[DIGITAL Business Africa] – La salle des conférences du ministère des Postes et Télécommunications abrite les 17 et 18 février 2026 l’atelier d’imprégnation des administrations publiques sur les enjeux de l’intelligence artificielle (IA) au Cameroun, sous le thème : « Intelligence artificielle responsable au Cameroun : protéger le citoyen, encadrer les usages et bâtir la confiance numérique. » Lors de la cérémonie officielle de lancement présidée par Minette LIBOM LI LIKENG ministre des Postes et Télécommunications, plusieurs interventions introductives ont marqué cette cérémonie.
Parmi ces présentations, celle du directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), sur la gouvernance numérique, cas de la CNPS, a marqué les esprits.
Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo a livré une intervention structurante sur l’usage concret et responsable de l’IA au sein de l’administration camerounaise. Loin des discours prospectifs ou des fantasmes technologiques, le patron de la CNPS a défendu une approche pragmatique : une IA “instrumentale”, pensée comme un levier d’efficacité, de transparence et de qualité de service pour les assurés sociaux.
D’entrée de jeu, le DG a tenu à cadrer le débat en distinguant deux visions de l’intelligence artificielle. « Je vais dire assez rapidement ce que la CNPS fait, ce que j’appelle une IA instrumentale, par opposition à une forme de fantaisie intellectuelle », a-t-il expliqué. Pour la CNPS, l’IA n’est donc ni un concept abstrait ni un objet de fascination, mais un outil opérationnel intégré à une dynamique de transformation numérique engagée de longue date.
Cette orientation se matérialise notamment par le déploiement d’un système d’identification biométrique par reconnaissance faciale. « Nous avons développé un système d’identification biométrique par reconnaissance faciale pour le dépôt des certificats de vie à distance », a précisé Mekoulou Mvondo. Grâce à cette solution, les pensionnés peuvent désormais prouver leur existence depuis leur domicile, via une application mobile « Ma CNPS A MOI », sans se déplacer en agence.
Un changement majeur pour les assurés, mais aussi pour l’institution. « Avant, l’assuré devait venir physiquement avec un certificat de vie. Aujourd’hui, il fait simplement sa reconnaissance faciale et nous avons la certitude qu’il est vivant », a souligné le DG. Cette innovation répond aux exigences réglementaires tout en réduisant les contraintes logistiques pour les bénéficiaires, souvent âgés ou éloignés des centres urbains.
La CNPS est également allée plus loin dans l’automatisation des prestations sociales. « Quand vous atteignez l’âge de 60 ans, le système génère automatiquement votre pension et le paiement est déclenché sans procédure lourde », a-t-il indiqué. Cette automatisation concerne aussi d’autres prestations, telles que les allocations familiales ou les risques professionnels, avec un traitement des dossiers sans intermédiation humaine, sauf en cas d’anomalie.
Pour améliorer la relation avec les assurés, l’institution a mis en place des systèmes de réponse automatique destinés aux questions courantes. « Vous n’avez plus besoin de fouiller ou de venir dans nos services pour savoir où en est votre dossier de pension », a expliqué le DG. Ces outils sont complétés par un portail électronique et des applications numériques qui centralisent de nombreux services, tout en maintenant l’ouverture des agences physiques pour l’accompagnement de proximité.
Selon Mekoulou Mvondo, les résultats sont tangibles. « Les outils d’intelligence artificielle nous ont permis d’améliorer substantiellement la gestion et l’analyse des données des assurés, de renforcer la fiabilité des informations et de détecter les incohérences ». Les délais de traitement ont été fortement réduits, au point que « la plupart des dossiers sont désormais traités en temps réel, sauf anomalie ».
Au-delà des gains opérationnels, l’IA joue également un rôle stratégique. « Elle nous aide à mieux anticiper les besoins et à soutenir la prise de décision », a-t-il souligné, tout en rappelant une réalité nouvelle du service public numérique : l’exigence croissante des citoyens. « Plus vous améliorez vos services, plus les usagers deviennent exigeants. Quand vous mettez une journée à répondre, c’est déjà perçu comme trop long ».
À travers l’expérience de la CNPS, l’intervention de son directeur général illustre une voie camerounaise de l’intelligence artificielle dans l’administration : une IA utile, progressive et centrée sur l’amélioration concrète du service public, loin des effets d’annonce et des promesses théoriques.
Par Digital Business Africa









