[DIGITAL Business Africa] – Le ton est donné. Et il est résolument tourné vers l’avenir numérique. À Cotonou, à quelques jours du coup d’envoi de la campagne présidentielle, Romuald Wadagni a choisi de marquer les esprits avec une démonstration politique et stratégique calibrée.
Devant une salle comble au Palais des Congrès de Cotonou, le candidat de la majorité au pouvoir — considéré comme le successeur naturel du président Patrice Talon — a dévoilé une vision structurée qui place la technologie au cœur du repositionnement économique du Bénin.
Dans une mise en scène sobre mais maîtrisée, sans notes ni prompteur, l’actuel ministre de l’Économie et des Finances s’est livré à un exercice rare dans le paysage politique africain : dérouler seul, de bout en bout, un projet de société à forte densité stratégique. Plus qu’un discours de campagne, il s’agit d’une feuille de route assumée, articulée autour d’un objectif clair : faire du Bénin non plus un simple consommateur, mais un producteur et exportateur de solutions technologiques.
Une ambition construite sur des acquis numériques
Cette projection vers une économie technologique ne part pas de zéro. Le candidat s’appuie sur une décennie de réformes et d’investissements dans les infrastructures et la gouvernance numérique. Le Bénin affiche aujourd’hui une couverture étendue en 4G, un réseau de fibre optique en expansion et un cadre réglementaire modernisé en matière de cybersécurité, de protection des données et de commerce électronique.
À cela s’ajoutent des initiatives structurantes comme la stratégie nationale en intelligence artificielle et mégadonnées, ou encore le développement de plateformes numériques publiques destinées à améliorer la relation entre l’État et les citoyens. L’ambition est désormais de transformer ces fondations en véritable industrie technologique nationale.
Quatre piliers pour bâtir une “nation intelligente”
Le projet présenté repose sur une architecture en quatre leviers.
Le premier concerne les infrastructures, avec la mise en place de data centers sécurisés, de capacités de calcul intensif et d’une plateforme nationale de valorisation des données locales. L’objectif est clair : faire de la donnée un actif stratégique au service de l’économie.
Le deuxième pilier porte sur les talents. Un programme massif de formation en intelligence artificielle, en data science et en robotique est annoncé, avec un accent particulier sur l’employabilité des jeunes et la mobilisation de la diaspora béninoise pour le transfert de compétences.
Le troisième levier vise le cadre réglementaire. Il prévoit notamment des mesures en faveur de la localisation des données, des incitations fiscales pour l’innovation industrielle et un renforcement de la protection de la propriété intellectuelle.
Enfin, le quatrième pilier concerne les usages. Il s’agit d’accélérer l’adoption du numérique dans les territoires et au sein des entreprises, afin de générer des gains concrets de productivité et de compétitivité.
Des secteurs clés ciblés
Le projet ne se limite pas à une vision abstraite. Il identifie des secteurs prioritaires où les technologies pourraient produire des effets rapides et mesurables.
Dans l’éducation, l’intelligence artificielle est envisagée comme un outil de personnalisation des apprentissages et de suivi des élèves. Dans la santé, des centres de simulation et des outils d’aide au diagnostic doivent améliorer la formation et la prise en charge des patients.
L’agriculture, pilier de l’économie béninoise, bénéficierait de solutions d’irrigation intelligente, de capteurs connectés et de plateformes numériques facilitant l’accès aux marchés.
Dans le domaine de la sécurité et de la défense, l’usage de drones et de systèmes autonomes est envisagé pour la surveillance du territoire et la protection des infrastructures critiques.
Un écosystème pour industrialiser l’innovation
Au-delà des intentions, le projet détaille des instruments concrets pour structurer un écosystème technologique.
Une “IA Factory” serait chargée de former des jeunes à la résolution de problématiques réelles à travers l’intelligence artificielle. Des structures de type venture builders accompagneraient la création et la croissance de startups, tandis qu’un fonds national d’amorçage public-privé viendrait financer les projets à fort potentiel.
La création d’un label national pour les solutions technologiques est également envisagée, avec l’objectif de certifier leur qualité et de faciliter leur accès aux marchés internationaux.
Une stratégie à l’épreuve du réel
Si la vision séduit par sa cohérence et son ambition, sa mise en œuvre constituera le véritable test. Transformer un pays en exportateur de technologies suppose non seulement des investissements massifs, mais aussi une capacité à créer des champions locaux capables de rivaliser sur des marchés hautement compétitifs.
Dans un contexte africain marqué par la montée des enjeux de souveraineté numérique, le projet porté par Romuald Wadagni s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un continent qui cherche à passer du statut de consommateur de technologies à celui de producteur.
Reste désormais à savoir si cette ambition, clairement formulée à Cotonou, pourra se traduire en résultats concrets une fois confrontée aux réalités économiques, institutionnelles et politiques du pays.
Par Beaugas ORAIN DJOYUM








