Jean-Baptiste ESSISSIMA : « Mon ambition , faire d’Afritubes la plateforme de référence de partage de vidéos de la communauté afro »

[Digital Business Africa] – Serial entrepreneur, le Camerounais Jean-Baptiste ESSISSIMA a lancé ce mois de juillet 2020 une nouvelle initiative web qui séduit déjà en ligne : Afritubes. C’est une plateforme de partage de vidéos en ligne qui se propose de rémunérer les artistes et producteurs de vidéos autrement. Surtout, mieux que YouTube et les autres plateformes de partage de vidéos.

Dans cet entretien avec Digital Business Africa, le jeune camerounais qui réside aujourd’hui au Canada nous présente ce projet et ses ambitions. Mais également, Jean-Baptiste ESSISSIMA fait un clin d’œil à ses autres projets. Notamment, le réseau social Netiwooki.com, la plateforme d’éducation et de révisions en ligne pour les élèves du secondaires Schoolmobile.net, mais également sa  web TV : GoAfricaTv.com, anciennement Go Ahead Africa TV. En bonus, il nous livre quelques anecdotes sur son parcours professionnel plutôt exceptionnel.  

Digital Business Africa : Quelle est la petite histoire qui se cache derrière l’initiative Afritubes ? Comment est-elle née et quels sont ses objectifs ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : L’idée m’est venue en écoutant les plaintes de certains youtubeurs qui voyaient leurs vidéos supprimés ou leur compte désactivé. Ils formulaient le vœu que les Africains puissent avoir leur plateforme pour diffuser des messages qui ne plaisent pas toujours à une certaine élite mondialiste.

Aussi, je voulais proposer un nouveau business model aux artistes africains. Voyez-vous avec la situation sanitaire actuelle, les artistes vont rester longtemps sans se produire dans les salles de spectacle. D’ailleurs, très peu se produisent dans ces salles. Alors, comment compte-t-ils gagner de leur argent en mettant gratuitement leurs œuvres dans les plateformes comme Youtube et Facebook ?

 Ces deux plateformes, une fois qu’un contenu y est publié, les gens n’ont plus l’intérêt d’acheter l’œuvre. Il y a des gens qui animent leur soirée à domicile avec les œuvres diffusées dans Youtube. Ce gratuit tue l’artiste africain.

D’ailleurs, les grands noms de la musique américaine ont déserté Youtube, pour publier dans une autre plateforme payante. Fort de toutes ces raisons sus-évoquées, j’ai décidé de lancer Afritubes pour permettre aux africains et afro-descendants d’avoir une plateforme d’expression libre et aux artistes et créateurs de contenus vidéos, une plateforme de monétisation de leurs œuvres.

Digital Business Africa : L’on voit beaucoup de similitudes avec YouTube.  Afritubes est-il est un Youtube pour l’Afrique ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Afritubes est une plateforme de partage vidéos, comme il en existe plusieurs : Dailymotion, VK, Brighteon, Youtube, etc.  Afritubes, c’est tout simplement une plateforme de partage des vidéos où l’on peut retrouver un contenu exclusivement afro.

Digital Business Africa : Quelle est sa particularité et en quoi Afritubes est différent de Youtube ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Youtube est la plateforme de partage de vidéos la plus connue par les Africains. Je comprends pourquoi vous prenez cette plateforme comme référence. Je vais donc répondre sous cet angle, mais la réponse concerne toutes les autres plateformes.

La particularité d’Afritubes, c’est une plateforme qui a été mise en ligne pour recevoir un contenu exclusivement afro. Il est différent de YouTube en ce qui concerne la monétisation. Youtube, est une plateforme qui a contribué à appauvrir les artistes et créateurs de contenus africains. A cause de la gratuité, les artistes et créateurs de contenus déposent leurs œuvres dans cette plateforme contre des cacahuètes.

 Il faut dire aux artistes africains que le nombre de vues et de likes ne paient pas les factures ou les charges de studio. Je ne connais aucun artiste africain qui a reçu un chèque de 3000 dollars venant de Youtube. Cette plateforme ne peut pas payer les artistes mensuellement, or elle gagne de l’argent mensuellement avec les publicités.

Aujourd’hui, pour monétiser les vidéos dans Youtube, il faut avoir 1000 abonnés et un total de 4000h de diffusion des vidéos publiées. Avec un tel système, l’artiste ne gagne rien. Le système de monétisation d’Afritubes permet ‘’aux vrais fans’’ de payer un franc symbolique pour visionner la dernière œuvre mise en ligne par l’artiste. Et c’est l’artiste lui-même qui fixe le prix de son œuvre pour qu’elle soit vue. L’argent est reversé directement à l’artiste. L’artiste contrôle ses ventes à partir de son compte, et il sait exactement combien il va recevoir.

Digital Business Africa : La plateforme web AfriTubes a été officiellement lancée le 07 juillet 2020. Quels sont les chiffres qui font aujourd’hui AfriTubes?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : AfriTubes a été mise en ligne le 02 juillet 2020 et officiellement lancée le 07 juillet 2020. Trois jours après son lancement, AfriTubes totalise  841 utilisateurs inscrits, 180 vidéos postées, 33 724 vidéos vues. Et chaque 10 minute, on a une nette progression de ces chiffres.

Digital Business Africa : Quelles sont vos ambitions avec Afritubes ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Notre ambition est de faire d’Afritubes la plateforme de référence de partage de vidéos de la communauté afro.  Une plateforme de référence de partage de vidéos pour africains et afro-descendants.

Jean-Baptiste ESSISSIMA
Cela étonne souvent les gens quand je leur dis je suis tombé dans l’informatique comme un cheveu dans la soupe. J’ai un baccalauréat A. Après une année en Faculté de Droit, j’ai raccroché pour suivre quelque chose de pratique. C’est alors que je découvre l’Internet grâce à un ami…Jean-Baptiste ESSISSIMA

Digital Business Africa : Quel est votre parcours personnel ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Cela étonne souvent les gens quand je leur dis je suis tombé dans l’informatique comme un cheveu dans la soupe. J’ai un baccalauréat A. Après une année en Faculté de Droit, j’ai raccroché pour suivre quelque chose de pratique. C’est alors que je découvre l’Internet grâce à un ami qui m’a permis de lui donner un coup de main dans son cybercafé. C’est là que je suis piqué par le virus de l’informatique et de l’Internet. Je deviens touche à tout. Vous savez c’est un domaine vaste. Je voulais avoir des notions sur tout.

Entretemps, j’ai commencé à prendre des cours à ligne et à passer des certifications. Ma carrière professionnelle a démarré avec la défunte entreprise Newtech, qui était un fournisseur d’accès internet et qui avait un pool cybercafé de près de 200 ordinateurs.

Au début des années 2000, c’était le must des cybercafés à Yaoundé. En 2002, je suis recruté à la Société de Presse et d’Edition du Cameroun (Sopecam), comme administrateur web. J’occupe ce poste pendant 12ans.

Entre temps, j’ai été assistant administrateur web pour l’UNESCO dans le cadre d’un projet. Toutes ces années, je n’ai pas cessé d’accumuler les connaissances dans les différents domaines en fonction de l’évolution de l’Internet. Je devenu un développeur web et applications mobiles, gestionnaire de projet web, créateur d’entreprise. Je quitte le Cameroun en 2012. Je réside actuellement au Canada, où j’ai créé ma propre entreprise de développement web et d’applications mobiles.

Digital Business Africa : Vous avez à votre actif plusieurs projets numériques. Quel est à présent le projet réalisé qui fait votre fierté ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Tous mes projets font ma fierté. Certains ont encore besoin d’un travail de fond pour qu’ils soient au top de leurs fonctionnalités. Les plus aboutis sont le réseau social africain Netiwooki.com et la plateforme d’éducation et de révisions en ligne pour les élèves du secondaires schoolmobile.net. J’ai aussi une web TV : GoAfricaTv.com.

Jean-Baptiste ESSISSIMA

Digital Business Africa : Sur quel autre projet précis travaillez-vous en ce moment ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : L’Afrique a un problème de paiement électronique. Ce qui constitue un frein pour le décollage du e-commerce. Je suis en train de travailler sur une banque en ligne qui va permettre d’apporter un début de solution par rapport à ce problème.

Digital Business Africa : Comment, d’après-vous, les  pouvoirs publics devraient-il venir en aide aux jeunes entrepreneurs et innovateurs du pays ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Les pouvoirs publics devraient mettre en place des incubateurs dans les grandes villes du Cameroun. Notamment à Douala et Yaoundé. Ce sont des structures qui permettent aux jeunes qui ont des projets innovants d’avoir accès à des ressources plus facilement : financement, formation, encadrement. Ces structures accompagnent les jeunes de l’idée jusqu’au lancement du produit.

Digital Business Africa : Quel est votre conseil aux jeunes qui se lancent dans des initiatives numériques comme vous ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : Je leur demande de croire à leur projet, de s’armer de patience et surtout de se mettre à jour par rapport à l’évolution des technologies. Ca va très vite dans le domaine de l’Internet. Ça demande aussi beaucoup de sacrifices, des nuits sans sommeil, un investissement financier personnel à long terme. Les utilisateurs sont devenus très exigeants, donc il faut que le produit que l’on lance réponde aux attentes à 90% de ce qui existe déjà sur le marché. L’amateurisme n’a pas de place dans ce type de projet.

Digital Business Africa : En cinq phrases maximum, s’il vous était donné de rencontrer le président de la République, Paul Biya, que lui diriez-vous ?

Jean-Baptiste ESSISSIMA : C’est un souhait de le rencontrer. Et si l’occasion m’était donnée, je lui présenterais des pistes de solutions pour promouvoir l’innovation technologique en faveur des jeunes. Car aujourd’hui, les entreprises technologiques contribuent énormément au PIB au même titre que les matières premières dans un pays.  Lorsqu’on parle des géants de la Silicon Valley (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), en janvier 2020, ces cinq multinationales franchissaient le seuil des 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière combiné, soit 2.4 fois la valeur du CAC40.

Investir sur la technologie et l’innovation va résoudre bon nombre de problèmes des jeunes camerounais. Et je lui demanderai de créer un cadre de concertation entre les différents acteurs du domaine des technologies numériques. Au plan continental, les choses avancent et le Cameroun ne doit pas être dernier !

Propos recueillis par B-O.D.

Voir le message vidéo de Jean-Baptiste ESSISSIMA sur AfriTubes

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