[Digital Business Africa] – Le Maroc s’apprête à franchir une étape clé dans la modernisation de son système de santé. La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) prévoit de lancer, dès la fin mars 2026, une phase pilote de la feuille de soins électronique (FSE) dans la ville de Kénitra. Cette expérimentation marque le point de départ d’un vaste chantier de dématérialisation, dont la généralisation progressive à l’échelle nationale est attendue entre avril et juin 2026, sous réserve de la validation des prérequis techniques et réglementaires.
La FSE ambitionne de transformer en profondeur le parcours administratif des soins. Médecins, pharmaciens et autres professionnels de santé pourront désormais transmettre électroniquement les données liées aux consultations, examens et prescriptions aux organismes d’assurance maladie, sans passer par les dossiers papier. Concrètement, le prescripteur établit l’ordonnance via son logiciel métier ou le portail FSE de la CNSS. Le patient reçoit une prescription intégrant un QR code et un numéro FSE unique. Lors de la délivrance des soins ou des médicaments, le professionnel scanne simplement ce code pour accéder au dossier, renseigner les actes réalisés et assurer un suivi en temps réel, sécurisé et traçable.
Cette réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation du système sanitaire marocain, visant à améliorer la coordination entre les acteurs, réduire les délais de remboursement et renforcer la fiabilité des données administratives. La FSE vient ainsi compléter d’autres projets structurants, comme le Dossier médical partagé (DMP) et la future carte de santé numérique, appelés à centraliser les informations médicales et à fluidifier l’accès aux soins, tout en générant des gains d’efficacité pour les caisses d’assurance.
Au-delà de la simplification administrative, la feuille de soins électronique revêt une dimension stratégique pour l’ensemble du système de santé. Le secteur représente environ 6 % du PIB marocain, un niveau encore inférieur à celui des pays développés, où il dépasse souvent les 10 %. Il demeure confronté à des coûts de gestion élevés, à des délais de remboursement parfois longs et à une forte dépendance aux procédures papier. La généralisation de la FSE devrait permettre de fiabiliser les flux de données, de réduire les contentieux liés aux dossiers incomplets ou perdus et de diminuer significativement les coûts administratifs, estimés à plusieurs centaines de millions de dirhams par an pour les organismes d’assurance maladie.
À terme, cette réforme devrait également offrir aux autorités sanitaires des outils de pilotage plus précis, fondés sur des données consolidées et exploitables, renforçant ainsi la gouvernance et l’efficacité du système de santé marocain à l’ère du numérique.
Par Loïc SOUOP









