RD Congo : « Un journaliste pauvre est un danger pour la démocratie », selon le ministre des TIC

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Tryphon Kin-Kiey Mulumba

Lors de son passage à Genève fin mai pour le Sommet mondial de l’information, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, ministre congolais des Postes, Télécommunications et NTIC a expliqué à l’agence Ecofin pourquoi il a fermé une dizaine de radios émettant en RD Congo et pourquoi il envisage d’en fermer d’autres.

Agence Ecofin : Vous avez fermé il y a quelques mois une dizaine de radios qui émettaient en RD Congo parce qu’elles ne respectaient pas toute la réglementation. N’y avait-il pas moyen de pratiquer une tolérance administrative ?

Tryphon Kin-Kiey Mulumba : Je vais vous expliquer. Je ne sais pas combien de radios vous avez au Cameroun. Nous avons aujourd’hui au Congo 100 radios, 100 télévisions, 100 journaux. C’est inacceptable ça.

AE : Inacceptable ?

TKKM : Ecoutez, je m’adresse au journaliste que vous êtes. Ces 100 radios, ces 100 télévisions, combien payent-elles un journaliste ? Est-ce qu’elles ont un compte d’exploitation ? Est-ce qu’elles génèrent des ressources ?  Non. Au contraire, elles participent à la création du chômage. Parce que, les journalistes ne sont jamais payés, ces radios n’ont pas du cash flow.

Cela ne me regarde pas, ça regarde le ministre de la Communication qui devrait pouvoir les amener à se mutualiser. À mutualiser leurs moyens pour qu’elles puissent être des radios et des télévisions puissantes. Parce qu’il faut bien qu’il y ait de la puissance dans ces radios. Vous savez bien qu’un journaliste pauvre est un danger pour lui-même, un danger pour la société. Un journaliste pauvre est un danger pour la démocratie. Parce qu’il va passer son temps à aller inventer des  articles, à aller injurier les hommes politiques. L’indépendance est aussi le fait d’une puissance, d’une aisance matérielle.

En tant que percepteur d’impôts, je suis « ministre d’assiette » qui a reçu pour mission de vendre des fréquences. Les fréquences sont des ressources rares. On ne peut pas les laisser comme cela. Les distribuer à n’importe qui. Dans notre pays au Congo, il y a des radios et des télévisions qui, parce qu’il n y a pas d’organisation, sont en train d’émettre sur des fréquences des pays voisins, du Congo Brazzaville par exemple. Cela me cause un problème au niveau diplomatique. Il faut aujourd’hui normaliser cela. Il faut professionnaliser ces radios.

AE : Une professionnalisation qui passe aussi par la fermeture des radios…

TKKM : La professionnalisation du secteur de la presse passe par une certaine aisance matérielle. Je pense qu’aujourd’hui, on ne peut pas accepter que des entreprises fonctionnent dans un pays et quelles ne payent pas les impôts. Simplement. On a fermé ces neuf stations, mais on va en fermer d’autres, parce qu’elles ne sont pas à mesure de payer les impôts, parce que ce sont des entreprises en faillite. Il faut regarder  CNN. Regardez toutes ces grosses entreprises privées que vous connaissez. Ce sont des industries de la culture et il faut qu’elles produisent de l’argent. Mais, si ces entreprises de communication passent leur temps à reprendre des programmes d’autres chaînes internationales, je dis que là, il y a  une désorganisation. Mais, encore une fois, je fais une grande différence entre ce travail qui doit être fait par le Ministère de la presse et des médias et le travail qui doit être fait par le ministre d’assiette que je suis. Moi, je suis un service d’assiette, je vends les fréquences qui sont une ressource rare et il ne faut pas que l’on puisse les laisser dans la rue au service d’entreprises non performantes, parce que cela représente une perte pour le Trésor public.

Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum, à Genève

Source : Agence Ecofin

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