, la manière dont les clients interagissent avec leurs institutions financières, favorisant ainsi une meilleure intégration et utilisation des données pour des services personnalisés.

C’est dire que ces technologies sont des catalyseurs clés pour une révolution numérique complète dans le secteur financier, apportant des avantages significatifs tant pour les entreprises que pour les consommateurs.

Distingués invités

Mesdames et messieurs

Au Cameroun, l’IA offre également de nombreux avantages dans plusieurs domaines. Dans le domaine de la santé par exemple, l’IA aide à réaliser des diagnostics précoces, à peaufiner les traitements et à rendre plus efficace la gestion des épidémies. Dans l’agriculture, elle permet aux agriculteurs d’optimiser les rendements et de gérer les ressources de manière plus durable, grâce à des capteurs et à l’analyse prédictive. De plus, l’IA peut contribuer à la création d’emplois dans   le secteur technologique, notamment dans le développement d’applications, l’analyse de données et la programmation.

En ce qui concerne le paysage financier, ce dernier se caractérise par une croissance continue et une adoption progressive des technologies numériques et l’impact de la transformation numérique sur le système financier est de plus en plus perceptible.

Avec l’adoption croissante de solutions liées à l’Open Banking, ou encore à l’IA, notre pays entrevoit un potentiel remarquable pour une inclusion financière accrue, une compétitivité améliorée et une meilleure intégration dans l’économie mondiale.

C’est ainsi que ces dernières années, le secteur bancaire et financier du Cameroun a commencé à intégrer des technologies innovantes pour améliorer l’efficacité des services et l’accès aux services financiers.

Cela inclut l’utilisation croissante de la banque en ligne, des applications mobiles pour les transactions financières, et l’adoption de systèmes de paiement électronique.

Pour ce qui est de l’Open Banking, elle offre un cadre où les données bancaires peuvent être partagées de manière sécurisée entre des institutions financières et des tiers autorisés, ouvrant ainsi la voie à des services financiers innovants et personnalisés qui répondent mieux aux besoins des consommateurs.

L’intelligence artificielle quant à elle, joue également un rôle pivot dans la transformation de notre l’écosystème numérique de manière générale. A ce titre, elle permet aux banques et autres institutions financières d’améliorer l’efficacité opérationnelle, de réduire les coûts et de minimiser les risques.

L’IA est utilisée pour le traitement et l’analyse de vastes ensembles de données, permettant ainsi de prendre des décisions plus éclairées et rapides.

En outre, elle contribue à l’amélioration de l’expérience client à travers des interfaces utilisateurs intelligents comme les chatbots, et à la personnalisation des produits et services financiers.

Et bien que dans notre pays, l’IA et l’open banking en soient encore à leur début, toutes deux présentent un potentiel transformateur, pour la gestion des risques, la personnalisation des services et l’amélioration de l’expérience client , l’analyse des comportements des clients et l’offre des produits financiers adaptés.

C’est dire que la digitalisation des services de paiement au Cameroun représente une nécessité dans la modernisation de l’économie et l’inclusion financière.

Dans ce cadre, le Ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), cheville ouvrière du développement de l’économie numérique au Cameroun, joue un rôle clé dans cette transformation numérique, en mettant en place les conditions idoines, pour une intégration réussie des technologies digitales dans tous les secteurs de l’économie et de la société, y compris dans les services de paiement. Ce, conformément à la Très Haute Vision du Président de la République, déclinée déjà, dans le journal Les Afriques, du 21 octobre 2010, en ces termes  :(je le cite) : « Pour tirer le meilleur parti des opportunités offertes par les TIC, il faut comprendre les enjeux technologiques et économiques, ainsi que les défis à relever pour les capitaliser. Trois axes me semblent à cet égard essentiels : la construction des infrastructures physiques et virtuelles des supports ; le volet éducatif dont l’objectif doit être la maîtrise et la vulgarisation des connaissances pour permettre au plus grand nombre de les exploiter ; des mesures incitatrices pour attirer les entreprises dans le développement des activités porteuses » (Fin de citation).

Dès lors, sous l’autorité du Premier Ministre Chef du Gouvernement, le MINPOSTEL a tout d’abord engagé un brainstorming d’envergure incluant des acteurs et des intelligences de tous les secteurs concernés, avant l’élaboration d’une stratégie nationale de développement de l’économie numérique.

Cette stratégie qui a pour vocation de faire du Cameroun un pays numérique, comporte trois principaux piliers qui sont : le développement de l’infrastructure, le développement d’une industrie locale numérique à travers la promotion de l’entrepreneuriat numérique, la formation, ainsi que le renforcement de la gouvernance et de la régulation.

Pour ce qui est de l’infrastructure, élément clé de cette stratégie. Celle-ci implique l’expansion et l’amélioration des réseaux de télécommunications permettant de supporter le volume croissant des transactions numériques, et de favoriser l’accès aux services numériques aux populations camerounaises, y compris dans les zones rurales.

A date, notre pays dispose d’une infrastructure numérique constituée d’un important réseau de fibre optique, de deux points d’échange internet, d’un réseau de près de 250 bureaux de postes à travers tout le territoire national, ainsi qu’une pénétration mobile atteignant les 90%, des centres de données nationaux et privés, une pénétration internet qui se situe à 46%.

Toutes choses qui permettent aujourd’hui de connecter toutes les régions, départements et arrondissements, accroissant ainsi l’expansion du système financier national.

La vision stratégique pour l’intégration continue des technologies innovantes au sein du tissu digital national de manière générale et du système financier de manière spécifique doit se concentrer, au-delà de la construction d’infrastructures robustes, sur le renforcement de l’éducation numérique à tous les niveaux, et l’instauration de mesures incitatives afin d’attirer les entreprises, en vue d’un écosystème financier inclusif et innovant, ainsi que sur la mise en place d’une réglementation adaptée, pour une intégration réussie des technologies digitales dans les services de paiement.

Et pour ce faire,  la promotion de l’innovation, le renforcement et le soutien  des initiatives locales, notamment celles menées par les startups camerounaises sont indispensables en vue de la mise en place d’un tissu entrepreneurial du numérique. Il s’agit notamment de la mise en place d’incubateurs et d’accélérateurs spécialisés, de la facilitation de l’accès au financement, de subventions pour la recherche et le développement, et même d’allègements fiscaux.

L’écosystème des startups, particulièrement dans le domaine fintech joue en effet, un rôle transformationnel en introduisant de nouvelles idées et technologies qui peuvent révolutionner le marché financier.

C’est ainsi que dans ce cadre, le MINPOSTEL, a engagé les opérations suivantes :

  • La création du Cameroon Digital Innovation Center, pour aider les startups du numérique à développer leurs produits, à tester leurs innovations sur le marché, et à attirer des investissements tant locaux qu’internationaux.
  • L’élaboration en cours d’une loi qui prenne en compte les spécificités liées aux startups du numérique,
  • L’organisation de la semaine de l’innovation numérique pour stimuler la créativité et l’engagement des PME locales du numérique.
  • La mise en place prochaine d’une Sandbox règlementaire pour permettre aux entreprises innovantes, de tester leurs produits et services dans un environnement contrôlé, avant de les déployer à plus grande échelle. Cette Sandbox favorise ainsi un processus réglementaire plus flexible et adapté à l’ère du numérique, ce qui peut accélérer l’adoption de nouvelles technologies tout en assurant leur conformité et en protégeant les intérêts des utilisateurs, créant ainsi un environnement propice à l’émergence de solutions financières innovantes et inclusives.

Parallèlement aux actions suscitées, la mise en place d’une réglementation adaptée joue un rôle crucial. C’est tout le sens du Programme d’Accélération de la Transformation Numérique du Cameroun (PATNUC), dont la première composante réglementaire consiste à actualiser et harmoniser le cadre législatif et réglementaire afin de soutenir l’innovation tout en protégeant les utilisateurs.

Cette mise à jour législative vise à aligner la réglementation nationale avec les standards internationaux, permettant ainsi une meilleure intégration du Cameroun dans l’économie numérique mondiale.

Ainsi, cette approche intégrée, combinant l’amélioration de l’infrastructure et la mise à jour de la réglementation, est-elle essentielle pour assurer que la digitalisation des services de paiement au Cameroun se déroule de manière fluide et sécurisée.

Elle est également cruciale pour atteindre les objectifs nationaux d’inclusion financière, permettant à un plus grand nombre de Camerounais d’accéder à des services financiers modernes, rapides et fiables.

Cependant, malgré ces progrès, le secteur est encore en phase de maturation avec un potentiel important de numérisation complète.

Et tout en accueillant ces avancées, nous sommes également confrontés à des défis majeurs, notamment en matière de sécurité des données, de protection de la vie privée, et de régulation.

En effet, l’adoption croissante de technologies telles que l’IA et l’Open Banking soulève d’importants enjeux en matière de sécurité des données et de conformité réglementaire.

La sécurité des données personnelles et financières est dès lors primordiale, surtout à une époque où les cyberattaques deviennent de plus en plus sophistiquées. Il devient donc impératif de mettre en place des normes strictes de sécurité informatique et de protection des données pour protéger les consommateurs et maintenir leur confiance dans le système financier.

Le renforcement de la régulation intersectorielle est par ailleurs crucial. Cette co-régulation permet de coordonner efficacement les efforts de surveillance et de régulation entre différents secteurs, notamment les finances, les télécommunications, et la technologie. Elle assure en même temps une cohérence dans l’application des normes de sécurité et de protection des données, crucial pour contrer les risques associés à l’interconnexion croissante des services numériques.

Cette approche globale, non seulement protège les consommateurs, mais renforce également la confiance internationale dans l’écosystème financier numérique du Cameroun.

Monsieur le Ministre des Finances ;

Monsieur l’Ambassadeur des Etats Unis ;

Monsieur le Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (UNCDF) ;

Monsieur le Secrétaire Général du Comité National Economique et Financier (CNEF) ;

Distingués invités ;

 Mesdames et Messieurs,

La volonté du Gouvernement est de développer un système financier résilient, sécurisé, accessible à tous les Camerounais et répondant aux exigences de l’économie moderne.

Et dans ce cadre, l’innovation numérique joue un rôle central. Elle permet de proposer des solutions adaptées aux besoins diversifiés des utilisateurs, de réduire les coûts des transactions, et de rendre les services financiers plus rapides et plus efficaces.

Elle favorise également l’inclusion financière en rendant les services accessibles même dans les zones les plus reculées du Cameroun, où les infrastructures bancaires traditionnelles sont souvent absentes ou insuffisantes.

Pour atteindre cet objectif, il est essentiel d’encourager le développement de technologies numériques innovantes  telles que  l’IA et l’Open Banking, tout en assurant leur intégration harmonieuse avec les systèmes existants.

Cela nécessite la mise en place de partenariats stratégiques entre le Gouvernement, les Institutions Internationales, le secteur privé, les institutions financières et les acteurs technologiques.

De plus, la formation et le renforcement des capacités des acteurs locaux doivent constituer une priorité, pour assurer une adoption et une adaptation réussies des innovations. Ceci inclut des programmes de formation en compétences numériques pour les entrepreneurs et les employés du secteur financier, ainsi que des initiatives d’éducation financière pour le grand public.

La surveillance et la régulation adaptative sont toutes aussi cruciales pour soutenir l’innovation tout en protégeant les utilisateurs et la stabilité du système financier.

Pour y parvenir, le Gouvernement devra veiller à l’actualisation régulière des cadres réglementaires pour refléter les avancées technologiques et les nouvelles réalités du marché, garantissant ainsi un environnement sûr et propice à l’innovation.

En mettant en œuvre ces programmes, la vision stratégique pour l’intégration des technologies innovantes dans le système financier camerounais contribuera non seulement à la modernisation de l’économie, mais aussi à la réalisation d’une prospérité partagée et durable pour tous les Camerounais.

Pour que

Vive le développement de l’économie numérique au Cameroun, 

Vive le Cameroun et son illustre Chef, S E Paul BIYA.

Je vous remercie de votre bienveillante attention”

Lire aussi:

Louis-Paul Motaze : « Le système financier camerounais s’est transformé grâce à l’utilisation des innovations digitales »

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