[DIGITAL Business Africa] – À Madagascar, le numérique est désormais érigé en pilier stratégique du développement socio-économique. Le gouvernement entend faire de la digitalisation des services publics un levier de transformation structurelle, avec pour ambition de rapprocher l’administration des citoyens et de stimuler l’économie numérique. Mais face à une fracture digitale encore profonde, l’accès aux équipements reste un défi majeur.
Le 21 février, les autorités malgaches ont officiellement lancé un programme national de commercialisation de 664 000 équipements numériques subventionnés. Sur ce volume, 400 000 terminaux sont spécifiquement réservés aux femmes et aux jeunes filles, traduisant une volonté affichée de réduire les inégalités d’accès et de promouvoir une inclusion numérique plus équitable.
Le dispositif s’appuie sur un réseau de neuf distributeurs officiels contractualisés, chargés d’assurer la transparence du processus et une couverture progressive du territoire, y compris dans les zones rurales. L’initiative est financée dans le cadre du fonds DECIM (Digital and Energy Connectivity for Inclusion in Madagascar), doté d’une enveloppe de 24 millions de dollars, à travers sa sous-composante dédiée aux « équipements numériques abordables ».
Au-delà de l’accès aux terminaux, l’opération s’inscrit dans une stratégie plus large structurée autour du Plan stratégique quinquennal du numérique (PSN) 2023-2028. Ce document de référence fixe l’objectif de positionner Madagascar comme un acteur significatif de l’économie numérique africaine, en misant sur le développement des télécommunications, l’e-gouvernement et l’inclusion digitale. Les autorités ambitionnent de porter la contribution du secteur numérique à 6 % du PIB d’ici 2028, contre 1,5 % en 2019.
Cependant, les défis restent considérables. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), seuls 18,7 % des Malgaches utilisaient Internet en 2024. Par ailleurs, si 44,4 % de la population disposait d’un téléphone mobile, cette statistique ne distingue pas les appareils basiques des smartphones compatibles avec les services numériques avancés. De son côté, la GSMA souligne que le coût des smartphones demeure un frein important, malgré l’apparition d’appareils à moins de 100 dollars.
La couverture réseau constitue un autre facteur limitant. Fin 2023, les réseaux 2G et 3G couvraient respectivement 88,5 % et 69,2 % de la population, tandis que la 4G atteignait 34,6 % en 2024. La 5G, encore embryonnaire, ne concernait que 6,12 % de la population. À ces contraintes techniques s’ajoutent le coût des offres Internet, le déficit de compétences numériques, les enjeux de cybersécurité et la perception parfois limitée de la valeur ajoutée des services numériques.
En l’état, les 664 000 équipements subventionnés représentent une avancée significative, mais encore marginale au regard d’une population estimée à près de 33 millions d’habitants. Les autorités n’ont pas encore précisé l’existence de phases supplémentaires ni le calendrier d’extension du programme.
En misant sur l’accessibilité des terminaux, Antananarivo pose une première brique essentielle. Reste à transformer l’essai en combinant équipements, connectivité de qualité, formation aux usages et pertinence des services publics numériques. Car au-delà des chiffres, c’est bien l’appropriation effective du digital par les citoyens qui conditionnera l’impact réel de la stratégie numérique malgache.
Par Loic SOUOP








