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jeudi, 19 septembre 2019 16:54
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Valentin Siméon Zinga : « Ce n’est pas une page qui se tourne, c’est un nouvel ouvrage que je dois écrire »

Grande plume du journalisme camerounais, Valentin Siméon Zinga est désormais le chef du département Communication institutionnelle et Relations publiques d’Orange Cameroun. Pour l’ancien directeur de la rédaction de La Nouvelle Expression, il était temps de tourner la page. Celle du journalisme. Mais, il gardera un œil attentif sur cette presse. Selon la DG d’Orange Cameroun, Elisabeth Medou Badang, à travers son expérience, Valentin Zinga permettra à Orange Cameroun de mieux comprendre la presse camerounaise, et à la presse de mieux comprendre l’opérateur télécoms. Le nouveau recru livre à l’agence Ecofin les instantanés de sa riche carrière journalistique et la vison qu’il a de son nouveau job.

Agence Ecofin : Vous partez de la Nouvelle Expression pour Orange Cameroun. Sous quelle casquette vous retrouve-t-on chez l’opérateur télécoms ?

Valentin Zinga : Je vous remercie de faire attention à ma modeste trajectoire…

AE : Modeste, vous dites ? Avec près de 20 ans de journalisme ?…

VZ : Plus de 20 ans. Quasiment un quart de siècle ! Je suis le chef du département Communication institutionnelle et Relations publiques à Orange Cameroun. J’ai officiellement pris service le 26 janvier 2015.

AE : C’est une grande plume du journalisme camerounais qui entre dans la communication institutionnelle après 20 ans environ au quotidien La Nouvelle Expression

VZ : Oui, vous avez raison. Cela fait 20 ans de carrière pour la Nouvelle Expression et quatre ans auMessager, puisque j’ai commencé ma carrière au Messager où je l’ai achevé comme rédacteur en chef. Puis, je suis allé à la Nouvelle Expression. J’avais expressément demandé à être reporter. Je n’étais pas engagé dans une ascension linéaire. Non. J’avais demandé à faire autre chose et progressivement les prestations qui étaient les miennes m’ont prévalu d’être chef d’agence, rédacteur en chef adjoint, rédacteur en chef délégué, éditorialiste et directeur de la rédaction.

AE : Plusieurs journalistes camerounais quittent la profession pour embrasser les activités proches de la communication ou changent carrément de profession. Combien de temps d’après-vous unjournaliste doit-il exercer cette profession au Cameroun ?

VZ : Comment le dire ? J’avais une formule il y a 15 ou 20 ans. Je m’amusais à dire aux amis qu’il faut peut-être voir un jour la circularité des élites médiatiques et la circulation des personnels médiatiques. C’était à l’époque une manière de dire : voyez le taux de rotation dans lequel on est, mais, voyez en même temps le niveau de désertion de ce métier. En général, pour des raisons qui n’ont peut-être rien à voir avec les passions premières qui nous animent. Je ne sais pas si je peux être un prescripteur en la matière. Non. Je pense qu’on est très fier d’exercer le métier de journaliste. On peut avoir la formation qu’on a eu ; on peut avoir tout ce qu’on a eu ; on peut avoir toute la reconnaissance, mais ce n’est pas cela le fondamental. Le fondamental c’est de se dire : « est-ce que je me sens dans l’âme d’un journaliste ? » Tant que nous aurons des gens qui investissent la profession, arrivées par effraction, tant que ceux qui y sont n’y seront pas par conviction et par passion, on va malheureusement continuer à avoir les choses difficiles. Ce n’est pas parce que les autres restent que cela dénote de l’intérêt du métier. Ce n’est pas sûr.

AE : Certaines thèses expliquent cette désertion de la presse par la précarité des journalistes camerounais. Est-ce votre avis ?

VZ : Je pense que c’est un raccourci. C’est un paradigme de raccourci. Il y a une infinité de paradigmes qui contribuent à pousser les gens à quitter le journalisme. Cela peut ne pas être fondamentalement la question de la précarité. Excusez-moi, mais un bon journaliste au Cameroun çà peut ne pas être riche, mais çà peut vivre de son métier. J’en suis un exemple. Mais, je dis, la précarité ne doit pas être mise en avant. Il y a des questions relatives à la pertinence de ce que les gens veulent faire, il y a des questions relatives à la manière dont ils travaillent, il y a l’environnement, etc. Je pense que ce serait réducteur de rester à la précarité. Et c’est quoi la précarité ? Il y a une précarité morale qui est la plus désastreuse. C’est d’elle qu’il faut avoir peur.

AE : Racontez-nous. Comment arrivez-vous à la Nouvelle Expression ?

VZ : Je n’étais pas d’accord de la manière dont Le Messager à l’époque traitait les informations relatives au SDF (Social Democratic Front, parti politique, NDLR). Malgré les fonctions qui étaient les miennes, je couvre personnellement en 1995 une convention du SDF qui est extrêmement lourde d’enjeux. Quelques mois plus tôt, il y avait eu ce qu’on avait appelé la purge des intellectuels. Avec les Charly Gabriel Mbock, Dorothy Kom et bien d’autres. La convention de Maroua était une convention de rassemblement ou du rejet total, c’est-à-dire de la rupture. Quelques extrémistes de ce parti n’étaient pas d’accord avec notre relation aux faits et non pas aux opinions. Malheureusement, nous n’étions pas tous d’accord avec cette approche-là. J’observe que j’étais le premier à dire qu’il fallait faire attention. Je me souviens d’un article que j’avais intitulé « Où va l’opposition camerounaise ? » justement après cela. J’observe qu’à ce moment-là très peu de personnes osaient critiquer l’opposition. Et j’observe que, quelques mois après mon départ, Le Messager a basculé dans le mode de l’opposition à l’opposition. C’est l’histoire. Je pars parce que nous ne sommes plus du tout d’accord du traitement de cette affaire et puis cela donne lieu à des choses assez délicates à assumer. Je suis quelqu’un qui ne sait pas rester en trop. Je n’étais plus dans le logiciel éditorial du Messager, je crois. Et à partir de cela je suis parti. C’est vrai que cela coïncidait également avec les nombreuses formations que je menais à l’extérieur.

AE : Etes-vous allé directement à La Nouvelle Expression ?

VZ : Il y a eu une petite transition, parce que c’est intervenu au moment où je rentrais de l’Autriche où j’étais allé recevoir un prix international en journalisme. C’est émouvant ! J’étais admis à l’Institut national de l’audiovisuel en France. Quand je suis revenu et que le cours de l’histoire avait basculé, il y avait eu des discussions avec quelques figures de La Nouvelle Expression  qui m’avaient approché un ou deux ans avant, qui avaient appris la nouvelle et qui m’avaient recontacté. Mes premiers papiers à la Nouvelle Expression étaient donc écrits de Paris.

AE : Quelle a été votre meilleure expérience à la Nouvelle Expression ?

VZ : C’est, me semble-t-il, d’avoir contribué très modestement avec d’autres à projeter nos rêves de journalistes. Nous rêvions d’exercer ce métier d’une certaine manière. Nous avons eu la chance que le package éditorial que nous avons proposé au directeur de publication ait reçu son aval. Nous avons fixé un cap. Je dois rappeler que je suis vraisemblablement le seul rédacteur en chef ici qui, avant d’être nommé, avait élaboré un diagnostic du journal dont il allait prendre les rênes, proposer des voies de sortie et demander à être jugée tous les six mois. Pour moi, c’est cela qui est intéressant. Dire qu’on n’a pas un titre foncier. Nous sommes-là pour des performances. Cela s’appelle la gestion par objectifs si on veut. Cela a été une expérience extraordinaire parce qu’elle nous a permis de refonder un petit peut la LNE. Je ne voudrais pas revenir sur le passé qui a précédé notre nomination comme rédacteur en chef en 2004. Mais, si vous vous souvenez, c’était à quelques semaines d’une élection présidentielle très délicate. Il a fallu apporter une autre impulsion, gérer les contradictions des uns et des autres.

Si vous vous souvenez également, c’était aussi un tournant dans la manière dont la LNE gérait son rapport au sein du Social Democratic Front. Je n’en dis pas davantage, mais ceux qui savent voir ont perçu que, dès cette année-là, nous avons atteint un niveau de professionnalisme, que nous nous sommes imposés en termes d’équité vis-à-vis de tous les acteurs de la vie politique. Ce qui n’était spécialement pas le cas des années précédentes. Pour moi, ce sont les expériences comme celles-là qui ont un impact. Elles montrent que vous pouvez mener une barque et accompagner des gens qui vous comprennent. Est-ce que cela a été la meilleure expérience ? Je n’en sais rien. Je laisse toujours aux historiens de l’instant, vous qui avez suivi cette carrière, de le dire. Vous savez, sortir chaque semaine dans ce pays pendant trois ou cinq ans des informations exclusives, cela n’est pas donné. Au-delà des grands reportages que nous avons commis, j’ai envie de dire au fond, cette approche du journaliste qui révèle et ne se contente pas de commenter est une expérience extraordinairement émouvante.

AE : Quelle a été la réaction de votre patron Sévérin Tchounkeu lorsqu’il a appris la nouvelle de votre départ à Orange Cameroun ?

VZ : Très fraternelle ! Nous avons eu un échange épistolaire. Je lui ai réservé la primeur de la nouvelle par loyauté. Au moment où il a appris cette nouvelle, nous avons eu des échanges. Nous sommes très rapidement arrivés sur la très grande fraternité que nous partageons. Nous allons la maintenir. Choix de cœur, choix de raison, je continuerai à avoir un regard assez différent des autres médias par rapport au groupe. Je le regarderai probablement avec plus d’exigences que d’autres. Ce n’est pas une page qui se tourne, c’est un nouvel ouvrage que je dois écrire.

AE : Comment êtes-vous arrivé à la télévision (Equinoxe TV, qui, avec la LNE, appartient à Sévérin Tchounkeu, ndlr) ?

VZ : J’ai envie de dire que, naturellement, on peut partir de la presse écrite à la télévision. Nourrir un projet auquel M. Tchounkeu a cru. Je tiens à lui rendre hommage, parce que ce que j’ai fait à la télévision, c’était avec un peu de fierté : anticiper avec la télévision qui sert à décrypter et pas seulement à montrer. Quand on a vu des émissions comme « 100 minutes pour convaincre » de Mazerolle à France 2, on a compris que la télé n’était pas seulement là pour montrer, mais pouvait servir de plateforme de décryptage de l’actualité. C’est cela qui a coïncidé avec ma perception de ce qu’on faisait. M. Tchounkeu m’avait demandé si je pouvais porter cela, comme un projet éditorial du projet. Voilà, il m’a fait confiance et je crois qu’on a contribué à montrer que la télé n’était pas seulement le format classique du papier du JT d’une minute trente secondes ou d’une minute quarante-cinq secondes maximum, mais de montrer qu’on peut regarder la télévision, avec un minimum d’intelligence, et puiser à travers le canal de la télévision les éléments de décryptage de l’actualité, parce que, malheureusement, l’actualité était évanescente. Donc, c’était un peu le travail que j’ai essayé de faire.

AE : C’est au finish combien d’années de télévision et combien d’émissions réalisés ?

VZ : Je ne peux pas vous dire combien d’émissions. C’est une aventure qui démarre en 2006. Tiens ! Cela fait bientôt dix ans. Si vous considérez un rythme de quatre émissions par mois, vous avez le compte avec quelques petites phases d’inactivité dues par exemple à des déplacements.

AE : Qu’est-ce qui va le plus vous manquer du journalisme à présent que vous êtes à Orange Cameroun ?

VZ : Rien du tout. Je suis obligé de vous l’avouer, parce que le travail que je suis amené à faire doit s’appuyer sur les logiques journalistiques classiques. Comment éviter d’être réactif quand on a les fonctions qui sont les miennes ? Comment éviter d’être curieux quand on a les fonctions qui sont les miennes ? Comment éviter de nourrir la réflexion interne quand on a les fonctions qui sont les miennes ? Ce sont des attributions et des points à partir desquelles on doit pouvoir décrypter. Je suis obligé de vous le dire, je continuerai d’être un journaliste en retrait.

AE : Quel serait votre conseil aux jeunes journalistes ?

VZ : Je suis mal placé pour leur en donner.

AE : Si, simplement par votre riche carrière journalistique…

VZ : Peut-être ma modeste trajectoire peut inspirer des gens. (…) Très honnêtement, je désespère de la presse camerounaise. Je l’ai dit et le l’ai écrit. Pour mille et une raison. La principale étant le niveau d’inculture dans la presse. C’est extraordinaire et c’est dommage ! Cette inculture n’est pas simplement livresque. Elle est simplement aussi un corps d’attitude professionnelle que nous ne retrouvons que très rarement chez des journalistes. Regardez la distance avec les sources, la critique des sources. Quand vous lisez votre presse, est-ce que vous êtes sûrs que cette distance est faite ? Toutes obédiences éditoriales confondues. Avez-vous cette impression ? Le goût, la hargne de percer le savoir, de découvrir, de fouiller l’arrière scène, est-ce que vous la retrouvez dans cette presse ? Le niveau de langage par lequel on s’exprime, est-ce que vous le retrouvez dans cette presse ? Je peux multiplier ainsi des critères et je viens de répondre à votre question. Moi, je désespère. Il y a quelques bonnes figures bien sûr, mais on aurait souhaité que la proportion fût inverse à celle-là.

Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum


Parcours professionnel de Valentin Siméon Zinga
Au plan national
– Depuis 2011 : Editorialiste et Directeur des rédactions du « Groupe La Nouvelle Expression » qui comprend : le quotidien «  La Nouvelle Expression », «  Radio Equinoxe », «  Equinoxe Télévision ». En charge de l’impulsion des activités journalistiques, de la double veille éditoriale et déontologique des organes de presse du Groupe.
– 2004-2011 : Editorialiste et Rédacteur en Chef de «  La Nouvelle Expression »
– 2002-2004 : Editorialiste et Rédacteur en Chef délégué de «  La Nouvelle Expression »
– 2000-2001 : Rédacteur en Chef de « Radio Reine »
– 1995-2002 : Rédacteur, Rédacteur en Chef Adjoint à «  La Nouvelle Expression »
– 1992-1995 : Reporter, Chef de rubrique «  Politique », Rédacteur en Chef Adjoint de «  Le Messager ».

Au plan International
Entre 1995 et 2006, correspondant au Cameroun des organes de presse internationaux :
– Le Bulletin d’information africaine (Bruxelles)
– L’Autre Afrique (Paris
– Canal Afrique ( South Africa Broadcasting Corporation)
Dow Jones Newswire
Radio France Internationale (Rédaction Internet) Paris

Beaugas Orain DJOYUM
Beaugas Orain DJOYUM
Beaugas Orain DJOYUM est un passionné des TIC, des Télécoms et du Numérique. Il est le Directeur de publication de Digital Business Africa, la plateforme web d'informations stratégiques sur les TIC, les Télécoms et le Numérique en Afrique. Journaliste diplômé de l'ESSTIC et consultant en e-Réputation, il dirige le cabinet ICT Media STRATEGIES. Un cabinet spécialisé en veille stratégique dans le secteur des TIC, des Télécoms et du Numérique, en e-Réputation, en communication digitale, en édition web & magazine et en production des contenus médiatiques spécialisés. Pour le contacter : [email protected]. Téléphone fixe : +237 243 25 64 36. Téléphone mobile : +237 674 61 01 68

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